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Il y a 80 ans, trois jeunes résistants arrêtent un train de déportation à Boortmeerbeek et sauvent 17 personnes

Il y a 80 ans, le 19 avril 1943, Youra Livchitz (25 ans), Jean Franklemon (25 ans) et Robert Maistriau (22 ans), trois jeunes résistants bruxellois, anciens étudiants de l’ULB, ont mené avec succès une opération de sabotage d'un train de déportation vers les camps de la mort. C’est l'unique épisode de ce type recensé dans l'Europe occidentale sous occupation nazie. Ce train, baptisé le '20e convoi', était parti de la caserne Dossin à Malines et il devait conduire 1.631 Juifs, dont 262 enfants à Auschwitz. Armés seulement d'un pistolet et d'une lampe rouge, les trois résistants étaient parvenus à arrêter le train à hauteur de Boortmeerbeek (Brabant flamand) et à distraire suffisamment les gardiens nazis que pour permettre à des passagers de s’échapper.

Eric Steffens
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Le 20e convoi, le premier avec des wagons de marchandises, avait quitté la caserne Dossin à Malines vers 22 heures. Des résistants ont placé un feu rouge de fortune sur les voies, provoquant l'arrêt du train. Avec seulement trois pinces et un revolver, le trio réussit à ouvrir la porte de certains wagons et de libérer 17 prisonniers, une opération de libération unique au cours de la Seconde Guerre mondiale.

"Dans toute sa simplicité, le plan est grandiose et ingénieux", explique l'historien Koen Aerts, affilié à l'université de Gand et au Cegesoma, le Centre d'étude et de documentation sur la guerre et la société contemporaine. "Il y a eu d'autres tentatives de résistants pour arrêter un convoi de Juifs, mais celle-ci est la seule dans toute l'Europe à avoir réussi. Au total, 236 Juifs ont sauté du train cette nuit-là : plus de la moitié d'entre eux ont survécu à la guerre, une petite partie a péri et 89 évadés ont été rattrapés et embarqués dans le convoi suivant.

Au sein du mouvement de résistance juif, l'idée d'arrêter un transport ferroviaire avait germé depuis un certain temps. "Youra Livchitz a pris la direction de l'opération de libération à la place de son frère qui, en tant que résistant chevronné, a d'abord dirigé le commando", explique le professeur Aerts. "Les trois hommes disposaient de 50 000 francs belges pour donner aux évadés 50 francs pour leurs premiers besoins après l'évasion. Les résistants espéraient donc libérer 1 000 personnes".

Un devoir de mémoire

Comme de nombreux résistants n’ont pas survécu à la guerre, il n'est pas facile de retracer exactement les faits. Youra Livchitz sera fusillé au tir national à Schaerbeek en 1944. Ses compagnons Jean Franklemon et Robert Maistriau ont survécu à la guerre. "Grâce aux récits de Maistriau, les historiens ont pu reconstituer une grande partie des actions de libération du vingtième convoi", explique Koen Aerts. "Le livre Stille Rebellen de la journaliste allemande Marion Schreiber a attiré l'attention du monde entier sur cette histoire au début de ce siècle.

En Flandre, le vingtième convoi doit principalement sa notoriété au témoignage de Simon Gronowski, survivant du transport juif en question (Il est l'auteur du livre "L'enfant du 20e convoi"). "Gronowski joue le rôle d'ambassadeur de la mémoire", estime Koen Aerts. . Un rôle important puisque, selon les historiens, les récits de résistance ont longtemps été méconnus par rapport à la répression et à la collaboration.

Koen Aerts affirme avec ironie que "la résistance a gagné la guerre, mais a perdu la bataille de la mémoire". Selon le professeur, la situation est toutefois en train de changer ces dernières années. "Les séries télévisées "Kinderen van de collaboratie en van het verzet" (Enfants de la Collaboration et de la Résistance) semblent avoir commencé à rattraper ce retard. Le monde universitaire accorde également beaucoup d'attention à (la mémoire de) la résistance.

Commémoration à Boortmeerbeek

L'histoire de Youra Livchitz et de ses compagnons est traitée en détail au musée Kazerne Dossin, le lieu de rassemblement des Juifs de Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale. "Des sources sur le vingtième convoi, depuis les rapports de police sur les corps retrouvés près des voies ferrées jusqu'aux récits des familles, sont présentes dans notre collection", explique Dorien Styven, archiviste à la Kazerne Dossin.

"Pour cette commémoration, nous nous concentrons particulièrement sur l'histoire récemment découverte d'Aron Luksenberg, âgé de six ans à l’époque." Le garçon a sauté du XXe convoi et a été le seul membre de sa famille à survivre à la guerre.

À l'occasion du 80e anniversaire du 20e convoi, Kazerne Dossin organise une journée d'étude en collaboration avec la Fondation Auschwitz. Une commémoration avec Simon Gronowski, 91 ans, survivant, sera organisée le 23 avril dans la commune de Boortmeerbeek, dans le Brabant flamand. Tomas Baum, directeur de Kazerne Dossin, y prendra également la parole.  

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