Les partis flamands Vooruit, Groen, Open VlLD, CD&V, N-VA et Vlaams Belang de même que les partis francophones PS, Ecolo, les Engagés et DéFI soutiennent la mise en place d'une commission d'enquête sur les abus sexuels commis dans l'Eglise. Les socialistes flamands déposeront une proposition qui va dans ce sens, annonçait ce mercredi leur président Conner Rousseau. L'initiative fait suite à la diffusion par la VRT du documentaire "Godvergeten" qui a livré les témoignages de nombreuses victimes et de leurs proches.
Abus sexuels dans l’Eglise : un consensus se dessine pour créer une commission d'enquête
Le reportage a fait grand bruit au nord du pays. "Je suis sous le choc. Toute la Flandre est sous le choc", a souligné Conner Rousseau. "Ces personnes ont été abusées par des prêtres, moquées par l'Église et abandonnées à leur sort par la justice". La commission d'enquête, telle que voulue par Vooruit, se pencherait également sur les subsides que reçoit aujourd'hui l'Église. "Pourquoi des Belges devraient encore payer le salaire de clercs qui ont toléré des comportements criminels dans leur organisation et les ont même couvert", interroge le socialiste.
Les écologistes déposeront aussi une proposition de création d'une commission d'enquête, à la Chambre et au Parlement flamand. Le coprésident Jeremie Vaneeckhout et les députés fédéraux Stefaan Van Hecke et Olivier Vajda veulent savoir si les victimes d'abus sexuels dans l'Eglise ont été traitées correctement et si l'enquête judiciaire ouverte il y a plus de dix ans - connue sous le nom d'Opération Calice - a été menée correctement.
Elle avait été marquée par un revers retentissant lorsque la chambre des mises en accusation de Bruxelles avaient déclaré nulles les spectaculaires perquisitions menées en 2010 par le juge Wim De Troy au siège de l'archevêché de Malines, à la cathédrale Saint-Rombaut, au domicile privé du cardinal Danneels, aux Archives du Royaume et auprès de la commission Adriaenssens qui se penchait déjà sur les faits de pédophilie dans l'Eglise à la demande de celle-ci. "Les victimes d'abus au sein de l'Église ont le droit de savoir si l'enquête menée dans le cadre de l'opération Calice s'est déroulée correctement. Des pressions excessives ont-elles été exercées? Des erreurs ont-elles été commises? Ces questions devraient être clarifiées par une commission d'enquête parlementaire. En outre, des questions subsistent quant aux personnes qui, au fil des ans, ont contribué à dissimuler ces abus", a souligné Olivier Vajda.
Une commission spéciale "relative au traitement d'abus sexuels et de faits de pédophilie dans une relation d'autorité, en particulier au sein de l'Eglise" avait vu le jour à la Chambre à l'époque. Elle avait procédé à de nombreuses auditions et approuvé une série de recommandations touchant des domaines divers comme l'allongement des délais de prescription, l'interdiction de résidence d'une personne condamnée dans une zone définie par un juge ou encore l'extension des possibilités de lever le secret professionnel.
Un centre temporaire d'arbitrage en matière d'abus sexuels avait par ailleurs été créé à la suite d'un accord passé entre la commission parlementaire et l'Eglise. Il était chargé d'indemniser les victimes dont le dossier était prescrit. "Il y a déjà eu dans le passé des initiatives prises par le parlement et des étapes ont été franchies, mais elles sont insuffisantes et ne donnent pas aux victimes ce à quoi elles ont droit: réparation et reconnaissance", a fait remarquer Katja Gabriëls (Open VLD).
Quels résultats pour la commission spéciale "abus sexuels" de 2011 ?
La commission Justice de la Chambre se penchera mercredi prochain sur le dossier, a annoncé la présidente Kristien Van Vaerenbergh (N-VA). "Il est de toute première importance que le parlement élabore en commun une demande d'enquête claire, car le résultat ne peut pas décevoir les victimes et leurs proches". En 2011, c'est une socialiste francophone, Karine Lalieux, qui avait présidé la commission spéciale "abus sexuels". Le PS est prêt à soutenir la mise sur pied d'une commission parlement d'enquête.
"La commission abus sexuels qui avait débouché sur la mise en place d'un système d'arbitrage pour aider les victimes avait montré que le parlement pouvait jouer un rôle essentiel aux côtés des victimes pour forcer l'Église à se pencher sur les horreurs commises par certains des siens, les réparer et écouter les victimes. Aujourd'hui, le documentaire semble montrer qu'il est de nouveau nécessaire que le parlement se penche sur les abus sexuels au sein de l'église, sur les enquêtes, etc. Si le parlement peut jouer un rôle pour aider les victimes il doit le faire et peut le refaire. La société doit soutenir les victimes dans leur démarche et forcer l'Eglise à coopérer avec la justice et à soutenir les victimes plutôt que protéger l'institution", a-t-on souligné au groupe PS de la Chambre.
Du côté de DéFI, le ton était également positif. Le parti francophone veut toutefois ne pas repartir d'une feuille blanche et souhaite examiner ce qui existe déjà et a été mis en place après la commission spéciale de 2011. Le MR ne se prononce pas encore pour l'un ou l'autre instrument. "Nous sommes pour la plus grande clarté dans ce dossier et la mise sur pied d'un instrument parlementaire pour aider les victimes. Nous verrons en commission quelle sera la meilleure manière d'y parvenir", a commenté le groupe libéral.
Si la volonté politique est très largement partagée, sa mise en œuvre soulève en revanche des questions en coulisses. Une commission d'enquête parlementaire est un instrument lourd, qui dispose de pouvoirs d'un juge d'instruction et dont le travail prend du temps, non seulement pour mener des auditions mais aussi trouver un consensus politique sur des recommandations. Or, la Chambre entame sa dernière ligne droite avant les élections du 9 juin et n'a plus que quelques mois devant elle avant d'être dissoute.



