La Direction générale des établissements pénitentiaires (DG EPI) - chargée de l’exécution des peines et des mesures privatives de liberté - a conclu un accord de coopération avec le musée Kazerne Dossin à Malines, en vue de la formation des nouveaux agents pénitentiaires. L’accord était signé jeudi par le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne et le directeur du mémorial, musée et centre de recherche, Tomas Baum. Les gardiens de prison, accompagnateurs de détention et assistants de sécurité, ainsi que le personnel administratif et les cadres bénéficieront désormais d'une journée de formation sur place. "Ils pourront ainsi apprendre comment faire face à la pression de groupe et mieux comprendre comment se produit le processus de radicalisation", indiquait le ministre de la Justice.
Kazerne Dossin est une ancienne caserne de l'armée belge située à Malines, en province anversoise. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a été utilisée par les occupants allemands comme camp de transit pour transporter les Juifs et les Roms vers les camps de concentration d'Auschwitz-Birkenau, de Buchenwald et Ravensbrück. Le site est depuis 2012 un Mémorial, un musée et un centre de documentation sur l'Holocauste et les droits humains.
Le musée accueille de fréquentes expositions temporaires en plus de sa collection permanente. Il organise aussi depuis 2014 une journée de formation pour les nouvelles recrues à la police, axée notamment sur la tolérance et la lutte contre le racisme. Des citoyens condamnés pour faits de racisme ou d’intolérance à l’égard de certains groupes de la population sont également envoyés en visite à la Kazerne Dossin, dans un but didactique et de conscientisation. Et puis le musée malinois accueille aussi régulièrement des groupes de personnes qui veulent en savoir davantage sur la dynamique de groupe et le respect de l’autre. C’était le cas ce samedi d’une cinquantaine de supporters du club de football anversois Royal Antwerp FC.
Le point de départ de la formation qui sera proposée à la Kazerne Dossin est l'histoire de la persécution des Juifs et de l'Holocauste pendant la Seconde Guerre mondiale dans le contexte belge. L'objectif est d'amener le nouveau personnel pénitentiaire à réfléchir à des thèmes tels que l'autorité, les rapports de force et la pression de groupe en utilisant des cas concrets de racisme et de discrimination. Il pourra également mieux comprendre le phénomène de la polarisation et de l'extrémisme, afin de mieux apprendre à travailler avec les détenus radicalisés.
"Travailler dans une prison signifie travailler dans un contexte de règles, d'ordre et de sécurité", expliquait Hilde Guffens, cheffe de projet pour la professionnalisation et la différenciation à la Direction générale des établissements pénitentiaires. "Il est essentiel que les détenus se réintègrent après leur détention dans le respect des règles et de la structure. C'est pourquoi nous devons doter notre personnel des bons outils pour les guider dans cette démarche."
Le personnel pénitentiaire apprend à utiliser le pouvoir à bon escient
Vincent Van Quickenborne, ministre de la Justice
"Les défis à relever dans les prisons sont considérables", soulignait le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne lors de la signature de l'accord de coopération. "Sept détenus sur dix retournent en prison dans les cinq ans qui suivent leur libération. Nous devons œuvrer en faveur d'une détention digne de ce nom. Le personnel pénitentiaire apprend à gérer raisonnablement les relations de pouvoir et à réfléchir à sa relation avec les détenus. C'est déterminant pour la manière dont les personnes sortent de prison à la fin de leur peine."
La formation à la Kazerne Dossin commence par une visite guidée sur l’histoire du lieu, qui a servi à déporter des Juifs et Roms pendant la Seconde Guerre mondiale. L’après-midi est consacré à des exercices plus pratiques qui doivent permettre aux agents pénitentiaires de gérer plus facilement des situations de conflit ou des dilemmes.
Depuis décembre 2022, quelque 800 agents ont suivi la formation. La priorité est donnée aux nouveaux membres du personnel, car 1.335 personnes ont été recrutées l'an dernier. Ensuite, ce sera le tour des directions des prisons, puis d'autres membres du personnel en poste depuis plus longtemps. L'ensemble des prisons belges emploie actuellement quelque 9.500 personnes.
Atelier pour des supporters de l'Antwerp : "Mieux appréhender la dynamique de groupe"
La Kazerne Dossin dispense des formations et donne des workshops (ateliers) non seulement au personnel de la police et des prisons, mais aussi à des groupes de citoyens qui veulent apprendre à mieux gérer certaines situations. Elle accueillait ainsi ce samedi une cinquantaine de supporters du club du football Antwerp (photo), qui voulaient apprendre comment nait un comportement collectif (par exemple pendant un match) et comment y réagir. Le club espère ainsi que ses supporters pourront le soutenir en se montrant encore plus respectueux face aux supporters d’autres clubs.
D’après Marc Bogaerts, impliqué dans le travail avec la communauté "Antwerp First", l’atelier pour cette cinquantaine d’abonnés, de supporters et familles débutait avec des récits de l’histoire de l’Antwerp qui peuvent être mis en relation avec la déportation de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. "Avec le musée, nous avons recherché l’origine des problèmes liés au comportement collectif. Cela nous permet de parler du comportement de groupe des supporters dans un stade".
Antwerp First veut ainsi encourager les supporters à se montrer plus respectueux les uns des autres. "Nous voulons renforcer notre groupe de supporters qui se comportent bien. Crier dans le stade ou chanter est acceptable, mais pas cette polarisation, qui peut naître pendant les matchs. Des déclarations racistes ou des chants haineux ne peuvent pas être tolérés dans le football. C’est un signal fort que nous voulons donner pendant ces ateliers", précisait Marc Bogaerts à Radio 2.
D’autres clubs de football de la Jupiler Pro League suivront également cet atelier à la Kazerne Dossin.




