Aller au contenu principal
Une cocotte Le Creuset, de couleur orange volcanique

Quel est le lien, à Bruxelles, entre les cocottes Le Creuset et Victor Horta ?

Chaque semaine, l’hebdomadaire BRUZZ répond à une question originale de lecteurs sur Bruxelles, dans sa rubrique Big City. On y découvre ainsi que les célèbres cocottes de fonte émaillée et de couleur "orange volcanique" Le Creuset (photo) ont un lien avec l’architecture de Victor Horta (1861-1947), en la personne du Bruxellois Octave Aubecq. Ce riche industriel et émailleur érigea en 1925, avec le Belge Armand Desaegher spécialiste du moulage, l’usine Le Creuset à Fresnoy-le-Grand, au nord de la France. Un quart de siècle plus tôt, Aubecq avait commandé à Victor Horta un hôtel particulier qui deviendra l’un des plus grands chefs d’œuvre de l’architecte Art nouveau, une œuvre d’art totale.

Anne François
Publié:

Octave Aubecq était un industriel bruxellois qui fit fortune en tant que directeur des Emailleries et Tôleries Réunies, une entreprise spécialisée dans l’émail, ce vernis dont on recouvre des objets (notamment en métal) pour les rendre brillants et les protéger. Au début du 20e siècle, il rencontrait à une foire commerciale bruxelloise Armand Desaegher, un industriel originaire d’Audenarde (Flandre orientale), spécialisé dans la fonte. Les deux hommes décidèrent de combiner les points forts des matériaux dont ils avaient l’expertise.

C’est ainsi qu’ils inventèrent la cocotte Le Creuset faite en fonte émaillée, presque incassable et qui pouvait être parfaitement nettoyée. Son nom fait référence au creuset, ce récipient dans lequel on fond les matières premières. La couleur « orange volcanique », rendue possible par les nouvelles techniques d'émaillage en couleurs vives, imitait la teinte orange intense de la fonte en fusion dans un creuset.

Bien que leur invention soit née à Bruxelles, Aubecq et Desaegher décidèrent d’implanter leur nouvelle usine à Fresnoy-le-Grand au nord de la France, un endroit idéal pour y faire acheminer des matières premières telles que le fer, le charbon et le sable. Seul point noir au tableau : Octave Aubecq se voyait contraint de déménager en France, alors qu’il habitait depuis une vingtaine d’années dans l’une des plus belles et plus prestigieuses demeures de Bruxelles : un hôtel particulier portant son nom, commandé à l’architecte gantois Victor Horta.

La fabrication des cocottes Le Creuset

L’hôtel Aubecq, une œuvre d’art totale

La fortune d’Aubecq datait en effet d’avant l’ouverture de l’usine Le Creuset. L’industriel émailleur pouvait donc s’offrir une maison construite sur mesure par l’un des architectes belges de renom à l’époque déjà. Ce dernier dessina une somptueuse villa, qui fut construite entre 1899 et 1902 à l’avenue Louise, en face du Bois de La Cambre.

La maison comportait trois façades libres, bien qu’elle ne soit pas située sur un coin de rues. Horta voulut ainsi maximiser l’apport de lumière naturelle. Ces façades étaient impressionnantes, avec leurs grandes vitres et des balcons en fer forgé. Les pierres provenaient de Modave, en Belgique. Une grande verrière surmontait l’escalier principal.

L'hôtel particulier Aubecq, de Victor Horta (1902)

L’intérieur de l’hôtel particulier était aussi un chef d’œuvre, la cage d’escalier comportant notamment des vitraux Art nouveau, un travail d’orfèvre en fer forgé et des éléments en bois sculpté. L'une des particularités de cette construction était la forme de ses pièces, souvent hexagonales ou octogonales. Chacune d’elle était agrémentée d’une essence d’arbre différente.

On raconte qu’Aubecq avait informé Horta qu'il souhaitait installer dans cette maison ses meubles de famille, d'un style classique très différent de celui de Horta. Ce dernier, jugeant que ces meubles ne seraient pas compatibles avec son style et souhaitant créer une œuvre d'art totale, conçut alors une demeure aux pièces si difformes que son propriétaire fut contraint de faire confiance à Horta pour développer ses propres meubles. Nombre d’entre eux sont conservés aujourd’hui au Musée d’Orsay, à Paris.

L’hôtel Aubecq en pièces détachées

L’hôtel particulier construit par Horta au tout début du 20e siècle pour Octave Aubecq est l’un de ses plus grands chefs d’œuvre. Et pourtant, il n’existe plus. Le quartier Louise fut progressivement modernisé et en 1950 la demeure Art nouveau dû céder la place à un immeuble à appartements de douze étages. A l’époque, l’architecture Art nouveau qui attire aujourd’hui des visiteurs du monde entier en Belgique était apparemment considérée comme démodée.

Le ministre des Travaux publics de l’époque fit néanmoins protéger la façade principale de l’hôtel particulier. Elle fut démontée pierre par pierre, ces dernières furent numérotées, afin de pouvoir reconstruire un jour éventuellement cette façade. Seize pierres étaient exposées au musée KANAL en 2019. L'ensemble des pierres fut ensuite transféré dans la commune bruxelloise de Laeken, dans un entrepôt sécurisé.

Les casserolles Le Creuset, inventées par Aubecq et Deseagher

Les plus lus

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5