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Les bières et apéritifs sans alcool ont la cote en Flandre : d'où vient cette nouvelle tendance ?

Ce n’est pas que sur papier qu’il existe une nouvelle tendance en Flandre de renoncer à l’alcool, ou d’en boire moins. Les secteurs concernés constatent en effet un réel changement sur le marché, au bénéfice des bières sans alcool et des mocktails. "Alors que les boissons sans alcool représentaient autrefois un petit créneau, ce segment connait aujourd’hui une croissance structurelle très forte. Autrefois il y avait peut-être une seule personne à la table qui prenait un apéritif sans alcool, alors que maintenant c’est de plus en plus souvent toute une tablée qui le fait". Il y a plusieurs explications à ce changement dans les habitudes de consommation.

Anne François Michael Torfs
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Divers BV’s - ou "bekende Vlamingen", des Flamands connus - ont annoncé récemment avoir décidé de ne plus consommer d’alcool et ont décrit combien ils se sentent bien grâce à cette abstinence, tant mentalement que physiquement. Chaque année pareilles déclarations se multiplient à l’approche de la Tournée Minérale, cette initiative lancée en 2017 par la Fondation contre le cancer. Elle propose de ne pas consommer d’alcool pendant tout le mois de février, après des semaines de fêtes de fin d’année et de réceptions de Nouvel An souvent très arrosées et éprouvantes pour le foie. C’est aussi un moyen de rappeler les risques que l’alcool présente pour la santé, que ce soit en matière de qualité de sommeil ou de maladies à plus long terme, comme notamment le cancer.

Mais depuis quelques temps maintenant, un nombre croissant de Flamands décident de se passer en permanence d’alcool. Ou du moins ils prolongent toute l’année de bonnes habitudes prises pendant la Tournée Minérale.

Un autre style de vie

Krishan Maudgal, directeur de la Fédération belge des brasseurs, confirme une prise de conscience croissante de la population en matière de consommation d’alcool. "Beaucoup de choses ont changé dans la société. On constate un plus grand sens des responsabilités et une prise de conscience de l’importance d’une vie saine. Les gens se préoccupent davantage de leur style de vie. Celui qui prépare un triathlon décidera plus aisément de ne pas boire d’alcool pendant trois mois".

Maudgal comprend cette attitude, tout en estimant que la tendance est peut-être en train de tomber dans l’extrême inverse. Il qualifie le débat public actuel autour de l’alcool de “très chargé". "Bien entendu, nous devons être prudents dans notre consommation d’alcool et combattre tout abus. Mais le ton général s’est durci. On reçoit actuellement avant tout un message négatif. Il y a beaucoup d’informations qui passent dans lesquelles l’alcool est dépeint pratiquement comme une arme criminelle (en faisant le lien avec les cancers, par exemple). On donne la parole aux "trendwatchers" qui analysent les tendances actuelles. Ceux et celles qui boivent encore de l’alcool finissent presque par en avoir honte".

C’est donc bien une nouvelle tendance qui est née au sein de notre société. Les chiffres indiquent d’ailleurs que quelque chose change. Mais quelle est l’ampleur de cette tendance? Les ventes d’alcool ont-elles chuté?

Les boissons sans alcool gagnent rapidement du terrain

La vente de bières courantes, comme la Jupiler, est en régression, au profit de bières spéciales qui sont brassées localement ou qui ont un goût particulier, indiquait Roel Dekelver de la chaine de supermarchés Delhaize à VRT NWS. "En plus de cela, on voit une augmentation très importante des ventes de bières sans alcool. La proportion de ventes de cocktails sans alcool croit aussi très rapidement. Nous le constatons non seulement le mois de la Tournée Minérale, mais aussi pendant tout le reste de l’année. Pour les vins, le changement est moins important. Mais cela s’explique par une offre beaucoup plus restreinte en vins sans alcool", précisait Dekelver.

Au rayon (encore relativement modeste) des bières, apéritifs et spiritueux sans alcool, Delhaize a constaté l’an dernier une augmentation de 15 à 16% des ventes, par rapport à 2021. "Cela démontre qu’il y a bien une tendance et qu’elle est structurelle. C’est quelque chose d’assez récent, de ces 2 à 3 dernières années. Autrefois ce n’était qu’un petit créneau. Nous constatons également que nos clients réduisent leur consommation d’alcool".

Les jeunes générations

Roel Dekelver a pu observer que ce sont avant tout les consommateurs âgés d’une vingtaine, d’une trentaine et d’une quarantaine d’années qui suivent la nouvelle tendance. "Ils sont les adopteurs précoces. Alors que dans le temps il n’y avait en général qu’une seule personne qui demandait un apéritif sans alcool à la table, aujourd’hui ce sont des tablées entières qui le font".

Le grossiste en boissons Wijnegemse Drankenhal confirme la nouvelle tendance. "Nous voyons que nos clients achètent de plus en plus sans alcool. Et que les brasseries y répondent", explique Patrik Verbeeck. Il estime que la proportion de non-alcoolisé dans ses ventes de bières et d’apéritifs est passée à environ 8%.

"C’est en tous cas en forte hausse. Nous constatons que les clients sont plus conscients de leurs choix en matière d’alcool". Pour diverses raisons: une vie plus saine, mais aussi une conduite plus sure sur les routes. Verbeeck nuance cependant : "La vente d’alcool reste solide". Le segment des bières sans alcool ou peu alcoolisées a augmenté de 50% depuis 2016. Parmi les bières sans alcool, ce sont avant tout les bières spéciales qui se vendent bien, plutôt que les pils.

Une question de chimie

Selon Krishan Maudgal de la Fédération belge des brasseurs, la consommation de bière au sein de la population de Flandre était déjà en baisse depuis un certain temps. Au cours de la décennie écoulée, cette consommation aurait diminué de 40%. Mais ces dernières années, une nouvelle tendance est donc venue s’y ajouter : celle de la bière sans alcool.

Maudgal estime peu surprenant que ces bières gagnent en popularité. C’est notamment une question de chimie: “Autrefois la bière sans alcool était une pils dont on avait laissé l’alcool s’évaporer". Le résultat était, presque littéralement, une fade décoction. Non seulement la pils avait avant tout pour but d’étancher la soif plutôt que d’offrir une palette aromatique, mais en plus l’alcool qui devait faire ressortir les arômes s’était évaporé. "Résultat : une petite boisson vide, collante et granuleuse”, décrit Maudgal.

Mais cette époque est depuis longtemps révolue. Ces dernières années, de nombreuses recherches et développements ont été effectués. Deux nouvelles techniques sont apparues sur le marché. L’une filtre l’alcool avec des procédés membranaires, tandis que l’autre s’est tournée vers la nature. "Elle y a découvert des levures qui convertissent aussi bien le sucre en bière mais sans produire d’alcool et en conservant les arômes. Cela procure une expérience gustative qui est presque identique à celle de la bière alcoolisée. De nombreuses brasseries ont sauté sur ce procédé. Nous voyons une multiplication énorme de bières sans alcool et peu alcoolisées. Comme, par exemple, la Sportzot de la brasserie brugeoise Halve Maan (photo), ou la Leffe 0.0 et l’Affligem 0.0".

La brasserie brugeoise Halve Maan

Pas de “menace” pour notre pays de la bière

Krishan Maudgal estime que ce segment va continuer à se renforcer. "La bière sans alcool va prendre une place toujours plus importante dans l’ensemble de l’offre. Mais la bière alcoolisée ne va pas disparaître, à mon avis".

Le directeur de la Fédération belge des brasseurs estime en outre que la bière, traditionnelle ou pas, n’est pas menacée. "Elle fait partie de notre ADN et de notre histoire collective. Et elle a été reconnue par l’Unesco comme patrimoine immatériel en Belgique. Les bières sans alcool joueront aussi un rôle dans notre développement futur en tant que pays de la bière".

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