La sonde spatiale européenne Juice a décollé ce vendredi vers 14h14 (heure belge) depuis le port spatial de Kourou, en Guyane française, à destination de la planète Jupiter et ses lunes glacées. Le décollage avait dû être reporté de 24 heures jeudi après-midi, en raison d’une météo peu propice, avec notamment des risques d’éclairs. Sous les yeux émerveillés du roi Philippe et de son fils Gabriel, mais aussi notamment du Secrétaire d’Etat à la Politique scientifique Thomas Dermine, la mission scientifique phare de l'Agence spatiale européenne (ESA) a pu s'élancer avec succès, marquant le début d'une odyssée spatiale inédite. La sonde devrait atteindre sa destination dans 8 ans environ.
A Kourou, le roi Philippe assiste au décollage d’Ariane 5 portant la sonde spatiale Juice
De nombreuses entreprises européennes - dont plusieurs institutions belges - étaient impliquées dans la préparation du projet et suivront avec attention son évolution au cours de la décennie à venir. Environ 27 minutes après son décollage à bord d'une fusée Ariane 5, la sonde Juice (Jupiter Icy Moons Explorer) s'est séparée avec succès de la coiffe du lanceur dans laquelle elle était installée, panneaux solaires repliés, à environ 1.500 kilomètres d'altitude.
"Juice est la sonde la plus complexe jamais envoyée vers Jupiter", a souligné le directeur général de l'ESA Josef Aschbacher, dans la salle de contrôle Jupiter du Centre spatial guyanais (CSG). Conçue par Airbus, Juice embarque dix instruments scientifiques (caméra optique, spectromètre imageur, radar, altimètre, magnétomètre...). La sonde est aussi équipée d'immenses panneaux solaires de 85 m2 - la taille d'un terrain de basket - pour garder de la puissance, dans un environnement où la lumière du Soleil est 25 fois plus faible que sur Terre.
C'est la première fois que l'Europe spatiale part explorer une planète du système solaire externe, qui démarre après Mars. La spationaute français Thomas Pesquet, le roi Philippe et son fils ainé le prince Gabriel faisaient partie des personnalités présentes à Kourou pour le lancement, aux côtés du Secrétaire d’Etat à la Politique scientifique Thomas Dermine. Des images filmées peu avant le décollage montrent le roi Philippe, passionné d’espace, arborant un grand sourire et dissimulant mal son excitation et son enthousiasme face à cet événement historique. Le roi avait d’ailleurs prolongé d’un jour son séjour en Guyane, dans l’espoir de pouvoir assister en direct au lancement d’Ariane 5.
Le journaliste Koen Wauters (VRT NWS), du voyage en Guyane, témoignait après le lancement réussi : "J’ai rarement vu une salle remplie d’adultes qui étaient aussi heureux que des enfants". La mission coûtera 1,6 milliard d’euros. La Belgique contribue aux coûts à raison de plus de 300 millions d’euros annuels, entre 2023 et 2027.
Arrivée à destination en 2031
Juice ne doit atteindre sa destination finale, à plus de 620 millions de kilomètres de la Terre, qu'en 2031. Ne pouvant rejoindre directement Jupiter, l'engin devra passer par de complexes manœuvres d'assistance gravitationnelle qui consistent à utiliser la force d'attraction d'autres planètes pour gagner de la vitesse. Par un survol Lune-Terre d'abord, puis de Vénus (2025), puis à nouveau de la Terre (2029), avant de prendre son élan vers le mastodonte du système solaire et ses plus grandes lunes, découvertes par Galilée il y a 400 ans: Io la volcanique et ses trois comparses glacées Europe, Ganymède et Callisto.
La quête principale de Juice est de trouver non pas directement la vie, mais des environnements propices à son apparition. Si Jupiter, planète gazeuse, est inhabitable, ses lunes Europe et Ganymède sont des candidates idéales: sous leur surface de glace, elles abritent des océans d'eau liquide, or seule l'eau à l'état liquide rend la vie possible. Juice cible Ganymède: en 2034, elle devrait se placer en orbite autour de ce satellite naturel, le plus gros du système solaire et le seul à posséder un champ magnétique la protégeant des radiations. Entre deux épaisses croûtes de glace s'y meut un gigantesque océan, "profond de plusieurs dizaines de kilomètres, bien plus profond que les océans sur Terre", a souligné Josef Aschbacher. L'enjeu de la mission est d'en connaître la composition, pour déduire si un écosystème pourrait s'y développer.


