Aller au contenu principal

Le projet i-Police a coûté plus de 139 millions d’euros, près du double du montant annoncé

Le projet i-Police, un vaste projet de numérisation qui devait moderniser les systèmes informatiques de la police a coûté finalement 139,4 millions d’euros d’argent public. C’est près du double des 76 millions d’euros évoqués jusqu’ici, selon un rapport de la Cour des comptes. Le rapport révèle que des millions ont été dépensés pour des licences logicielles inutilisables alors que les autorités restent structurellement dépendantes de consultants externes.

Eric Steffens
Publié:

Le projet i-Police a été lancé fin 2021 dans le but de numériser le fonctionnement de la police et permettre de mieux centraliser et partager les informations entre les polices locales et la police fédérale. Faute de résultats "tangibles" en 2025, le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin (MR), y a mis fin.

Bien que le montant initialement admis, au début de cette année, par le ministre de l'Intérieur devant la commission de la Chambre s'élevait à 75,8 millions d'euros d'argent public dépensés à perte, les députés qui l’avaient interrogé soupçonnaient déjà que le montant réel était nettement plus élevé.

À la demande du Parlement, la Cour des comptes a passé au crible l’ensemble du projet i-Police. Selon un audit publié ce jeudi 139,4 millions d’euros de fonds publics ont été dépensés pour i-Police entre 2016 et 2025. C’est près du double du montant avancé jusqu’ici. Les 75 millions d'euros correspondaient uniquement aux frais de développement facturés par le prestataire informatique Sopra Steria.

Des millions d’euros dépensés pour des licences inutilisables

La Cour des comptes, qui contrôle les finances publiques, pointe notamment l’achat de licences logicielles pour un montant de 30 millions d’euros, dont la grande majorité est aujourd’hui inutilisable. "Les licences pour lesquelles la police n’a aujourd’hui plus aucune utilité représentent 21,6 millions d’euros, soit 70 % du total. Des licences d’une valeur de 7,3 millions d’euros n’ont jamais été utilisées. D’autres, pour un montant de 14,2 millions d’euros, ont servi pendant la phase de développement, mais sont devenues inutilisables après l’arrêt du projet", indique le rapport.

"Les analyses réalisées par la police en 2024 et 2025 ont mis en évidence un risque financier important lié aux licences", poursuit la Cour des comptes. Les coûts ne se limitent en effet pas à l’achat initial : la maintenance, l’assistance et le renouvellement des licences génèrent des dépenses sur plusieurs années.

"Ces coûts peuvent devenir problématiques si les solutions concernées ne sont pas déployées, ne sont utilisées que partiellement ou si l’avenir du projet auquel elles sont liées est incertain."

Des "quick wins qui n’ont pas été concrétisés

Le rapport met également en lumière deux projets dits de "quick wins", des étapes intermédiaires qui devaient être franchies dans les 12 à 18 mois suivant le lancement du programme, sous la forme de projets pilotes. Si ces objectifs n’étaient pas atteints, la police pouvait mettre fin au programme.

La Cour des comptes relève toutefois qu’aucun jalon clair n’avait été défini et que la police avait déjà commandé des projets de suivi pour plusieurs dizaines de millions d’euros avant même que les projets pilotes soient terminés et évalués. "La police a ainsi perdu un important levier pour exiger du prestataire des résultats conformes aux attentes", estime la Cour des comptes.

Une dépendance structurelle aux consultants externes

Le troisième point majeur de l'audit concerne le recours aux consultants. Selon la Cour des comptes, la police – et donc les pouvoirs publics – dépend structurellement de consultants externes pour des fonctions informatiques essentielles.

Le rapport souligne que "les conditions de recrutement au sein de la police ne permettaient pas d’attirer des profils spécialisés et hautement qualifiés".

Les recrutements ont également été compliqués par la pénurie de spécialistes informatiques sur le marché du travail et par leurs exigences salariales élevées. Dans son rapport accablant sur la numérisation de la Justice, publié l’an dernier, la Cour des comptes avait déjà dénoncé le recours excessif aux consultants. Faute d’expertise interne suffisante, les autorités avaient fait appel "massivement" à des consultants externes, relevait-elle. La Cour estimait également que leur travail faisait l’objet de contrôles insuffisants.

Une enquête judiciaire en cours

La Cour des comptes souligne qu’elle s’est limitée à examiner le dossier, sans se prononcer sur les responsabilités dans ce fiasco.

Une enquête judiciaire est actuellement en cours pour des faits présumés de détournement de fonds publics et de conflits d’intérêts dans le cadre de ce dossier.

Dans le cadre de cette enquête, le porte-parole de la ministre de la Justice, Annelies Verlinden (CD&V), et un porte-parole du parquet de Bruxelles ont été mis en cause plus tôt cette semaine pour violation du secret professionnel.   

En savoir plus

Les plus lus

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5