Pour Ivan De Vadder, journaliste politique à la VRT, la semaine dernière aura été plutôt mauvaise pour la crédibilité de la classe politique, avec d’abord les révélations sur les suppléments de pensions des députés puis la démission de la secrétaire d'État à l'Égalité des chances suite à l'utilisation d'un logo personnel sur des publications d’associations dont elle subsidie les projets.
Ivan De Vadder : "On assiste à une lutte pour une image de pureté en politique"
La crédibilité des députés remise en cause
Les débats politiques se sont concentrés le week-end dernier sur le régime de pension des députés, avec par exemple cette réunion qui a eu lieu à la Chambre en juillet 2013 et dont le compte-rendu aurait été griffonné sur une simple feuille A4, sans en-tête.
Le PVDA (le Parti du travail de Belgique) a présenté cette note comme un rapport officiel du conseil d'administration de l'asbl qui gère le fonds de pension de la Chambre des représentants. Les noms de députés, de ministres en activité et d’anciens ministres y figurent, selon le parti d’extrême-gauche.
Mais d’après le journal Le Soir qui a tenté, dans son édition de samedi dernier, de démêler le vrai du faux dans ce dossier, ce n’est pas le document officiel.
Quoi de neuf en Flandre - 29 avril 2023
Dans l’émission "De ochtend", sur Radio Eén, Raf Terwingen, qui était député du CD&V jusqu’en 2019, et a participé à cette fameuse réunion qui a décidé des suppléments de pensions, explique qu’en fait la volonté de départ était de réduire les avantages des députés.
Alors que les députés avaient jusqu'alors droit à une pension complète après une carrière de seulement 20 ans, cette durée a été portée à 36 ans et, depuis, comme pour tout le monde, elle a été portée à 45 ans. Mais lors de cette réunion, explique Raf Terwingen, les responsables politiques ont décidé de compenser cette mesure en adoptant pour les députés un règlement qui permet aux hauts fonctionnaires d'accumuler des pensions allant jusqu'à 120 % du plafond imposé par la loi Wijninckx, une possibilité qui a été créée en 2004.
A l'époque, le gouvernement s'efforçait d'attirer vers la fonction publique des personnes qui pouvaient gagner davantage dans le privé, en plus des voitures de société et d’autres avantages. Reste à savoir pourquoi les hommes politiques devaient aussi bénéficier de ce statut. Comme si les députés pensaient qu'eux aussi, et pas seulement les fonctionnaires, devaient pouvoir rivaliser avec le secteur privé et donc avoir droit à cet avantage.
Une réduction du nombre de parlementaires pourrait-elle augmenter leur crédibilité ?
Lors d’un débat, dimanche dernier, dans l’émission "De zevende dag", il n’y a pas eu d’unanimité parmi les invités sur la manière dont les hommes politiques peuvent corriger l'image négative qui leur colle à la peau. Seul le PVDA souhaite une diminution des revenus des politiciens. De son côté, le président du Vooruit, Conner Rousseau, a qualifié la semaine écoulée de "honteuse", et demande un "statut plus transparent, plus juste et plus modeste pour les politiciens".
Conner Rousseau suggère de réduire le nombre de députés dans notre pays. Cette idée est partagée depuis longtemps par plusieurs partis flamands. Elle revient presque systématiquement dans les discours lors des célébrations du 11 juillet. En réalité, la structure même de l’Etat belge fait qu'il y a énormément de parlementaires dans notre pays, surtout par rapport à d'autres pays. Les Pays-Bas et la France comptent 13 députés par million d'habitants, et un pays fédéral comme l'Allemagne 32 députés par million d'habitants. Alors que la Belgique fédérale dépasse largement ces chiffres : notre pays compte 41 députés par million d'habitants.
Lors des débats du week-end dernier, les représentants du PVDA et du PTB apparaissent comme les vainqueurs moraux de la semaine écoulée parce qu’ils se montrent comme les champions d’une certaine image de "pureté" en politique et surtout parce qu’ils sont des nouveaux venus au Parlement.
Du coup le Vlaams Belang même s’il ne participe pas au pouvoir, suite au cordon sanitaire, mais est présent au parlement depuis de longues années ne peut plus revendiquer cette "pureté", car les députés Vlaams Belang sont aussi impliqués dans cette affaire de supplément de pension.
Et Jos D'Haese, chef de groupe du PVDA au parlement flamand, compte sur cette image de "pureté" pour obtenir des gains lors des prochaines élections, à "VTM News" Jos D'Haese a déclaré qu'il comptait obtenir "un nombre à deux chiffres" lors des élections de 2024.
Quel parti lie son destin au gouvernement de la Vivaldi ?
C’est dans ce contexte pré-électoral (les élections auront lieu dans un an ndlr.) que le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne (Open VLD) a décerné un prix au gouvernement actuel dirigé par Alexander De Croo et a ajouté qu’"avec un socialiste comme Premier ministre, ce gouvernement n’aurait rien pu réaliser".
Ce qui est curieux, écrit Ivan De Vadder, c'est que le président de l’Open VLD, Egbert Lachaert, a déclaré de son côté, dans "De Afspraak op vrijdag" que l'Open VLD ne voulait pas lier son destin au gouvernement de la Vivaldi. Cela semble difficile à faire passer quand on sait que l’Open VLD a fait dû faire de nombreux compromis lors de cette législature.
Egbert Lachaert a ainsi recherché le compromis récemment dans le débat sur l'avortement, et son vice-premier ministre Vincent Van Quickenborne, lui-même, l’a fait dans le dossier du nucléaire, en affirmant : "Nous devons nous mettre d'accord avec les sept partis de la coalition". Ceux qui avancent cet argument lient effectivement leur destin au gouvernement Vivaldi.
La position de Sarah Schlitz (Ecolo) était devenue intenable
Mais tout cela reflète une certaine nervosité pré-électorale et pour Ivan De Vadder, c’est dans ce contexte aussi qu’il faut replacer la polémique autour de la secrétaire d'État à l'Égalité des chances Sarah Schlitz.
Cette dernière a finalement a annoncé sa démission, mercredi, à la suite d'une polémique sur ses communications publiques et l'utilisation d'un logo personnel, au cours de laquelle la N-VA (opposition) l'a accusée d'avoir menti à la Chambre, ce que l'intéressée réfutait. Elle a également été fragilisée par des propos polémiques d'une collaboratrice sur les réseaux sociaux associant la N-VA au régime nazi.
Il y a dix jours, la N-VA avait recensé une série de communications de la secrétaire d'Etat qui portaient son logo personnel sans avoir reçu ni même requis l'autorisation de la commission des dépenses électorales de la Chambre. Mme Schlitz s'en est expliquée et a reçu une réprimande de la commission, comme d'autres ministres avant elle. Mais la révélation de nouvelles pièces dans la presse, en particulier le vade-mecum d'un appel à projets qui imposait en toutes lettres d'apposer le logo de la secrétaire d'Etat a battu en brèche sa défense.
Dans un premier temps, la motion déposé par la N-VA demandant sa démission n’a pas été votée et Sarah Schlitz a bénéficié d’un sursis d’une semaine de la part du gouvernement. La secrétaire d'Etat devait se présenter au parlement mercredi pour répondre à diverses questions orales, et jeudi la Chambre devait se prononcer en séance plénière sur la motion de la N-VA demandant sa démission. Le soutien de toute la majorité n'était pas acquise.
La démission de la secrétaire d'Etat Sarah Schlitz était-elle évitable ?
"Non", répond Ivan De Vadder, dans notre podcast "Het kwartier". "Elle aurait pu sauver les meubles si l'affaire s'était limitée à l'utilisation de son logo personnel et peut-être même au mensonge au parlement. Mais après qu’une collaboratrice ait comparé ce que Sander Loones de la N-VA avait fait en tant que membre de l'opposition au régime nazi, il était clair que sa position était devenue intenable".


