On pouvait se douter que ce "Canon" qui reprend 60 noms et événements majeurs de la culture flamande allait susciter des réactions en sens divers. Certains se réjouissent que telle ou telle personne ou événement ait été inclus dans ce Canon, d'autres sont mécontents et estiment qu’il n’est pas complet mais en tous cas le choix n’était pas évident, "on était sur une corde raide".
Le nouveau Canon flamand ne fait pas que des heureux, mais il peut encore évoluer
Ce fameux Canon, présenté mardi, est une sorte de bible de l’identité flamande commandée par le gouvernement flamand qui donne un aperçu des éléments essentiels de l’histoire, de la culture et de la société flamande.
"Bien sûr, ce Canon n’est pas complet", commente le quotidien De Standaard. "On peut regretter que n’y figurent pas certains écrivains, ou artistes, ou des éléments de la vie quotidienne comme la culture de la bière ou des courses de pigeons. Il est normal que ces critiques existent", écrit De Standaard.
"D’ailleurs, ce Canon doit pouvoir évoluer, être adapté. Comme aux Pays-Bas, où il a suscité un débat qui a conduit à quelques ajustements. Et la Flandre pourrait suivre cet exemple" estime le journal.
Si de nombreux historiens ont collaboré à l'élaboration de ce Canon flamand, certains se disent aujourd’hui quelque peu frustrés par le résultat. Pour l'historien Marc Reynebeau, "on était sur une corde raide".
Paul van Ostaijen ?
"Ce Canon est né dans l'ambiguïté", explique Marc Reynebeau. "C'est une initiative de la N-VA et il figure dans l'accord de coalition du gouvernement flamand. Mais il est très difficile de définir ce qui est flamand et ce qui est belge. La Flandre est un concept très récent, qui date du 19e siècle. La Flandre n'aurait pas existé sans la Belgique".
Marc Reynebeau cite l'exemple de Marie Belpaire. "C'était une figure connue du mouvement catholique flamand. Elle a promu l'éducation des filles, ce qui n'était pas évident au 19e siècle, mais de telles initiatives avaient été prises auparavant par des femmes bruxelloises. Alors pourquoi ne pas les citer ? Parce qu'elles sont belges et non flamandes ? Cette ambiguïté est fréquente", selon lui.
Le choix qui a été fait est, comme on pouvait s'y attendre, un sujet de discussion. "Ainsi le poète Paul van Ostaijen n'y figure pas. Il était marginal à son époque, mais aujourd'hui, il est toujours le poète le plus important de la poésie néerlandaise. Pourquoi n'y figure-t-il pas ? Cela me semble un peu arbitraire".
Jozef De Veuster ?
A Tremelo, dans le Brabant flamand, des personnes mécontentes se sont manifestées. Le Père Damien n'a pas été inclus non plus dans le Canon flamand, ce qui peut être considéré comme une surprise. "C'est dommage, mais le Canon est quelque chose de dynamique. Espérons qu'il y aura une "fenêtre" supplémentaire avec le Père Damien et le passé missionnaire de la Flandre", répond l'historien Ruben Boon du projet "Damiaan Vandaag".
Qui était le Père Damien ? Jozef De Veuster, plus connu sous le nom de Père Damien, est né à Tremelo le 3 janvier 1840. Il est parti comme missionnaire à Honolulu, puis sur l'île de Molokai en 1863. Ce prêtre flamand a consacré sa vie à aider et à soigner les personnes souffrant de la lèpre. Lui-même a été attaqué par la terrible maladie et finira par en mourir en 1889. Il est considéré par l'Église catholique comme un "martyr de la charité". En 2005, il a été déclaré le plus grand Belge et en 2009, il a été canonisé.
"Choisir, c'est renoncer : le passé missionnaire de la Flandre semble avoir été complètement oublié", poursuit Ruben Boon, qui est optimiste quant à la possibilité d'intégrer le saint homme dans le Canon. Il le mérite : son dévouement envers les lépreux continue aujourd'hui encore d'inspirer des gens dans le monde entier."
Nous sommes très fières mais pas surprises.
Caroline Audoor, porte-parole de Ferm
Au sein de l'association de femmes Ferm, il n'y a par contre que des visages heureux. Ce n'est pas le steak frites ni les boulettes à la sauce tomate, mais " Ons kookboek" (Notre livre de recettes de cuisine), publié par Ferm, qui a été élevé au rang de Canon flamand.
"Nous sommes très fières, mais pas surprises", déclare Caroline Audoor, porte-parole de Ferm. "Notre livre de recettes fait partie du patrimoine culinaire. Le livre et les recettes qu’il contient ont été échangées de mère en fille depuis près de 100 ans. C’est véritablement une bible avec quelques techniques de base.
En 2027, ce sera une grande fête, car "Ons kookboek" aura 100 ans. Nous allons maintenant réfléchir à ce que nous pouvons en faire. Il s'agit en tout cas d'une reconnaissance publique d'un travail collecté par une organisation de la société civile pour et par les familles.
Mariage entre personnes du même sexe
Christel et Marion sont également ravies. Elles ont été le premier couple homosexuel uni par le mariage, en Belgique, il y a près de 20 ans "Il est très important de pouvoir être soi-même. C'est pourquoi nous sommes très heureuses que le mariage gay soit inscrit dans le Canon. C'est une étape importante de notre histoire".
"Nous nous sommes unies à notre manière, à Kapellen (Anvers) mais à part ça, nous sommes seulement deux personnes qui s'aiment, travaillent et paient leurs impôts", s'amuse Christel. Néanmoins, les deux femmes ne nient pas qu'elles sont très fières de leur mariage. "S'il nous a permis d'aider ou de soutenir d'une manière ou d'une autre des personnes en situation difficile, nous en sommes très fières.
"Het Verhaal van Vlaanderen"
La série télévisée "Het Verhaal van Vlaanderen” diffusée sur la VRT a rendu l’histoire de la Flandre accessible à un large public. Un certain nombre de personnages qui figurent dans cette série font aujourd’hui partie du Canon flamand.
L’animateur Tom Waes est particulièrement heureux que la Gantoise Emilie Claeys, première féministe socialiste à s'être battue pour le droit de vote des femmes figure dans le Canon. "Cela me touche quand même", a déclaré Tom Waes. "Emilie Claeys était totalement inconnue mais depuis la série, un monument va lui être consacré à Gand et à présent elle figure désormais dans le Canon flamand.
"Par ailleurs, je pense que c'est une bonne chose qu'il n'y ait pas de personnes vivantes dans le Canon", ajoute Tom Waes. "Cela ne va peut-être pas faire plaisir à tout le monde, mais pour moi, un tel Canon flamand n'était pas vraiment nécessaire. J'ai vu beaucoup de choses dans le monde au cours de mes voyages et j'aime toujours revenir ici chez moi, mais une identité flamande, je trouve cela un peu bizarre. Je pourrais tout aussi bien me sentir lié à un Bushman en Afrique qu’ à un habitant du Vanuatu".



