Les personnes qui n’ont pas la possibilité de nettoyer une sépulture de famille avant la Toussaint peuvent faire appel pour la première fois à des étudiants de "Maurice & Nora", une start-up anversoise à vocation sociale. Ce week-end, une centaine d'étudiants nettoient ainsi des tombes à travers la Flandre et à Bruxelles. "Mes parents auraient trouvé cela formidable, parce qu’ils ont toujours aimé être entourés de jeunes", confiait à Radio 2 Lien De Troetsel, qui bénéficie de l'aide d’Aaron au cimetière de Boom. "Un travail très gratifiant", témoigne l’étudiant en math. Le projet "Maurice & Nora" a été lancé il y a un an et demi pour permettre à des personnes âgées et familles de bénéficier d’une aide non-médicale diversifiée à domicile, assurée par des étudiants rémunérés. La plateforme s’est étendue à toute la Flandre et Bruxelles, et tout récemment à la Wallonie.
Ce week-end de la Toussaint, des étudiants aident des familles à nettoyer les tombes de leurs proches
Particulièrement sollicitée à la veille des vacances de la Toussaint, Lien De Troetsel qui travaille dans une école n’a pas trouvé le temps de nettoyer la tombe de ses parents au cimetière de Boom (province anversoise), avant d’aller la fleurir ce dimanche avec toute la famille. Par l’intermédiaire de l’entreprise de pompes funèbres locale Lenchant, elle a cependant découvert la start-up Maurice & Nora, qui emploie des étudiants pour assurer l’entretien des sépultures – pour la première fois cet automne.
"D’habitude, je m’occupe moi-même de la tombe - et c’est une tâche que je trouve gratifiante -, mais actuellement je manque de temps, ce qui complique les choses. C’est un véritable soulagement, pour mon frère comme pour moi, de pouvoir faire appel aux services des étudiants", confiait Lien à VRT NWS, en regardant avec reconnaissance Aaron Dien Andrade, occupé à brosser la pierre tombale avec grande concentration.
"Mes parents auraient adoré cette démarche. Ils savouraient pleinement la vie et aimaient beaucoup être entourés de jeunes. Mes amis et ceux de mon frère les appréciaient énormément. Ils auraient été ravis de voir Aaron ici, en train de nettoyer la pierre tombale avec autant de soin. Merci, Aaron !" lance-t-elle à l’étudiant anversois.
Équipé de gants jaunes, le jeune homme verse de l’eau savonneuse sur la grande pierre tombale avant de la frotter minutieusement à l’aide d’une petite brosse. "J’enlève la mousse et les feuilles pour que, dimanche, la famille puisse se recueillir devant une pierre tombale propre et éclatante. J’ai déjà nettoyé quatre tombes aujourd’hui. C’est un travail plus exigeant que je ne l’imaginais. Il faut bien une heure pour nettoyer entièrement une seule pierre tombale."
Aaron pense-t-il parfois aux personnes qui reposent sous la pierre tombale qu’il nettoie ? "Oui, c’est inévitable. Nettoyer la tombe des parents de Lien me rapproche aussi, sur le plan émotionnel, de ma propre grand-mère. C’est tout simplement très gratifiant de pouvoir aider des personnes qui ne sont pas en mesure d’effectuer ce travail elles-mêmes."
"J’étudie les mathématiques à l’Université d’Anvers. En travaillant ici, il m’arrive de me demander si ce ne serait pas un métier agréable à exercer à temps plein. Mais je pense qu’il s’agit simplement d’un changement de rythme bienvenu; je vais continuer dans les mathématiques", confie Aaron en riant.
Un projet qui rapproche les générations
Thomas Butstraen, co-fondateur de la start-up Maurice & Nora, constate un vif intérêt pour cette nouvelle mission de la part des étudiants qui sont inscrits auprès de son service. "C’est la première fois que nous leur proposons de nettoyer des pierres tombales. Aux côtés de tâches comme aller chercher les enfants à l’école, faire des courses ou jardiner, il s’agit d’un petit boulot étudiant qui procure un réel sentiment de satisfaction."
"Nous avons remarqué que les étudiants qui s’inscrivent chez nous recherchent un travail qui a du sens. Ce week-end, près de 100 de nos jeunes sont à pied d’œuvre dans des cimetières, en Flandre et à Bruxelles."
Pour offrir ce nouveau service à ses clients, la start-up s’est associée à l’entreprise de pompes funèbres Sereni. A Boom, les pompes funèbres locales Lenchant ont pu constater que les familles endeuillées sont intéressées par la possibilité de confier l’entretien des sépultures à des tiers. "Juste après l’été, nous avons reçu une demande par e-mail de la part d’une personne à mobilité réduite", explique Dagmar Sleuwaegen, responsable de l’agence.
"C’est aussi une excellente solution pour les familles qui vivent loin du lieu où repose leur proche. Certaines habitent même à l’étranger. Il est formidable de voir à quel point les étudiants s’investissent dans cette mission. C’est une très belle collaboration, qui laisse à chacun un sentiment chaleureux", souligne Dagmar Sleuwaegen.
10.000 clients et plus de 5.500 étudiants
Lien De Troetsel se réjouit déjà de pouvoir se recueillir ce dimanche devant une tombe parfaitement nettoyée. "Nous venons ici en famille pour la Toussaint. Ce qu’Aaron réalise pour la tombe de mes parents crée un lien. Mes parents possédaient eux aussi cette capacité de rassembler les gens et de voir le bon côté de la vie."
Lien débourse environ 20 euros pour ce service de nettoyage personnalisé. "C’est une rémunération correcte", indique Thomas Butstraen. "C’est vrai que certains jobs étudiants permettent de gagner davantage, mais je constate que les jeunes qui rejoignent Maurice & Nora ont à cœur d’aider d’autres personnes. La reconnaissance de seniors ou de familles est quelque chose qui n’a pas de prix à leurs yeux".
Après un an et demi d’existence, la start-up à vocation sociale Maurice & Nora compte déjà 10.000 clients inscrits - des seniors, des familles mais aussi des entreprises - et peut compter sur l’aide de plus de 5.500 étudiants dûment sélectionnés et contrôlés.
Grâce à une plateforme numérique reprenant clients et étudiants, le projet permet une grande flexibilité à tous les participants et facilite une adéquation rapide entre demande et offre d’aide. Forte de son succès en Flandre et à Bruxelles, la plateforme - qui propose une aide pour de petites tâches ne relevant pas du secteur professionnel classique - est également accessible depuis le mois d’octobre aux particuliers et aux entreprises en Wallonie.