Les 660 tuteurs actuels de mineurs étrangers non accompagnés (Mena) ont reçu un courrier du SPF Justice la semaine passée leur annonçant qu'ils ne peuvent, pour le moment, plus être payés, rapporte La Dernière Heure mardi.
Les tuteurs de mineurs étrangers non accompagnés ne sont plus payés : le budget est épuisé
Les tuteurs reçoivent un forfait annuel d'environ 800 euros par tutelle. En outre, les frais sont également remboursés. Ces paiements sont maintenant temporairement retardés, selon le Service public fédéral Justice.
Le courrier envoyé en fin de semaine dernière précise ceci : " Nous souhaitons vous informer que le budget accordé au service des Tutelles pour l'année 2023 est épuisé. Cela a pour conséquence que nous ne pouvons, pour le moment, plus payer vos diverses indemnités (forfaitaires et administratives, remboursement de frais de déplacements). C'est le cas pour les factures des interprètes. Nous sommes sincèrement désolés pour ces désagréments que cette situation provoque et nous vous laissons évidemment le choix d'accepter ou de refuser de nouvelles missions."
La missive précise que les paiements "pourraient" reprendre début décembre mais du côté des tuteurs, on se montre sceptique. "Ils n'ont tout simplement plus de sous et ils ne savent pas quand ils vont nous payer", regrette Jean Danis, co-président de l'association des tuteurs francophones.
Une situation problématique étant donné qu'il n'y a jamais eu autant de Mena qui arrivent sur le sol belge. Actuellement, on estime à plus de 3.000 le nombre de Mena sur le territoire. " S'il n'y a plus d'argent, il n'y a plus de tuteurs, et donc plus de suivi des Mena qui vont se retrouver livrés à eux-mêmes dans la rue", poursuit Jean Danis.
Revoir les budgets
Dimitri Thijskens, journaliste à De Morgen, accompagne lui aussi une douzaine de jeunes en tant que tuteur bénévole. Il a reçu le même message du SPF Justice. "Les jeunes doivent aujourd'hui attendre 6 à 7 mois pour se voir attribuer un tuteur, explique-t-il dans l'émission "De ochtend" sur Radio 1. C'est dire combien de temps leur procédure est au point mort. En réalité, ils devraient déjà se voir attribuer un tuteur dès leur arrivée en Belgique."
Selon lui, il arrive chaque année que les budgets du service des tutelles soient épuisés trop tôt. "Mais cela n'arrive généralement pas si tôt dans l'année. En tant que tuteur volontaire, ce n'est pas un drame en soi. Mais pour ceux qui exercent cette activité en tant qu'indépendants ou interprètes, c'est bien sûr beaucoup plus difficile. Il est regrettable que les budgets ne soient pas adaptés à l'afflux de fonds.
Interrogés pour une réaction, ils renvoient au SPF Justice au cabinet du ministre Paul Van Tigchelt (Open VLD). La porte-parole Sharon Beavis a confirmé qu'il y avait un blocage temporaire des crédits. "Un montant supplémentaire de 400 000 euros a déjà été débloqué pour permettre la reprise des paiements. Les paiements reprendront à la fin du mois ou au début du mois de décembre. Des budgets supplémentaires seront débloqués avant la fin de l'année pour couvrir tous les besoins".
"Des crédits supplémentaires seront demandés pour 2024 afin de couvrir tous les besoins", a ajouté Sharon Beavis. "Plus précisément, nous parlons de 7 millions d'euros, contre 5,96 millions d'euros cette année. La Chambre votera ce budget cette année."

