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Une exposition inédite sur l'attaque du "20e convoi" au Musée Juif de Belgique

Le Musée Juif de Belgique organise une exposition inédite sur le "20e convoi", un épisode de la Seconde Guerre Mondiale au cours duquel 236 déportés juifs sont parvenus à sauter d'un train qui, au départ de Malines, devait les emmener à Auschwitz. Intitulée "Land(es)capes from the 20th Convoy", l'exposition est accessible au public jusqu'au 14 août 2023. Le plus jeune évadé du convoi, Simon Gronowski, âgé aujourd’hui 91 ans, témoigne toujours de la persécution des Juifs. La semaine dernière encore, il visitait Auschwitz avec une centaine de lycéens belges. (Regardez la vidéo ci-dessus).

Eric Steffens Kristien Bonneure
Publié:

Le 19 avril 1943, le 20e convoi quittait le camp de transit de Malines pour amener 1.631 déportés juifs vers Auschwitz. Grâce à des actions de résistances menées à la fois depuis l'intérieur et l'extérieur des wagons, 236 de ces déportés parviennent à sauter du train qui les menait à l'extermination. Il s'agit de l'unique épisode de ce type recensé dans l'Europe occidentale sous occupation nazie.

À travers une sélection de peintures et de photographies des artistes belges Jo Struyven et Luc Tuymans, le Musée Juif entend mettre en lumière l'histoire du "20e convoi", un acte de résistance dont le 80e anniversaire sera par ailleurs célébré le 19 avril 2023. À cette occasion, un ouvrage-catalogue édité par la Fondation Auschwitz et agrémenté de nombreux extraits d'interviews et d'archives d'évadés du convoi sera proposé au public.

Le photographe Jo Struyven devant quelques uns de ses clichés

Des photos sombres et très chargées d’émotion

Ce sont de grandes photographies en noir et blanc de paysages, avec parfois un bâtiment, des voies ferrées, un viaduc. Comme il s’agit d’images nocturnes et que les salles du Musée juif de Bruxelles sont également très obscures, nos yeux doivent d'abord s'habituer. 

"Avec ces images obscures, je voulais dépeindre la tension, comme ces personnes ont dû la ressentir lorsqu'elles se tenaient là. Mais en fait, nous ne la ressentirons jamais, parce que nous sommes libres et que si nous sortons d’ici, nous ne serons pas arrêtés", déclare le photographe Jo Struyven. "Ces gens-là", ce sont les 236 déportés juifs qui ont pu sauter du train qui avait quitté la caserne Dossin à destination d'Auschwitz. C’était le 19 avril 1943. Le train était parti à 22 heures et dans les heures suivantes, il y aura plusieurs actes de sabotage pour l'arrêter, finalement 236 personnes sauteront du train.

Jo Struyven a cherché et retrouvé les endroits exacts où les déportés en fuite se sont retrouvés, entre Boortmeerbeek (dans le Brabant flamand) et la frontière allemande. Les photos montrent leur point de vue depuis l'intérieur ou l'extérieur du train. Ce sont des photos sombres, avec de grands vides mais en même temps très chargées, que l'on regarde longtemps.  

Piringen - Jo Struyven

L'attaque du 20e convoi : un acte unique de la résistance

Acte unique et exceptionnel, la résistance a réussi à saboter le 20e convoi, obligeant le train à s'arrêter à Boortmeerbeek, dans le Brabant flamand. Là, ainsi qu'à d'autres endroits sur le trajet jusqu'à la frontière allemande, 236 personnes ont réussi à sauter du train à l'arrêt ou en marche lente. Pour environ la moitié d'entre eux, il s'agissait d'un saut vers la liberté; les autres ont été abattus ou à nouveau arrêtés. 115 personnes ont survécu à la Seconde Guerre mondiale.

L’attaque a été perpétrée par plusieurs jeunes résistants, explique le photographe Jo Struyven. Les trois héros sont trois jeunes étudiants de la résistance bruxelloise Youra Livschitz, Jean Franklemon et Robert Maistriau qui ont arrêté le train à Boortmeerbeek avec une  lampe tempête.  Des outils avaient également été placés dans les wagons à bestiaux pour permettre une ouverture de l'intérieur, le conducteur du train faisait partie du complot, et la résistance de Louvain avait posé une barricade en bois sur les voies à Korbeek-Lo (Brabant flamand).

Résultat : le train s'arrêtait et repartait et des dizaines de personnes ont pu sauter. "L’épisode de l’attaque du 20e convoi n'avait jamais été examinée sous l'angle de la question : qui a sauté et où ? Elle n'avait également jamais été abordée de manière photographique."  

Wijgmaal - Jo Struyven

"Je voulais reconstituer le parcours et utiliser certaines photos aux endroits exacts pour suggérer ce que ces personnes ont dû ressentir. Vous sautez du train, on vous tire dessus, il y a des détonations, du bruit, le train avance et après deux minutes, il s’arrête. C'était la pleine lune, même la super lune. Cela a dû être une perception sensorielle très forte. Avant le saut, vous n'êtiez plus un être humain, après vous l'êtes à nouveau, mais en territoire occupé. On ne peut sûrement pas oublier que 115 d'entre eux ont survécu à la guerre."

Simon : le garçon de 11 ans qui a sauté du train

Le plus jeune évadé du convoi, Simon Gronowski, a sauté du train du XXe convoi, mais pas sa mère. Elle a été assassinée à Auschwitz, ainsi que sa sœur, lors d’un convoi ultérieur.

L'avocat Simon Gronowski a aujourd’hui 91 ans et témoigne toujours de la persécution des Juifs. La semaine dernière encore, il visitait Auschwitz avec une centaine de lycéens belges.

Pour Jo Struyven, l'histoire de Gronowski a été l'élément déclencheur de son projet photographique. Il a lui-même grandi dans le Limbourg, à 50 mètres à peine du chemin de fer. Simon Gronowski a sauté du train à Kuttekoven, près de Borgloon (Limbourg).

"Nous avons roulé pendant deux jours, à la recherche du bon emplacement. C'était un endroit sans bâtiments, où il a roulé 5 à 6 mètres en bas du talus. En vue du château de Rullingen, où il n'a pas osé sonner car il pensait que des Allemands s'y trouvaient. Il a erré dans les bois toute la nuit et a finalement frappé à la porte d'une maison d'ouvriers à Berlingen. Ce ne doit pas être des "collabos", pensa-t-il. Une femme l'a emmené chez un gendarme, qui s'est occupé de lui et l'a remis dans un train pour Bruxelles."

"Le soir du 20 avril 1943, Simon Gronowski est de retour à Bruxelles. Son père était à l’hôpital. Pendant le reste de la guerre, ils se sont cachés chacun de leur côté. Lorsque le père apprit que sa femme et sa fille ne reviendraient pas, il mourut de chagrin. Gronowski est devenu orphelin à 13 ans."

Une seule photo couleur à la lumière du jour est accrochée dans l'expo : celle de la maison où Simon Gronowski a reçu de l'aide. En termes de symbolisme, c'est important. Jo Struyven partage la mission de Simon Gronowski : continuer à raconter cette histoire pour éviter que l'histoire ne se répète. "J'ai commencé ce projet en 2020. Qui aurait pu penser qu'il y aurait un jour une autre guerre en Europe ? Aussi avec les déportations d'enfants ?" 

Jo Struyven se dit également préoccupé par le projet du nouveau gouvernement israélien de Benyamin Netanyahou et de ses alliés ultraorthodoxes de créer une agence gouvernementale qui déterminerait "l'identité juive". En effet, la judéité au sens religieux ne se transmet que par la mère. Or Israël accueille depuis sa création les descendants d’hommes et de femmes de confession juive, sans distinction.

C’est d’ailleurs le thème de l'une des œuvres du peintre Luc Tuymans, également présentée dans l'exposition au Musée juif. L'œuvre "Die Wiedergutmachung" montre comment les gens sont catégorisés par leur corps ou leurs membres. Une autre œuvre, "Nos nouveaux quartiers", évoque l'architecture sinistre du camp tchèque de Theresienstadt.

Une femme enceinte a sauté du train, sa fille âgée de 80 ans aujourd'hui visitera l'exposition à Bruxelles

Il y a une histoire personnelle derrière chaque photo. Vous pouvez par exemple voir l'institution psychiatrique Sint-Camillus à Bierbeek, où de nombreux réfugiés ont été accueillis. Dans cette zone, 35 personnes ont sauté du train. Jo Struyven donne l'exemple d'une jeune femme. 

"Mariée à un dentiste belge. Mais le jour de son mariage, elle avait été raflée par les Allemands. Elle était enceinte de trois mois à ce moment-là. Au début, elle n'a pas osé sauter, mais quelqu'un l'a poussée. Elle a perdu une dent et s'est cassé un bras, mais s'est rétablie, et six mois plus tard son enfant est né.

Aujourd'hui, cet enfant est une femme âgée de presque 80 ans. Elle viendra spécialement des États-Unis à Bruxelles pour voir la photo de l'endroit exact où sa mère a sauté vers la liberté."

Sint-Camillus Bierbeek - Jo Struyven

Toutes ces histoires personnelles et les photographies de Jo Struyven seront rassemblées dans un ouvrage-catalogue édité par la Fondation Auschwitz, qui sera présenté au Musée juif le 19 avril 2023, exactement 80 ans après l'attaque du 20e convoi.

L'exposition "236. Land(es)capes from the 20th convoy" avec des photographies de Jo Struyven et des peintures de Luc Tuymans est à voir au Musée Juif de Belgique,  jusqu'au 14 août.

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