La ministre fédérale des Affaires Etrangères (photo) reviendra ce lundi à 17h à la Chambre pour répondre aux questions des députés sur son rôle dans le dossier d’octroi de visas à une délégation de Téhéran invitée par le Secrétaire d’Etat bruxellois Pascal Smet à l'Urban Summit - le forum mondial de grandes villes tout récemment coorganisé par la Région bruxelloise. Hadja Lahbib doit ainsi tenter de sauver sa peau, et avec elle tout le gouvernement fédéral. Les socialistes et les écologistes attendent d’elle une transparence absolue et des excuses, pour lever la pression sur la crise. Le vice-Premier ministre Vincent Van Quickenborne (Open VLD) attend de la ministre "exhaustivité, humilité et introspection". C'est ce qu'il a déclaré ce lundi dans l’émission matinale "De Ochtend" (VRT). Si la ministre MR réussit à répondre à toutes les questions des députés, Van Quickenborne estime qu'elle survivra à la crise.
La ministre Lahbib s’expliquera à nouveau sur les visas à une délégation iranienne, pour tenter de sauver le gouvernement
Hadja Lahbib doit se présenter à la Chambre lundi après-midi, après avoir pris part en matinée à une réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Luxembourg au sujet de la rébellion avortée du groupe Wagner en Russie, ce week-end. La ministre bénéficiera ainsi d'une nouvelle occasion de s'expliquer sur l'octroi de visas à une délégation de 14 citoyens iraniens, dont le maire de Téhéran, à l'occasion d'un congrès des grandes villes à Bruxelles.
Son précédent passage devant la commission des Relations extérieures de la Chambre avait laissé sceptiques certains partenaires de la majorité, dont les députés écologistes et socialistes. "Ce n'est pas à moi de réprimander la ministre, mais il est clair qu'elle doit être plus complète. Il faut répondre à toutes les questions des députés, pas seulement à celles de l'opposition, mais aussi à celles de la majorité", a déclaré Vincent Van Quickenborne, ce lundi matin à VRT NWS.
Selon le ministre fédéral de la Justice, Hadja Lahbib devrait reconnaître que "certaines choses auraient pu être mieux faites". Si elle l'admet et "prend exemple sur le Premier ministre", qui l'a reconnu la semaine dernière, "alors elle pourra survivre à la tempête", estime Vincent Van Quickenborne (photo). Il estime que les explications de la ministre libérale devront être "exhaustives" et qu’Hadja Lahbib devra faire preuve d’humilité et d’introspection. Selon lui, il ne s’agit pas de formuler explicitement des excuses.
C’est par contre bien ce qu’attendent les socialistes et écologistes. "La ministre n’a pas dit toute la vérité au Parlement. Cette erreur doit être réparée", déclarait Wouter De Vriendt (Groen) dimanche dans l’émission "De zevende dag" (VRT). Le président du PS, Paul Magnette, ajoutait que "Nous devons tout savoir. Dix jours plus tard, nous ne connaissons pas encore les faits". Interrogé sur La Première (RTBF), le président des Engagés (dans l'opposition) Maxime Prévot déclarait qu'Hadja Lahbib avait "manifestement une responsabilité qu'elle tarde à reconnaître". Il a ajouté que son parti voterait en faveur de sa démission s'il devait y avoir une motion en ce sens.
Gouvernement en crise
Le journaliste politique Johny Vansevenant (VRT) estime pour sa part qu’une version correcte des faits ne sera pas suffisante. "Elle devra se mettre à genou, même si ce n’est qu’un peu. Mais ce ne sera certainement pas un moment facile ni agréable pour Lahbib". Le Parlement attend notamment des réponses claires sur la chronologie des avis de sécurité de l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (OCAM) et un entretien téléphonique crucial avec le Secrétaire d’Etat bruxellois Pascal Smet sur le feu vert aux visas pour la délégation iranienne.
Johny Van Sevenant souligne qu’au-delà du sort de la ministre Lahbib c’est aussi celui du gouvernement fédéral qui est en jeu. Les tensions internes sur cette affaire ont engendré une crise, qui ne porte plus que sur les visas, mais aussi sur le rôle du MR (le parti de Lahbib) au sein de la majorité. Wouter De Vriendt (Groen) qualifie les libéraux francophones de "partenaires déloyaux".
"Le problème de la coalition Vivaldi, c’est le président du MR Georges-Louis Bouchez, qui met systématiquement toutes les mesures en doute", déclarait Paul Magnette, qui semble peu enclin à former à nouveau un gouvernement avec le MR après les élections de 2024. "L’agacement à propos de Bouchez perdure. Il est clair que Magnette ne tire pas sur Lahbib mais sur Bouchez. Ce qui est étonnant, c’est que le président d’Open VLD Egbert Lachaert vienne en aide à Bouchez, alors que ce dernier a déjà fait beaucoup de mal à l’Open VLD et au Premier ministre Alexander De Croo", analysait Johny Vansevenant.
"Le plus important est sans doute que je n’ai encore jamais vu un gouvernement tomber pendant les vacances d’été. Parce que la moitié de la population est alors en voyage. Quand un gouvernement tombe, des responsables sont montrés du doigt. Mais il faut alors l’attention du public pour pouvoir engranger des points", concluait le journaliste Vansevenant.


