La démission de Conner Rousseau de la présidence de Vooruit a fait couler beaucoup d’encre, le week-end dernier. Il faut dire que le nom de celle qui lui succède, Melissa Depraetere n’a été annoncé que samedi matin, on apprenait aussi que les membres du parti avaient eu du mal à accepter cette démission. Ainsi lors de l’émission "De Afspraak op vrijdag", Bruno Tobback a déclaré que "90 % des membres du bureau du parti auraient voté pour son maintien, s'il y avait eu un vote". Une analyse d’Ivan De Vadder, journaliste politique à la VRT.
1. Racisme ou simple déclaration erronée ?
La sortie la plus marquante du week-end dernier aura été celle de la mère de Conner, l'ancienne sénatrice Christel Geerts, dans l'émission dominicale "De zevende dag".
Une mère qui vient défendre son fils, homme politique, cela a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, même s'il ne faut pas oublier qu’en politique, ce sont généralement les pères qui défendent leur fils ou leur fille. Pour mémoire, citons Herman De Croo, Karel De Gucht ou encore Willy Claes. En soi, cette réaction parentale n'est donc pas un phénomène inédit.
La mère de Conner Rousseau a confié que son fils n'allait pas bien, déclarant même à "VTM Nieuws" qu'il avait reçu des menaces de mort. Christel Geerts a également parlé d'une "chasse aux sorcières", qui remonte à la révélation de l'orientation sexuelle de Conner Rousseau. Un outing forcé auquel, selon Christel Geerts, son fils a été "acculé".
Elle reconnaît que les déclarations de Rousseau (sur les Roms ndlr. ) étaient erronées, mais elle estime aussi qu'il a bien réagi, en affichant ouvertement sa honte et en ne cherchant pas d’excuses, mais regrette que son fils soit maintenant réduit à cette seule déclaration erronée.
La mère de Conner Rousseau n’a pas prononcé le mot "racisme". "C'est au parquet d'en juger", a déclaré Mme Geerts. Mais elle a été outrée par la réaction de Nadia Naji, présidente de Groen, qui a comparé les déclarations de Conner à la mort d'un enfant renversé par une voiture. "Et cela fait très mal, vous savez. D'autant plus que nous savons dans notre famille ce que c'est de perdre un proche dans un accident de la route. Je pense que sa réaction est pire que les déclarations de Conner", a déclaré Christel Geerts.
En d'autres termes, la maman de Conner Rousseau reconnaît le poids des mots, mais hésite à reconnaître le poids des mots de son propre fils. Il n'y a donc pas de "racisme", mais seulement "une déclaration erronée".
Conner a permis aux gens de croire à nouveau en ce que nous représentons.
Melissa Depraetere, président de Vooruit
Melissa Depraetere, qui a succédé à Conner Rousseau, s’est exprimée également dans "De zevende dag". La présidente par intérim aussi a refusé de parler de racisme, malgré l'insistance de Lisbeth Imbo. "C'est au parquet de juger si ces propos sont racistes. Ce sont des déclarations problématiques. Des gens ont été blessés et choqués. Mais une personne ne se résume pas à des propos prononcés lors d’une soirée arrosée. Dans le Het Nieuwsblad, Mme Depraetere précise ce qu'est, pour elle, un raciste : "Un raciste, c'est quelqu'un qui y croit vraiment". Mais dans le cas de Conner Rousseau, il s'agit d'une déclaration très erronée. Toutefois, la ministre Caroline Gennez a, elle, carrément admis sur Radio 1 que les propos de Conner Rousseau étaient effectivement racistes.
La seule chose sur laquelle la nouvelle présidente en exercice de Vooruit a voulu insister c’est la lenteur avec laquelle son parti a réagi : "Avec le recul, nous aurions dû évaluer plus rapidement que cette affaire allait perdurer". Melissa Depraetere a admis que le parti ne voulait pas abandonner "le leader de l'équipe", celui qui avait remporté tant de succès ces dernières années. "Conner a permis aux gens de croire à nouveau en ce que nous représentons, c'est tout à son honneur, et il est donc logique que l'équipe qui l'entoure trouve pénible de s'en débarrasser aujourd'hui".
2. L’étrange parade nuptiale entre la N-VA et le Vlaams Belang
Mais les déclarations de Conner Rousseau ne sont-elles pas la paille dans l'œil des socialistes, alors qu'il y a une poutre dans l'œil du Vlaams Belang ?
Cette question a été posée à Melissa Depraetere, suite à la condamnation cynique des propos de Rousseau par le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken. Melissa Depraetere a qualifié cette condamnation d'"hypocrite". "Je n'ai jamais entendu Tom Van Grieken présenter des excuses pour des propos de Dewinter prononcés alors qu’il était sobre", a-t-elle déclaré. Elle faisait référence à la déclaration de Filip Dewinter dans Humo, sur la distribution de préservatifs en Afrique pour réduire le nombre de migrants et surtout de criminels dans notre pays. "Van Grieken est à la tête d'un parti rempli de figures rances", a-t-elle conclu.
Le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, a défendu les déclarations de Filip Dewinter sur le fond, bien qu'il les trouve "trop plates", c’est ce qu’il a déclaré littéralement à Michaël Van Droogenbroeck sur Radio 1.
Quant au ministre président flamand Jan Jambon - également présent à "De zevende dag" - il estime que le Vlaams Belang est en train de changer de cap : "C'est une bonne chose, cela va dans la bonne direction, en ce qui me concerne" a-t-il déclaré.
Cette parade nuptiale complexe entre la N-VA et le Vlaams Belang sera sans aucun doute l'un des thèmes des élections de juin 2024 et des élections communales d'octobre de la même année.
3. L’Icare de la rue de la Loi
Conner Rousseau est donc devenu "l'Icare de la rue de la Loi". C'est du moins la comparaison qu’avait faite Bart De Wever, président de la N-VA, dans des interviews de Noël à l'émission Villa Politica. "Il est l'un de ces Icare typiques qui volent droit vers le soleil. Il a créé un statut de vedette autour de lui, ce qui lui permet de réussir sur le plan politique. Mais la question de la survie de tels modèles se pose toujours", avait déclaré Bart De Wever. Et c’est donc ce qui est arrivé.
Il faut ajouter qu'avec la démission de Conner Rousseau, tous les présidents flamands qui ont négocié la coalition Vivaldi ont fini par démissionner. Ainsi depuis qu'il est devenu président de la N-VA, en 2004, Bart De Wever aura déjà connu pas moins de 37 collègues présidents flamands. En comparaison, la stabilité actuelle du côté francophone est un gage de sérénité.

