Alors que la COP27 a démarré ce dimanche à Charm el-Cheikh en Egypte, la Belgique a noué un programme de collaboration avec le Mozambique pour aider la population de ce pays du sud de l'Afrique à mieux se protéger aux conséquences du changement climatique. En y incluant un volet "pertes et préjudices". C’est ce qu’a annoncé ce lundi le ministre Frank Vandenbroucke, qui suit actuellement les dossiers de la ministre à la Coopération au développement, Meryame Kitir, en pause pour des raisons de santé.
La Belgique va aider le Mozambique à se préparer aux conséquences du changement climatique
Ce programme devrait courir de 2023 à 2028 et la Belgique y consacrera une enveloppe de 25 millions d'euros, dont 2,5 millions d'euros seront spécifiquement alloués au volet des pertes et préjudices ("loss and damage"), question au cœur des négociations en cours à la Conférence de l’Onu sur les changements climatiques. La Belgique se présente ainsi comme l'un des premiers pays au monde à considérer explicitement le sujet des pertes et préjudices comme domaines d'action. Seuls l'Écosse, la Wallonie et le Danemark avaient déjà annoncé par le passé des moyens spécifiquement consacrés au financement des dégâts irrémédiables dus aux changements climatiques.
Le concept fait référence aux conséquences du réchauffement auxquelles il n'est plus possible de s'adapter, ou aux "limites de l'adaptation" dans le langage des scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Sa prise en compte est réclamée depuis des années par les pays les plus vulnérables aux conséquences du dérèglement climatique. Le Mozambique figure parmi ceux-ci. La Banque mondiale estime que les dommages annuels moyens liés uniquement aux inondations s'élève déjà à 440 millions de dollars - presque 3% du produit national brut du Mozambique. En 2019, le pays a été frappé de plein fouet par le cyclone Idai qui a fait 1.500 victimes.
Le partenariat entre Belgique et Mozambique comporte aussi des volets liés à l'atténuation et à l'adaptation puisque la Belgique, via l'agence de développement Enabel, va aider le pays africain en matière d'investissement dans les énergies renouvelables, mais aussi pour une meilleure protection de communautés et d'infrastructures essentielles contre les catastrophes naturelles. Enabel approvisionnera en énergie les régions reculées qui ne sont pas raccordées au réseau électrique, grâce à des panneaux solaires, et envisage également des solutions d'approvisionnement en eau potable et d'irrigation basées sur l'énergie solaire.
La Région de Bruxelles-Capitale a pour sa part levé un montant supplémentaire d'un million d'euros pour financer l'approvisionnement en eau potable au Mozambique. Le partenariat va aussi examiner si le pays ne peut pas produire de l'hydrogène vert à partir d'énergies renouvelables. Le programme du pays en matière de gestion durable des déchets va en outre être soutenu. Selon le ministre Frank Vandenbroucke, quelque 550.000 personnes au total bénéficieront de ce partenariat qui portera une attention particulière aux femmes et aux enfants, particulièrement vulnérables aux conséquences néfastes des changements climatiques.
"Contribution financière insuffisante"
Au Mozambique, les femmes sont en effet en grande partie responsables de l'approvisionnement en eau et nourriture. Le Centre national de coopération au développement CNCD-11.11.11 (qui regroupe 90 ONG, syndicats et associations) a salué ce lundi "un pas dans la bonne direction". La coupole d'ONG constate toutefois que les montants annoncés ne sont pas additionnels à l'aide publique au développement. "L'intention est bonne mais la contribution financière réelle reste malheureusement une fois de plus largement insuffisante. En résumé: on veut traiter plus de problèmes sans s'en donner les moyens", regrette Rebecca Thissen, chargée de recherche sur la justice climatique au CNCD-11.11.11.
"Il est indispensable de voir de nouvelles sources de financement dégagées pour réellement soutenir les victimes climatiques à hauteur de leurs besoins." Le CNCD-11.11.11 estime que des annonces de ce type "donnent une dynamique constructive" aux négociations sur le climat qui viennent de démarrer en Égypte", mais il continue d'appeler à la mise en place d'un mécanisme de financement structurel pour répondre aux pertes et dommages.


