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Un morceau de la colonne vertébrale d'une baleine

"Si nous sauvons la baleine, nous sauvons la planète" : le musée BELvue fête les 125 ans de l'expédition antarctique belge

"À la recherche de la fin du monde ! Une expédition climatique à bord de la "Belgica" : c'est le nom de l'exposition proposée encore jusqu’au 4 février 2024 au musée BELvue à Bruxelles - à l'initiative de la Fondation Roi Baudouin, en collaboration avec l'ASBL de Gerlache Polar Memory - pour célébrer le 125e anniversaire de l'expédition antarctique belge. L'exposition se présente comme une "expédition climatique", visant à sensibiliser aux enjeux climatiques contemporains et proposant des actions concrètes que chacun de nous peut adopter pour contrecarrer le réchauffement de la planète. On y apprend aussi l’importance capitale des baleines et de leurs excréments dans la production de l’oxygène que nous respirons.

Anne François Michaël Torfs
Publié:

L'expédition antarctique belge, cette épopée scientifique vers l'Antarctique à bord du navire "la Belgica" de 1897 à 1899, fut le tout premier hivernage sur le Continent blanc. Dirigéè par l'explorateur belge Adrien de Gerlache, ce voyage scientifique constitua la première expédition internationale d'envergure au pôle Sud et permit de rapporter de nombreuses données scientifiques, qui sont encore utilisées aujourd'hui.

Pour l'occasion, l’exposition imaginée par la géographe et météorologue Jill Peeters invite le public à voyager dans le passé, le présent et l'avenir de l'Antarctique, en traversant trois salles différentes qui, chacune à leur manière, sensibilisent les citoyens aux défis climatiques. Depuis l’expédition de 1897, le pôle Sud - véritable air conditionné de notre planète - a bien changé. "C’est un miroir inquiétant de la façon dont l’homme a détérioré la planète", commente Henri de Gerlache dans un message vidéo figurant dans l’exposition.

Réalisateur de documentaires et expert de l’expédition antarctique belge, Henri est un descendant de l’explorateur Adrien de Gerlache. "J'espère que cette exposition, qui mêle histoire et science, pourra éveiller les dernières consciences qui seraient encore sceptiques quant à l'urgence climatique", s’écriait le co-curateur. Via une scénographie mêlant documents, photos et objets provenant de l'expédition historique, l'exposition explore différents thèmes comme les enjeux qui entourent la recherche scientifique, la nécessité de protéger les baleines, l'avenir de l'Antarctique ou encore les conséquences de la fonte des glaces jusqu'en Europe.

La Belgica prise dans les glaces

L’équipage a failli ne jamais rentrer en Belgique

L’expédition antarctique belge fut non seulement une véritable aventure scientifique mais aussi un défi psychologique de taille, apprend-on dans la première salle d’exposition au musée BELvue. Il s’en est même fallu de peu que l’équipage ne rentre jamais en Europe, le navire s’étant échoué sur une banquise pendant l’hiver glacial.

Dans cette salle, une grande photo de la Belgica attire tous les regards. Le navire s’y trouve encastré dans les glaces polaires, pendant l’hiver 1898. Le médecin et photographe américain Frederik Cook, qui était du voyage, parvint à prendre cette photo iconique grâce à une exposition de 90 minutes par -40°C !

On apprend aussi dans la première salle ce que les explorateurs ont découvert au pôle Sud et ce qu’ils en ont ramené. L’aventure et la présence d’animaux sauvages leur ont permis d’oublier les nombreux sacrifices de l’hiver polaire - deux mois pendant lesquels ils n’ont pas aperçu le soleil. "Venant de tous côtés, des baleines nageaient autour de notre bateau. Elles sortaient leur tête de l’eau tout près de nous et nous observaient avec émerveillement", écrivait le marin norvégien Roald Amundsen. Il était sans aucun doute tout aussi excité et admiratif des mammifères marins.

L'explorateur Adrien de Gerlache

Les baleines peuvent nous aider à sauver la planète

A l’époque de l’expédition antarctique belge, les baleines étaient encore légion. La deuxième salle d’exposition est d’ailleurs consacrée à cet animal marin - rorqual bleu, le plus gros animal de la planète, ou baleine à bosse. Les baleines sont bonnes pour notre environnement. Mieux encore : on peut dire que si nous parvenons à sauver la baleine et lui permettons de prospérer comme il y a un siècle, nous parviendrons à sauver notre planète.

Concrètement : les baleines défèquent dans les eaux peu profondes et leur "poonami" (excrément géant) fournit des nutriments phytoplanctoniques tels que le fer et l’azote. Ce phytoplancton est un ensemble d’organismes microscopiques en suspension dans l’air qui effectuent la photosynthèse. En d’autres termes, tout comme les arbres et les plantes, ces organismes absorbent le CO2 et produisent de l’oxygène grâce à la lumière du soleil.

Plus il y aura de baleines dans l’océan, moins il y aura de gaz à effet de serre CO2 et plus il y aura de l’oxygène dans l’air, ce qui est essentiel pour l’avenir de notre planète. "Environ la moitié de l’air que nous respirons provient du phytoplancton", explique la biologiste Leen Gorissen dans une vidéo de l’exposition au BELvue.

Et ce n’est pas tout : lorsque les baleines meurent, leur corps descend au fond de la mer, emportant avec lui de grandes quantités de CO2 accumulé, qui est ainsi stocké sur les fonds marins. Mais notre écosystème est menacé, notamment par la pollution des océans provenant de substances chimiques et de microplastiques, met en garde Leen Gorissen. Dans un bulletin météo de l’Antarctique, réalisé par la curatrice de l’exposition, Jill Peeters réitère ce message. Nous devons agir dès à présent et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Depuis la 3e salle de l'exposition on a l'impression que le monde est immergé. C'est l'un des risques de la fonte des glaces au Groenland et au pôle Sud.

Que faire ? La réponse des jeunes

La troisième salle de l’exposition nous rappelle que nous pouvons chacun apporter notre contribution, si modeste soit-elle, à la lutte contre le réchauffement climatique. Via des messages vidéo, des jeunes gens expliquent aux visiteurs les petits gestes qu’ils font ou les actions qu’ils entreprennent pour participer activement à cette lutte - qui est aussi devenue une véritable course contre la montre.

Eviter de consommer de la viande de bœuf ou de mouton, manger végétarien, faire du co-voiturage, prendre le bus ou le train pour un citytrip et éviter ainsi un vol très polluant, ne plus acheter via Amazon des choses qui doivent voyager longtemps pour vous parvenir, ne pas jeter trop rapidement des objets et faire réparer ce qui tombe en panne plutôt que d’acheter immédiatement du neuf, ou encore s’habiller dans les magasins de seconde main. Autant d’astuces pratiques qui peuvent contribuer à ralentir les changements climatiques.

Ateliers, événements et jeux interactifs

A plusieurs moments l’exposition proposera des ateliers et des événements interactifs. Agir pour préserver le climat "ne veut pas toujours dire qu’il faut abandonner des choses. On peut aussi imaginer des choses interactives pour tenter d’influencer le climat", expliquait Tina Oosterbosch du musée BELvue.

Plusieurs ateliers de “bricolage” seront ainsi organisés le 18 janvier au musée installé sur la Place des Palais à Bruxelles. Recyclart montrera aux participants comment sauver de la poubelle des objets hors-service. L’Expédition Inclusive proposera aux enfants porteurs ou non d’un handicap "un jeu facile leur permettant d’apporter une réponse aux problèmes environnementaux".

L’exposition "À la recherche de la fin du monde ! Une expédition climatique à bord de la Belgica” est à voir jusqu’au 4 février 2024 au Musée BELvue, Place des Palais 7 à 1000 Bruxelles (dans le prolongement du palais royal). Les informations y sont données en français, néerlandais et anglais. Pour plus de précisions, consultez le site internet du musée.

L’exposition est organisée en étroite collaboration avec la Fondation Roi Baudouin et les curateurs Jill Peeters et Henri de Gerlache.

Le musée BELvue à Bruxelles

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