Au lendemain de l’attaque de deux policiers à Schaerbeek, dont l’un a perdu la vie et l’autre a été grièvement blessé, les syndicats de police réclament la démission du ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open VLD, photo). Ils estiment qu’une impunité règne depuis des années à Bruxelles et dans d’autres grandes villes du pays face aux violences commises à l’encontre de policiers. Le ministre se défend : "A peine un mois après ma prise de fonction j’ai décidé d’introduire une tolérance zéro à l’encontre de toute violence envers des policiers". Une "manifestation nationale" contre ce type de violences sera organisée le lundi 28 novembre à Bruxelles, annonce le secrétaire de la CSC-Police, Joeri Dehaes.
Les syndicats de policiers réclament la démission du ministre de la justice et annoncent une manifestation le 28 novembre
L’attaque tragique de deux agents dans le quartier nord de Bruxelles a fait exploser la colère des policiers. Les syndicats réclament la démission du ministre de la Justice après que l’on ait appris que le suspect est un ex-détenu radicalisé qui était suivi depuis sa sortie de prison et qui figurait sur la liste de l’OCAM. Il s’est rendu jeudi matin dans un commissariat pour y demander une prise en charge psychologique, craignant sinon de commettre un acte de haine envers des policiers. Il a été emmené à l’hôpital Saint-Luc par trois agents qui n’auraient pas informé le personnel médical sur la dangerosité de son cas. Il a quitté l’hôpital peu après le départ des policiers et s’en est pris à deux agents en service au centre de Bruxelles en soirée.
"Nos policiers sont furieux à propos de ce qui se passe dans notre pays", expliquait Carlo Medo du SNPS, le Syndicat national du personnel de police et de sécurité. "C’est pourquoi ils vont jusqu’à réclamer la démission du ministre. Il faut aller aussi loin pour obtenir de l’attention dans ce pays. Nous demandons des mesures immédiates en faveur des agents de police, qui se sentent réellement abandonnés".
Invité dans l’émission "De ochtend" de Radio 1 (VRT), le ministre de la Justice répondait en citant Michel Goovaerts, chef de corps de Bruxelles Capitale-Ixelles, interrogé par De Standaard. Ce dernier déclarait au quotidien que "après 30 ans d’expérience, je constate que les faits de violence envers des agents sont effectivement plus strictement suivis". Vincent Van Quickenborne expliquait que "en novembre 2020, un mois après ma prise de fonction, j’ai introduit une mesure de zéro tolérance à l’égard de violences envers les policiers. Dès que cette violence mène à au moins un jour d’incapacité de travail, l’affaire n’est pas classée et est poursuivie en justice".
"J’ai aussi demandé à tous les chefs de corps du pays de me signaler les cas de violence envers la police qui ne sont pas systématiquement suivis de mesures. On ne m’a rien signalé et on affirme que les cas de violence sont plus sévèrement réprimés. Ce que disent les syndicats n’est donc pas correct", déclarait Van Quickenborne.
Egbert Lachaert dénonce la campagne de diffamation
Le président d'Open VLD a réagi sur Twitter à l'appel à la démission lancé par les syndicats de police à l'encontre du ministre de la Justice. Évoquant une "campagne de diffamation" contre Vincent Van Quickenborne, Egbert Lachaert appelle les syndicats à rester "courtois".
"Après le choc, les émotions sont compréhensibles. Les faits de cette semaine doivent être éclaircis. Est-ce que quelqu'un s'est trompé dans toute la chaîne de décision? Tout doit remonter à la surface. Mais ce qui n'est pas permis, ce sont des syndicats menant une campagne de dénigrement contre Vincent Van Quickenborne sur les médias sociaux. Peut-on, s'il vous plaît, rester courtois?".
Interviewé lui aussi dans l’émission "De ochtend", Egbert Lachaert (photo) a souligné que la police et le parquet savaient que le suspect Yassine Mahi était repris sur la liste de l'Organe de Coordination pour l'Analyse de la Menace (OCAM) comme extrémiste potentiellement violent. "Mais il n’y avait pas eu de menaces récentes. Et l’homme s’était lui-même présenté à la police. Quelqu’un qui veut commettre un attentat contre la police ne vient pas d’abord demander de l’aide à la police, ont estimé le services contactés".
Alors que les cliniques Saint-Luc, où l’homme a été emmené par trois policiers pour qu’il puisse y recevoir une aide psychologique, déclaraient vendredi ne pas avoir été mises au courant de la dangerosité éventuelle du patient, Lachaert estime qu’il est "tout simplement trop tôt pour dire ce qui n’a pas fonctionné correctement".
Manifestation nationale le 28 novembre
Le secrétaire de la CSV-Police, Joeri Dehaes, annonçait ce samedi que les syndicats de policiers ont décidé d’organiser le 28 novembre à Bruxelles une "manifestation nationale" contre les violences inacceptables visant la police. Les syndicats exigent davantage de respect pour la police, également de la part du gouvernement fédéral et de la justice. "L'auteur était connu pour son radicalisme, son extrémisme, il avait suivi une trajectoire en prison, il est venu se présenter. Et puis le parquet a dit qu'il ne pouvait rien faire. Cela défie toute imagination", a ajouté le syndicaliste.
Il a également réclamé davantage de respect de la part du gouvernement fédéral en rappelant qu'une augmentation de salaire précédemment convenue avait été en partie annulée lors des négociations budgétaires. Le régime de retraite avantageux dont bénéficient les policiers devrait aussi être progressivement supprimé d'ici 2030.



