L'an dernier, plus de 190.000 personnes en moyenne ont frappé chaque mois à la porte des 676 organisations affiliées aux banques alimentaires en Belgique. Le nombre de demandes d’aide alimentaire augmente donc sensiblement, alors que ce dispositif d'aide social fait face à plusieurs défis, s'inquiète la Fédération belge des banques alimentaires. Résultat : les portions sont réduites ou certaines aides doivent être refusées. A noter aussi qu'un quart (26%) des bénéficiaires d'aide alimentaire sont des jeunes mineurs d'âge. Et un nombre croissant de personnes qui travaillent et de ménages avec deux revenus se voient contraints de demander de l'aide.
Les banques alimentaires réduisent les portions en raison d’une demande d’aide accrue
En décembre 2022, les bénéficiaires des banques alimentaires étaient 18,2% plus nombreux qu'en janvier de la même année, indiquait ce lundi la Fédération lors d'une conférence de presse à Bruxelles. La guerre qui fait rage en Ukraine depuis quasiment un an a en effet provoqué une crise énergétique (avec des prix du gaz et de l'électricité ayant atteint des valeurs records) mais aussi alimentaire, tandis que des millions de tonnes de céréales destinées à l'exportation sont restées bloquées dans les ports ukrainiens jusqu'en août dernier.
La demande a particulièrement augmenté en province d'Anvers (+23%), du côté de Charleroi (+21%), ainsi que dans la capitale et les Brabants flamand et wallon (+20,5%). Or, le volume des denrées alimentaires à distribuer n'a pas suivi la même courbe ascendante: il s'est stabilisé à 23.036 tonnes (+3% par rapport à 2021). Une quantité similaire a donc dû être répartie entre des bénéficiaires plus nombreux.
De 125,4 kg par bénéficiaire en 2021, cette aide est passée à 109,9 kg en 2022. Les excédents de l'industrie alimentaire ont en effet diminué (de 8,5% par rapport à 2021 et de 18,5% par rapport à 2020) grâce à des méthodes de production plus adaptées à la demande. Alors comment le volume de denrées distribuées a-t-il pu être maintenu? Grâce au Fonds social européen (FSE+) et aux dons financiers (des particuliers et du fédéral), qui ont permis aux banques alimentaires d'acheter elles-mêmes des quantités plus importantes de produits, explique la Fédération.
Le volume de denrées va diminuer, la demande encore augmenter
Avec plus de 8.500 tonnes de nourriture l'an dernier, l'Union européenne constitue la première source d'approvisionnement des banques alimentaires belges. Cependant, en 2024, ces fonds - exceptionnellement augmentés durant la période corona - diminueront d'un tiers, s'alarme la Fédération. La perte de 2.900 tonnes de denrées "européennes" représente une régression de 12,5% du volume total distribué l'an dernier. "Cette baisse se fera fortement ressentir", prévient Jef Mottar, administrateur délégué de la Fédération belge des banques alimentaires.
Et face à la hausse générale du coût de la vie, "on peut s'attendre à ce que le besoin d'aide alimentaire continue d'augmenter", pointe la Fédération, alors que la quantité de denrées distribuées a doublé en une décennie, passant de 10.675 tonnes en 2010 à 22.013 tonnes en 2020.
"Nous appelons donc les gouvernements fédéral et régionaux ainsi que les entreprises et les particuliers à offrir un soutien financier plus structurel aux banques alimentaires", insiste Jef Mottar. Outre une hausse des budgets destinés à l'aide alimentaire dans le cadre du FSE+, "des incitations fiscales supplémentaires pour (ce type de) dons pourraient être une solution", avance le président de la Fédération belge des banques alimentaires, Piet Vanthemsche.


