"L'Église n'a pas voulu ou n'a pas pu le voir, mais elle aurait dû le voir", a reconnu mardi soir dans l’émission "De afspraak" (VRT) l'évêque d'Anvers Johan Bonny (photo) à propos des abus sexuels qui ont eu lieu en son sein pendant des années. Ces violences étaient une "tache aveugle coupable", a-t-il regretté, interrogé à l'issue de la diffusion de la dernière séquence du documentaire 'Godvergeten' de la chaîne Canvas. Il dénonce un manque d’autorité de la part de l’ancien cardinal Godfried Danneels dans ce dossier et l’absence de réaction du Vatican alors que les cardinaux belges demandent depuis des années que Mgr Roger Vangheluwe soit laïcisé, en raison des abus qu’il a avoués.
L'évêque Bonny réagit au documentaire 'Godvergeten' : "L'Eglise aurait dû voir les violences sexuelles en son sein"
Les années d'abus sexuels, dépeints par les reportages et témoignages de victimes ces dernières semaines dans le documentaire 'Godvergeten', sont "Inexcusables" et "en contradiction absolue avec ce que l'Église représente", a notamment estimé Mgr Bonny sur le plateau de la VRT. Il a évoqué des mécanismes de contrôle défaillants, qui ont permis aux auteurs de ces violences de ne pas être retirés du système.
L'évêque d'Anvers a également confié être en colère contre la génération précédente des dirigeants catholiques, tels que Mgr Godfried Danneels - qui fut primat de Belgique pendant de longues années - , qui, selon lui, n'ont pas abordé ces questions. "S’ils l’avaient fait, il se serait au moins passé quelque chose", a-t-il pointé. "C'est maintenant à la génération suivante de tirer les marrons du feu, des marrons qui n'auraient déjà plus dû s'y trouver."
Selon Mgr Bonny, Godfried Danneels aurait dû réagir quand le prêtre Rik Devillé (photo) - qui a rassemblé de longue date des centaines de témoignages de victimes de l’Eglise et écrit un livre à ce sujet, qui a mené au documentaire de Canvas - est venu le trouver avec des victimes et de multiples lettres, pour dénoncer les abus. Mais Danneels n’a pas fait preuve de l’autorité nécessaire, regrette explicitement l’échêque anversois.
"C'est une bonne chose que l'émission ait été réalisée", a encore déclaré Mgr Bonny. "Il s'agit de témoignages très douloureux mais dignes, et le tout est monté de manière sereine." Pour l’évêque d’Anvers, la série documentaire montre que l'énergie déployée ces dernières années pour reconnaître les victimes et les auteurs de crimes n'a pas été suffisante. "Les victimes restent avec leurs blessures", a souligné Johan Bonny. "Nous reprendrons contact avec les victimes dans les semaines et les mois à venir et nous écouterons d'abord ce qu'elles attendent de nous au-delà de ce qui s'est déjà passé."
Le dossier Vangheluwe
A la suite de l'émission, il a été "clairement demandé, au nom de l'ensemble de la conférence épiscopale", à ce que Mgr Roger Vangheluwe "demande lui-même à être laïcisé", a ajouté Johan Bonny. Cela signifie que l'ancien évêque de Bruges, qui lors d'une interview télévisée avait qualifié de "petite relation" les abus commis pendant des années sur un neveu, serait privé de l'ordination et perdrait le titre d'évêque qu'il porte toujours actuellement.
L'intéressé "a demandé une courte période de réflexion", a expliqué Mgr Bonny, ajoutant que la conférence épiscopale demande depuis des années à Rome de déchoir Roger Vangheluwe de ces ordinations, sans succès jusqu'à présent. "Nous ne pouvons pas le faire nous-mêmes." Les nombreux courriers au Vatican restent sans réponse.
Enfin, l'évêque d'Anvers a appelé à des "réformes systémiques" au sein de l'Église catholique, notamment en ce qui concerne la participation des femmes et des laïcs, mais aussi la co-responsabilité. Mais selon Johan Bonny, Rome reste encore toujours sourde à cet appel, formulé notamment par l’Eglise catholique d’Allemagne à la suite des cas d’abus sexuels.




