Tout le monde l’admet au sein du gouvernement, les sondages sur les intentions de vote construisent des réalités politiques, auxquelles les partis doivent ensuite s’adapter. C’est la raison pour laquelle ces partis politiques deviennent si nerveux face aux sondages, qui les confrontent subitement à une nouvelle réalité, explique le journaliste politique Ivan De Vadder (VRT). Or, un sondage récent mené pour les quotidiens Le Soir et Het Laatste Nieuws ainsi que les télévisions commerciales VTM et RTL a mis l’Open VLD devant une nouvelle réalité peu réjouissante. Le parti libéral flamand y a obtenu son plus mauvais résultat : plus que 8,3% des intentions de vote - au lieu de 13,5% au scrutin de 2019. Comment réagit le parti du Premier ministre Alexander De Croo ? Le parti d’extrême droite Vlaams Belang arrive, lui, une nouvelle fois en tête des sondages en Flandre. Comment se prépare-t-il à une éventuelle victoire électorale en 2024 ? Quant à Vooruit, il monte sensiblement dans les sondages, au même titre que le PS. La famille socialiste pourrait donc redevenir la plus grande en Belgique. Une analyse d’Ivan De Vadder (à écouter dans son intégralité ci-dessous).
Ivan De Vadder: "Alexander De Croo risque de devenir le Churchill de la rue de la Loi"
"Selon ce dernier sondage en date, Open VLD deviendrait l’un des plus petits partis en Flandre. Seuls les écologistes de Groen obtiendraient encore moins de voix. C’est une première dans l’histoire récente du parti libéral flamand", explique Ivan De Vadder. "Première réaction, le président des libéraux Egbert Lachaert rassemblait un bureau de parti. Mais en ligne, pas physiquement. Ce qui provoquait les railleries de la députée flamande Els Ampe, sur les réseaux sociaux. Elle s’étonnait que pour un résultat aussi médiocre, le bureau de parti ne juge pas nécessaire de se réunir physiquement pour discuter".
Quoi de neuf en Flandre - 17 juin 2023
D’autres réactions de ministres Open VLD se faisaient également entendre. Bart Somers soulignait que tous les membres du parti portent une part de responsabilité dans ce mauvais résultat de sondage, et pas seulement le président Egbert Lachaert. "Il n’y a que la dernière venue au parti, la Secrétaire d’Etat Alexia Bertrand, qui a défendu l’Open VLD devant la presse. Mais il faut dire que c’est son passage du MR francophone à l’Open VLD qui lui a permis d’accéder il y a quelques mois à un poste au sein du gouvernement".
"Ma conclusion est donc que le Premier ministre De Croo pourrait devenir le Winston Churchill de la rue de la Loi", indique Ivan De Vadder. "Pour rappel, le Premier ministre Churchill avait bien mené l’Angleterre à travers la crise de la Seconde Guerre mondiale, mais juste après la guerre il a perdu les élections. Le même sort attend notre Premier ministre actuellement. Voilà la réalité pour les libéraux flamands".
Au sein de la coalition Vivaldi, les libéraux flamands ne parviennent plus à être libéraux
Ivan De Vadder
Mais comment expliquer ce mauvais résultat du sondage pour Open VLD ? "Je pense que dans le contexte de la coalition fédérale dite "Vivaldi", les libéraux flamands ne parviennent plus à être libéraux. En tant que petit parti au sein de la coalition, il devrait justement ajouter des accents libéraux. Le problème est que le Premier ministre Alexander De Croo est d’Open VLD et que son rôle à lui est de maintenir un équilibre dans la coalition, de tenir compte de tous les partis et pas seulement du sien. Le Premier ministre est en quelque sorte dans le chemin de l’Open VLD pour parvenir à mettre encore des accents libéraux au sein du gouvernement. Je pense que c’est le problème existentiel des libéraux flamands en ce moment".
Quand Egbert Lachaert (photo) a finalement accepté de donner une interview suite au mauvais sondage pour son parti, il a expliqué sur le plateau de l’émission "Terzake" (VRT) qu’il allait présenter un plan qui redistribuera les rôles de chacun (Premier ministre, députés et le parti lui-même) dans la campagne électorale pour 2024. "Le plan sera prêt début juillet. Quand on sait que ce n’est pas la première fois que les sondages sont mauvais pour l’Open VLD, c’est un peu bizarre qu’on attende jusqu’à moins d’un an avant les élections pour tenter de redresser le parti. Je crains donc que ce ne soit trop tard pour Open VLD", indiquait De Vadder.
Le Vlaams Belang prépare une stratégie pour l’indépendance
Le parti d’extrême droite flamand voyait, quant à lui, ses bons résultats confirmés par le nouveau sondage des intentions de vote. Selon ce dernier, le Vlaams Belang deviendrait le premier parti de Flandre en 2024. Ce qui veut dire qu’il devrait prendre l’initiative dans les négociations pour la formation d’une nouvelle coalition. A-t-il déjà élaboré une stratégie ?
"Le Vlaams Belang se voit déjà victorieux en Flandre en 2024. Si c’était effectivement le cas, il se dit prêt à aller négocier avec les francophones. Pas au niveau fédéral, mais directement avec la Région wallonne et la Région bruxelloise, pour parler de la fin de la Belgique comme la souhaite le VB, c’est-à-dire l’indépendance de la Flandre. Et Bruxelles qui ferait partie du territoire flamand", détaille le journaliste politique. "C’est une situation assez explosive quand on connait les idées qui circulent du côté francophone. Mais il s’agit d’une réalité des sondages, pas encore une réalité après les élections".
Ivan De Vadder souligne : "Même le sondage révèle que si le VB devenait le premier parti de Flandre, il n’aurait pas encore une majorité à lui seul pour pouvoir prendre l’initiative de la formation de la coalition flamande. Pour cela, il faut qu’il s’allie au moins à un autre parti. Son candidat préféré est la N-VA de Bart De Wever (photo). Mais cette dernière indique actuellement ne pas vouloir travailler avec le Vlaams Belang. En plus, d’après les sondages actuels, même Vlaams Belang et N-VA ensemble n’atteindraient pas une majorité au Parlement flamand. Cela reste donc toujours un rêve, un espoir du VB, mais attendons le résultat des élections en 2024".
Les points de vue du Vlaams Belang et de la N-VA ne sont d’ailleurs pas tout à fait les mêmes en matière d’indépendance de la Flandre. Le VB veut profiter de l’élan qui aura été donné aux élections pour déclarer l’indépendance depuis le Parlement flamand, tandis que les nationalistes flamands veulent d’abord aller négocier au niveau fédéral avec les francophones, c’est-à-dire faire un accord avec les socialistes du PS puis avec les autres partis, pour parler de confédéralisme, à savoir une forme de séparation plus avancée que l’état actuel entre les Régions et les entités fédérées en Belgique, précise Ivan De Vadder.
Les socialistes deviendraient la plus grande famille politique
On constate que tant le Vlaams Belang que la N-VA considèrent le PS comme un interlocuteur incontournable. Et effectivement le dernier sondage en date révèle que le PS retrouverait pratiquement son score de 2019, mais que les socialistes flamands de Vooruit gagneraient également beaucoup de voix. Ce qui ferait des socialistes la plus grande famille politique en Belgique.
"La troisième réalité qui se dégage du sondage c’est le succès de Vooruit, qui a doublé son résultat en Flandre depuis le scrutin de 2019. Donc si une tendance à la baisse se confirme de sondage en sondage pour Open VLD, en revanche Vooruit fait une montée depuis les dernières élections. Si on fait le calcul avec le résultat des socialistes francophones au niveau fédéral et le résultat des socialistes flamands au même niveau, ils formeront ensemble de loin la famille politique la plus grande en Belgique. Ce qui leur donnerait le droit d’initiative pour entamer les discussions de formation d’une coalition. On sait alors qu’une reconduction de la coalition Vivaldi actuelle serait une possibilité, mais avec un socialiste comme Premier ministre, et plus un libéral", conclut Ivan De Vadder.

