L’année 2024 sera celle de toutes les élections en Belgique : les législatives, régionales, communautaires et européennes en mai ou juin, suivies des élections communales et provinciales le 13 octobre. "Dès qu’on passera à 2024, une campagne électorale permanente se mettra probablement en place dans toutes les déclarations et propositions politiques", estime le journaliste politique Ivan De Vadder (VRT NWS). Les divers gouvernements du pays n’ont donc plus que cette année pour mener à bien leurs programmes. Et il reste de gros dossiers à finaliser, tant au niveau fédéral que flamand, notamment. Ecoutez l’analyse d’Ivan De Vadder au micro de Flandreinfo.be. Nous reprenons avec lui notre rendez-vous hebdomadaire "Quoi de neuf en Flandre".
"2023 est la dernière année complète dont les gouvernements disposent pour mener à bien leurs projets"
"Vraiment, j’espère que 2023 ne sera pas une année transitoire pour nos gouvernements. Cela représenterait beaucoup de temps perdu", souligne Ivan De Vadder (photo archives). "Souvenez-vous, le gouvernement fédéral n’a débuté qu’en 2020, donc un an et demi après les élections. Donc 2023 est la dernière année possible pour réaliser les projets repris dans les différents accords de gouvernements. Dès qu’on passera à 2024, tout sera placé sous le signe de la campagne électorale".
Quels sont les plus gros dossiers que le gouvernement fédéral doit essayer de boucler d’ici la fin de la législature ? Les pensions, la fiscalité et le marché du travail, mais aussi les négociations avec Engie à propos de la prolongation de 10 ans de vie des réacteurs nucléaires Tihange 3 et Doel 4 dès novembre 2026.
"La ministre Karine Lalieux a déjà établi un plan de pensions, mais la Commission européenne le juge trop onéreux et réclame des modifications. Sinon, la Belgique risque de perdre près d’un milliard d’euros pour son Plan de relance élaboré par le Secrétaire d’Etat Thomas Dermine. Le gouvernement est donc mis sous pression, financière notamment".
"Deuxième gros dossier : le marché du travail. Dans l’accord du gouvernement figure l’idée, presque utopique, de mettre au travail 80% de la population en âge de travailler. On en est encore loin, le gouvernement doit donc trouver de nouvelles mesures. Troisième dossier, lié à celui du marché de l’emploi : on attend du gouvernement une réforme fiscale pour faire augmenter les salaires nets de quelques centaines d’euros par an, par rapport à la situation actuelle". Ces trois projets-là devraient encore être réalisés cette année, mais il subsiste de grandes différences idéologiques entre les partis. Surtout entre les socialistes et les libéraux, par exemple à propos de la réforme de la fiscalité.
Et puis il y a le dossier nucléaire et l’accord de prolongation de vie de deux réacteurs à préciser avec le groupe énergétique français Engie, au-delà de l’accord non-contraignant qui vient d’être conclu. "Il devrait y avoir un accord définitif en juin ou juillet", estime Ivan De Vadder.
L’influence des présidents de partis
"Je me dis toujours que si on devait changer quelque chose, ce serait d’obliger les présidents de partis à devenir ministres. A ce moment-là, ils ne seraient plus des observateurs qui font des commentaires, mais ils seraient responsables d’un département. Cela change une personnalité. Actuellement on voit, aussi bien du côté francophone que néerlandophone, ces présidents de partis qui font des commentaires et expriment des exigences. Cela crée une atmosphère toxique envers le gouvernement fédéral".
Du côté flamand aussi, il reste de gros dossiers à régler : accueil à la petite enfance, pénurie d’enseignants, pollution des sols à l’azote, aux nitrates et phosphates (plan lisier) et aux PFAS. Là aussi, les présidents de partis s’opposent sur les dossiers. "Mais là, comme du côté francophone, les présidents de partis regardent surtout du côté du gouvernement fédéral, moins du côté du gouvernement régional. Par exemple Bart De Wever (N-VA) et Sammy Mahdi (CD&V) critiquent surtout le gouvernement fédéral".
"Mais il reste de gros dossiers à trancher et là aussi les avis des partis divergent", poursuit Ivan De Vadder. Par exemple, le CD&V parti traditionnel défend les agriculteurs et se voit critiqué par la ministre de l’Environnement Zuhal Demir. Il y a donc aussi un clivage entre les partis flamands.
Majorité N-VA - VB dans beaucoup de communes ?
"L’enjeu principal au niveau flamand est qu’il risque d’y avoir dans beaucoup de communes, après les élections, une majorité N-VA - Vlaams Belang", souligne Ivan De Vadder. "Aura-t-on un gouvernement aux niveaux fédéral et régional au terme des élections du printemps, ou les partis attendront-ils plutôt les résultats du scrutin communal en octobre avant d’entamer les négociations de coalitions ? Si c’est le cas, on perdra à nouveau plusieurs mois de temps".
A cela s’ajouterait un risque de blocage s’il y a une majorité formée en Flandre par le parti nationaliste N-VA et le parti d’extrême-droite Vlaams Belang (VB). "Je crains que si la N-VA s’allie au Vlaams Belang au niveau local ou régional, aucun parti francophone ne voudra encore gouverner avec la N-VA qui aurait alors brisé le "cordon sanitaire" autour du VB. Cela risque de conduire à un blocage parce que la N-VA sera alors vraisemblablement le parti démocratique le plus grand et il faudra que tous les autres partis s’allient pour former un gouvernement. Cela rendra les choses difficiles et pourrait même bloquer toutes les institutions", met en garde Ivan De Vadder.
Des rumeurs circulent sur la création éventuelle d’un nouveau parti, en Flandre, à l’instigation de l’ancien recteur de la KU Leuven Rik Torfs et du militant politique belgo-libanais Dyab Abou Jahjah. Mais Ivan De Vadder souligne qu’il n’y a pas encore de décision prise et qu’il faudra beaucoup d’argent et suffisamment de personnes pour constituer les listes électorales d’un nouveau parti. "Ce ne sera sans doute pas prêt pour les élections de 2024".
"Cher Premier ministre, attention aux ides de mars"
Dans le passé, plusieurs gouvernements belges sont tombés à la mi-mars. En référence à cela, Eric Van Rompuy (CD&V) avait mis en garde le Premier ministre libéral Guy Verhofstadt, en 2005, en lui lançant : "Faites attention aux ides de mars". Une référence à l’assassinat à Rome de l’empereur romain Jules César aux ides de mars de l’an 44 avant J.C.
Le journaliste politique met le Premier ministre Alexander De Croo en garde, car au mois de mars beaucoup de dossiers devraient s’entasser sur la table de son gouvernement : budget, les négociations avec Engie, la réforme fiscale, les plans de pension. "Cela fait beaucoup de dossiers à gérer de front, ce qui est toujours assez dangereux pour un Premier ministre", conclut Ivan De Vadder.


