La famille de l’étudiante de 23 ans violée et assassinée en mai 2019 à Anvers est convaincue que la jeune femme serait encore en vie si la justice belge avait fonctionné comme il se doit. La famille estime que l'Etat belge a failli à son devoir de protéger ses citoyens et a décidé de le citer en justice, sur base des conclusions d'un rapport du Conseil supérieur de la justice. Les parents de Julie Van Espen constatent aussi qu’il y a des similitudes dans les manquements de la justice entre le dossier de leur fille et celui de l’attentat commis récemment à Bruxelles contre deux touristes suédois. L’auteur des faits était en effet connu de la justice.
Les proches de Julie Van Espen attaquent l'Etat belge en justice
Julie Van Espen a été violée et tuée le 4 mai 2019 à Anvers par Steve Bakelmans, un homme déjà condamné à plusieurs reprises pour vol, menaces et infractions au code de la route, mais aussi à deux reprises pour viol. Ce dernier a été reconnu coupable des faits fin 2021 par la cours d'assises d'Anvers et condamné à la réclusion à perpétuité.
L'assassinat de la jeune étudiante avait provoqué une importante vague d'émotions et d’indignation, d'autant plus que Steve Bakelmans aurait dû se trouver derrière les barreaux au moment des faits. Deux ans auparavant, en 2017, il avait en effet été condamné par le tribunal correctionnel d'Anvers à une peine de quatre ans de prison pour des faits de viols.
Décrit dans le jugement comme "un narcissique antisocial sans aucun sens de la norme", Steve Bakelmans était en outre en état de récidive puisqu'il avait déjà été condamné pour viol en 2004. Mais il avait interjeté appel de sa condamnation de 2017 et dans l'attente d'un jugement en appel, qui n'était toujours pas intervenu le 4 mai 2019, Bakelmans avait été laissé en liberté.
Dans un rapport sorti fin 2019, le Conseil supérieur de la Justice a fustigé le travail de la cour d'appel d'Anvers et du parquet général anversois dans ce dossier. Les proches de Julie Van Espen ont donc décidé d’attaquer d’Etat belge en justice.
Similitudes avec l’affaire Lassoued
“Nous constatons le même échec du pouvoir judiciaire dans l’affaire récente qui concerne Abdessalem Lassoued, l’homme qui le 16 octobre dernier a abattu deux hommes de nationalité suédoise à Bruxelles", remarque la journaliste Helen Goedgebeur (VRT). “Ce nouveau dossier présente des similitudes avec celui de Julie Van Espen : il n’a pas été traité jusqu’au bout et il y manquait des pièces. Et puis la justice dispose de trop peu de personnel pour mener tous les dossiers rapidement à bien. La famille Van Espen estime qu’on tire beaucoup trop peu de leçons des manquements de la justice. Elle a perdu confiance en l’état de droit, et cela représente pour les proches un second traumatisme".
"La comparaison est correcte", déclarait entretemps l’ancien ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne via le réseau social X. "Dans les deux cas c’est un magistrat qui a commis une erreur. C’est la raison pour laquelle j’ai rendu ma démission. C’est aussi la raison pour laquelle j’ai formulé un projet de loi pour réformer en profondeur le droit disciplinaire, à la suite d’une concertation avec la famille Van Espen".
La famille de Julie affirme avoir un sentiment amer parce que le ministre a démissionné après le double attentat à Bruxelles mais qu’après le décès de leur fille il n’avait même pas présenté des excuses officielles. "Alors que notre dossier présente encore plus de fautes”.
La famille Van Espen demande que la justice reconnaisse officiellement ses erreurs dans le dossier et qu’un juge établisse que ces erreurs ont un lien avec le décès de Julie. Elle ne veut qu’un euro symbolique comme dédommagement. Si elle obtenait davantage, elle reverserait la somme à une bonne œuvre.
Mission Julie/Mission Justice
Pendant la conférence de presse que la famille donnait ce vendredi, le père et le frère de Julie ont lancé un nouveau projet baptisé "Mission Julie/Mission Justice". Ils veulent ouvrir le débat pour renforcer la justice. “Tout ce que nous pouvons communiquer sur le procès, nous le mettrons sur le site www.missiejuliemissiejustitie.be ”, expliquait le frère de Julie. "Ceux qui le souhaitent pourront bientôt aussi faire des suggestions pour améliorer le fonctionnement de la justice. Nous voulons être une sorte de porte-voix".
La famille estime qu’il existe "une grande énergie, beaucoup de motivation, de projets et de compréhension au sein de la justice", mais que le système est bancal. Sa campagne vise à engendrer des changements constructifs.


