Une exposition temporaire hors du commun ouvrait ses portes ce 19 janvier à l'AfricaMuseum de Tervuren (Brabant flamand). Sur base d’une soixantaine d’objets qui font partie des riches collections du musée dédié à l’Afrique centrale, elle met en lumière les recherches consacrées à la provenance des objets d'art et culturels. "Certains sont controversés, ont été acquis par la violence, le vol ou la manipulation", indique le directeur du Musée d’Afrique, Bart Ouvry. L’exposition "ReThinking Collections " (‘Repenser les collections’) veut ouvrir la voie vers plus de transparence sur l'origine et le parcours de ces objets. "Notre crédibilité en tant que musée dépend de la manière dont nous gérons cette problématique de la restitution", estime Ouvry.
ReThinking Collections : à la recherche de la provenance d'objets exposés à l'AfricaMuseum
Les collections de l’AfricaMuseum ont majoritairement été acquises dans l’actuelle République démocratique du Congo pendant la période coloniale. Le musée de Tervuren possède 128.000 objets culturels dont environ 80.000 proviennent du Congo. La recherche de provenance et le thème corolaire de la restitution des objets font l’objet d’une attention croissante dans les débats sociaux et politiques depuis quelques années, et pas seulement dans notre pays. Depuis 2022, la Belgique dispose d'un cadre légal pour la restitution des objets volés pendant la période coloniale, dont la majorité se trouvent à l'AfricaMuseum.
La nouvelle exposition est consacrée aux recherches menées sur les objets pour savoir comment ils sont arrivés en Belgique. Elle se base sur les conclusions de la publication récente "La fabrique des collections : Origines, trajectoires et reconnexions" de Sarah Van Beurden, Didier Gondola et Agnès Lacaille (MRAC, 2023). Les scientifiques tentent de déterminer l’origine des objets d’arts et culturels sur la base notamment d'étiquettes de dons, d'analyses de métadonnées, d’archives privées et de musées, et de traditions orales.
"ReThinking Collections" présente une soixantaine de pièces qui ont fait l'objet de telles recherches. Dès l'entrée, le regard du visiteur est attiré par une statue de la région de Boma en République démocratique du Congo, volée en 1878 et transportée en Belgique. L'exposition présente aussi des pièces de céramique provenant de tombes ou encore le collier d'un important commerçant africain.
Des pièces silencieuses
"La recherche ne peut pas répondre à toutes les questions sur tous les objets", explique Sarah Van Beurden, l'une des trois scientifiques dont les travaux ont servi de base à l'exposition. "De nombreuses pièces resteront ce que nous appelons des 'pièces silencieuses': il ne sera pas possible de retracer complètement leur origine. La question de la restitution d'un objet ne doit donc pas uniquement dépendre de la recherche de provenance. Plusieurs voies doivent pouvoir conduire à la restitution."
L’AfricaMuseum ne veut pas décider seul quels objets de sa collection doivent être rendus à leur pays d’origine. "Cela doit se faire en collaboration avec le pays d’origine, dans de nombreux cas c’est le Congo", indique le directeur Bart Ouvry (photo). "Une commission mixte sera créée, afin que les gouvernements belge et congolais puissent décider de commun accord".
L'exposition "ReThinking Collections " à l'AfricaMuseum, qui explore aussi de nouvelles perspectives concernant le futur des collections coloniales, sera ouverte jusqu’au 29 septembre 2024.
Adresse du musée: Leuvensesteenweg 13 à 3080 Tervuren Tél. +32 2 769 52 11 Ouvert du mardi au vendredi de 10 à 17h et le week-end du 10 à 18h. www.africamuseum.be
Quelques photos des collections du musée de Tervuren


