En l’espace de quatre ans, le nombre d’habitants originaires de Chine qui résident à Gand (Flandre orientale) a augmenté d’un tiers. Les Chinois y viennent avant tout pour faire des études ou de la recherche. Ils représentent maintenant le plus grand groupe d’étudiants étrangers à Gand.
Les Chinois toujours plus nombreux à Gand, pour y habiter, y travailler et surtout y étudier
L’an dernier, Gand comptait 1.086 habitants chinois. C’est un tiers de plus qu’avant l’épidémie de coronavirus, en 2019. Plus de la moitié de ces Chinois (622) sont venus à Gand pour y faire des études. Ils représentent d’ailleurs maintenant le plus grand groupe d’étudiants étrangers dans la ville, avant les Néerlandais, les Espagnols et les Italiens. La majeure partie de ces étudiants sont attachés à l’Université de Gand (UGent) et 70% d’entre eux y effectuent un doctorat.
"Le nombre important de ressortissants chinois s’explique par plus d’une centaine d’accords avec des partenaires chinois : depuis des échanges jusqu’à des bourses spéciales, en passant par des projets de recherche en collaboration. Il existe une tradition de collaboration dans le domaine universitaire", expliquait à Radio 2 Inge Mangelschots de l’UGent. "Nous avons aussi un représentant installé en Chine. Il s’occupe d’intérêts communs et maintient les contacts avec les institutions et les autorités chinoises".
L‘an dernier, pas moins de 273 nouveaux étudiants et chercheurs chinois sont arrivés à Gand. Ces derniers y restent pendant plusieurs années. "Nous constatons que les sciences, les études de (bio-)ingénieur, les sciences de l’ingénieur et l’architecture intéressent le plus les Chinois, bien qu’ils soient représentés dans toutes les facultés", indiquait Mangelschots. Les nouveaux-venus sont accueillis par l’université, comme tous les autres étudiants étrangers.
Mingye Li et Junyi Han (photo) effectuent tous deux un master à l’UGent. Leur université en Chine possède un accord avec celle de Gand. Ils ont découvert la ville le long de la Lys lors d’un voyage de reconnaissance il y a quelques années. Li et Han étudient depuis un an et demi à l’UGent et aident d’autres Chinois dans leur périple.
Tous deux font également partie de la direction de la ChiSAG (Chinese Students and Scholar Association in Ghent), en tant que président et secrétaire. C’est une association d’étudiants officielle, qui est également reconnue par l’université. "Nous informons les nouveaux arrivants, nous les aidons à trouver un logement et nous organisons bien sûr aussi des activités culturelles et sportives", expliquaient-ils à Radio 2.
L’association ChiSAG souligne qu’elle a une liberté de mouvement dans ce qu’elle organise. "Nous ne sommes pas obligés de nous justifier auprès de l’ambassade de Chine. Nous invitons ses représentants à nos activités”.
Les étudiants chinois reçoivent chaque année un visa, qu’ils doivent prolonger au fil des ans. "Nous devons donc veiller à réussir nos études”, plaisantent Li et Han. Il leur a fallu un certain temps pour s’habituer à Gand. "En Chine, tout se fait via une application : prendre le bus, chercher son chemin, commander à manger. Ici, c’est plus compliqué. Les restaurants sont également différents, mais la nourriture est bonne". Les activités de la ChiSAG se concentrent sur les Chinois. "Mais notre porte est ouverte à d’autres visiteurs", insistent Mingye Li et Junyi Han. "Nous rencontrons souvent des Gantois, et c’est toujours chaleureux. Ici tout le monde parle bien l’anglais. C’est autre chose qu’à Bruxelles et en Wallonie".
Et ailleurs ?
Dans d’autres établissements d’enseignement gantois les Chinois sont également présents. Il s’agit cependant souvent de personnes isolées ou de petits groupes. La section de la KU Leuven qui se trouve à Gand compte 26 étudiants chinois. A l’école supérieure Artevelde, ils sont huit. On constate que certaines formations deviennent de plus en plus populaires auprès des Chinois. Ainsi, quinze d’entre eux suivent actuellement une formation musicale à l’école supérieure HOGENT. C’est trois fois plus qu’il y a 5 ans.
Mais pas tous les Chinois viennent à Gand pour y étudier ou faire de la recherche. Un groupe important est constitué de réfugiés reconnus, qui viennent en Belgique dans le cadre d’un regroupement familial ou d’une régularisation. Il s’agit d‘environ 260 personnes. Certaines d’entre elles vont à Gand pour travailler, grâce à un visa approprié. Quelque 158 Chinois sont ainsi enregistrés actuellement.
Ils trouvent du travail dans les secteurs de l’informatique ou des technologies. Hua Yan est programmateur et est venu en Belgique il y a 20 ans. Il constate que beaucoup plus de Chinois apparaissent à Gand. "Il y a beaucoup d’emplois vacants intéressants, ce qui attire des gens de l’étranger, y compris les Chinois. Sur le plan de l’informatique, Gand est certainement en train de devenir une ville internationale", estime Hua Yan.
Les Chinois qui arrivent en Belgique avec un visa pour étudier ou travailler ne sont pas obligés de suivre des cours d’intégration, parce qu’ils ne restent en principe qu’un certain temps. Des nouveaux-venus avec un autre statut doivent par contre suivre le trajet de citoyennisation auprès de l’agence gantoise pour l’intégration Amal. Ce trajet comprend des cours d’orientation sociale et de néerlandais. L’agence propose aussi un accompagnement pour trouver un travail, suivre une formation ou créer un réseau. Des 332 Chinois qui sont arrivés à Gand l’an dernier, seuls 6 ont été forcés de suivre le trajet de citoyennisation.
Peur des espions?
Sur le plan international, la tension monte avec la Chine, comme par exemple récemment avec les ballons-météo aux Etats-Unis ou avec l’interdiction aux fonctionnaires en Belgique d’utiliser l’application TikTok. En Belgique, on est aussi plus conscient des risques pour la sécurité. Tous les nouveaux arrivants qui font une demande de visa (pour le travail, des études ou un regroupement familial) sont d’abord contrôlés.
Dans certains cas, l’Office des étrangers peut réclamer des informations complémentaires auprès de la police, des services de renseignement militaires et de la Sureté de l’Etat. C’est l’Office des étrangers qui a le dernier mot. Pour les personnes qui demandent l’asile tout en étant déjà en Belgique, c’est la Sureté de l’Etat qui examine chaque dossier. Si l’ordre public ou la sécurité nationale semblent pouvoir être mis en péril par un candidat, la demande d’asile est refusée.
D’autres nouveaux arrivants
Le nombre de Chinois installés à Gand augmente chaque année, mais ils ne constituaient pas l’an dernier le plus grand groupe de nouveaux arrivants. Il y a en effet encore beaucoup d’Ukrainiens (1.240) qui se rendent à Gand.
La ville voit aussi arriver de nombreux Bulgares (1.109) et de Turcs (360). Les Chinois ne font donc juste pas partie du top 3.

