La ministre des Affaires étrangères Hadja Lahbib (MR) n'a toujours pas regagné la confiance de ses partenaires de la coalition écologistes et socialistes, malgré 4,5 heures de débat, lundi en commission des Relations extérieures de la Chambre, sur la venue d'une délégation iranienne à Bruxelles à la m-juin. Aux yeux du PS, des zones d'ombres subsistent. L'avenir de la ministre reste incertain, mais même la chute du gouvernement De Croo n’est pas exclue, estime le journaliste politique de la VRT Bart Verhulst.
Le mea culpa de la ministre Hadja Lahbib pas suffisant pour les écologistes et les socialistes
La ministre des Affaires étrangères, Hadja Lahbib (MR) s'est expliquée lundi après-midi pour la troisième fois au parlement sur ce sujet qui a plongé la Vivaldi dans la crise. Elle a présenté des excuses sur certains points de communication et exprimé des regrets sur d'autres, en reconnaissant des imprécisions, mais a nié avoir menti comme l'affirment l'opposition mais aussi une partie de la majorité.
Pour les partis d'opposition N-VA et Vlaams Belang, les excuses de Mme Lahbib sont insuffisantes. Les deux partis exigent sa démission et ont déposé une motion de méfiancee, également contre le premier ministre Alexander De Croo (Open VLD). Elle sera votée jeudi, en séance plénière Leur rejet signifierait la fin de la saga qui a commencé le 15 juin. Les jours qui viennent s'annoncent donc périlleux.
Un vote jeudi en séance plénière
Le chef de groupe CD&V a appelé les partenaires de majorité à exprimer clairement leurs intentions. "Dans 48 heures, nous voterons ces motions. Il faut maintenant faire la clarté. Il y a aujourd'hui beaucoup de dossiers sur la planche qui prennent du retard, ce que ne mérite pas le pays. Dans les 48 heures qui viennent, il faudra faire la clarté", a lancé Servais Verherstraeten.
"A ce stade, nous n'avons pas reçu les garanties nécessaires pour restaurer la pleine et entière confiance. Il faut maintenant prendre du recul. Ce soir, je ne peux pas me montrer satisfait", a averti le député Samuel Cogolati (Ecolo-Groen). Le PS s'est montré très dur durant le débat et a accusé la ministre d'avoir menti devant le parlement. Il a pris acte des excuses de la ministre mais se dit toujours "perplexe" car à ses yeux des zones d'ombre subsistent. "Dans les jours qui viennent, nous examinerons votre responsabilité et votre transparence", a expliqué Malik Ben Achour.
Vooruit plus clément
Les socialistes flamands de Vooruit se sont montrés plus cléments. Melissa Depraetere, chef de groupe de Vooruit a estimé que c’était une bonne chose que Mme Lahbib reconnaisse qu'elle est responsable en dernier ressort de la délivrance des visas, mais regrette qu'il ait fallu deux semaines pour y parvenir.
Il y a un an, Hadja Lahbib succédait à Sophie Wilmès à la tête de la diplomatie belge. L'ex-Première ministre, discrète jusqu'à présent dans le débat public, s'est exprimée et a pris la défense de sa coreligionnaire. "A chaque fois, vous avez démontré la même volonté de transparence et de respect du travail parlementaire. J'ai entendu parler de mensonges alors qu'il suffit d'entendre vos explications pour avoir la conviction que ce n'est pas le cas", a-t-elle souligné en confiant son incompréhension devant les déclarations de "certains collègues". "On verra ce que les prochains jours apporteront de constructif".
A l'issue de la séance, Mme Lahbib s'est dirigée vers sa collègue et l'a chaleureusement remerciée.
"Cela a dû être très pénible pour elle"
Pour le journaliste politique Bart Verhulst, "cela a dû être vraiment très pénible qu'après avoir été interrogée pendant 4,5 heures, pour la troisième fois, Hadja Lahbib ne sache toujours pas si elle est sauvée ou non". Elle a dû aussi énormément encaisser, avec des critiques venant de tous les côtés. Des mots très durs ont été prononcés à son encontre. Si elle s'en sort quand même, la question est de savoir si elle sera encore crédible en tant que ministre".
Et après ?
En fait, l'affaire se poursuivra jeudi. "En cas de rejet de ces motions de méfiance, il se pourrait que les Verts et les socialistes décident de tourner la page cela signifierait la fin de la saga", explique Bert Verhulst. "Car il y a d'autres dossiers importants qui doivent être traités d'urgence".
"Si cela ne se produit pas, Hadja Lahbib pourrait être contrainte de démissionner. Mais dans ce cas, le gouvernement De Croo tombera. J'ai retenu une phrase importante du PS. Ils disent qu'ils ont encore beaucoup de mal à gérer la situation, mais que le gouvernement a encore beaucoup de travail à faire. Ce qui pourrait signifier qu'au bout du compte, ils lâcheront quand même du lest."

