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Après des accusations d’exploitation, de manipulation et d’abus sexuels, plusieurs villes flamandes prennent leurs distances avec Go Church

Dans plusieurs villes flamandes, les contrats de location ou les accords conclus avec Go Church sont résiliés après que plusieurs jeunes ont témoigné auprès de Pano (VRT NWS) et de De Morgen de faits d’exploitation, de manipulation et d’abus sexuels au sein de cette église évangélique destinée aux jeunes. Go Church n’est notamment plus la bienvenue à Louvain, Malines, Saint-Nicolas et Turnhout.

Eric Steffens
Publié:

Go Church manipule les jeunes et exerce sur eux des pressions financières. C’est ce qui ressort de plus de 30 témoignages d’anciens et d’actuels membres de cette Église évangélique très populaire auprès des jeunes, ainsi que d’une enquête menée en immersion par Pano (VRT NWS) et De Morgen. Les personnes concernées sont souvent des mineurs vulnérables. Elles racontent comment l’Église a progressivement étendu son emprise sur leurs études, leurs relations, leurs loisirs et leurs finances, avec de profonds traumatismes à la clé.

Go Church est la branche belge de "Lighthouse Group of Churches", un méga-réseau international fondé au Ghana par le télévangéliste et évêque Dag Heward-Mills (que les membres appellent "Daddy" ou "le prophète"). Auparavant, le mouvement opérait en Belgique sous d'autres noms comme Pleasant Surprise Church International. Elle cible principalement les adolescents et les jeunes adultes (15-25 ans) via des vidéos dynamiques sur TikTok et Instagram. 

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Les réunions de Go Church sont souvent très animées.

Go Church est active dans plusieurs villes flamandes : Anvers (Merksem et Berchem), Boom, Bruges, Bruxelles, Duffel, Gand, Louvain, Malines, Saint-Nicolas et Turnhout. À la suite des témoignages recueillis par Pano (VRT NWS) et De Morgen, de nombreux propriétaires indiquent qu’ils mettent fin, au moins provisoirement, à leur collaboration avec cette Église évangélique.

Malines - Le bourgmestre Bart Somers a résilié le contrat

À Malines, Go Church se réunissait au Wijhuis Zuid-Mechelen, une maison de quartier. Le bourgmestre Bart Somers (Voor Mechelen) fait savoir que l’Église n’y est plus la bienvenue.

"Ils se réunissaient dans une maison de quartier de la ville sous un nom privé. Nous avons immédiatement résilié le contrat. Ils ont aussitôt réagi par l’intermédiaire d’un avocat, sur un ton très agressif, pour tenter de nous intimider. Nous ne laisserons évidemment pas faire", déclare-t-il.

"Nous avons averti notre police et nos services de prévention et nous allons rechercher les victimes, les jeunes concernés, afin d’essayer de les aider, eux et leurs familles. Nous espérons évidemment que la police et la justice prendront les mesures nécessaires pour agir contre ces faits, car cette situation est totalement inacceptable."

Louvain – La KU Leuven suspend l’accès à ses locaux

À Louvain, Go Church loue des locaux au Maria-Theresiacollege de la KU Leuven. L’Église y est reconnue comme association étudiante par LOKO, la fédération des étudiants de Louvain. Les frais de location, qui s’élèvent à environ 50 euros par réunion, sont donc également pris en charge par LOKO. L’université a toutefois suspendu l’utilisation de ses locaux par l’Église. LOKO affirme prendre très au sérieux les signaux concernant l’organisation et annonce qu’elle va les examiner.

"Les témoignages concernant Go Church qui paraissent actuellement dans les médias sont particulièrement préoccupants", indique l’université dans un communiqué. "La KU Leuven prend très au sérieux tout signalement d’humiliation, d’intimidation ou de pression inadmissible. L’université suspend donc avec effet immédiat l’utilisation de ses locaux par Go Church."

"J’ai informé Go Church de cette suspension", explique Tom Van Puyenbroeck, vice-recteur chargé de la politique étudiante. "Nous suivons attentivement les informations publiées sur cette affaire et nous entendrons l’organisation avant de prendre une décision définitive sur la poursuite de l’utilisation de nos locaux."

Les membres du personnel et les étudiants de la KU Leuven qui ont été en contact avec l’organisation et qui ont des questions ou des inquiétudes peuvent s’adresser au réseau de personnes de confiance de l’université.

Turnhout refuse également d’accueillir encore Go Church

À Turnhout, Go Church se réunissait au centre de jeunesse Wollewei. Le bourgmestre Hannes Anaf annonce que la ville prendra les mesures nécessaires pour interdire à l’Église l’accès aux bâtiments.

"Nous sommes très choqués par les faits rapportés dans la presse concernant Go Church", déclare Hannes Anaf dans un communiqué écrit. "Je ne connaissais pas cette communauté religieuse. Il semble qu’elle ne soit active dans notre ville que depuis peu. En tant qu’administration communale, nous n’avions reçu aucun signalement de dérives au sein de cette communauté."

"Dès que nous avons appris que le reportage allait être diffusé, nous avons immédiatement pris contact, par téléphone et par courriel, avec le centre d’information et de conseil sur les organisations sectaires nuisibles."

"Il va de soi que nous prendrons les mesures nécessaires pour leur interdire l’accès aux bâtiments. Nous allons également examiner les enseignements que nous pouvons tirer de cette affaire pour l’avenir. Nous sommes par ailleurs très préoccupés par la situation des jeunes vulnérables concernés et nous étudions la manière dont la ville pourrait les aider et les soutenir si nécessaire."

Huis Kavka à Anvers et une salle de réception à Sint-Niklaas mettent fin aux locations

À Sint-Niklaas, Go Church se réunissait dans une salle de réception. Les exploitants annoncent qu’ils vont résilier le contrat de location.

À Anvers, des études bibliques organisées par Go Church se tenaient à Huis Kavka, un lieu ouvert aux jeunes. L’établissement a immédiatement cessé de louer ses locaux au groupe après la publication des témoignages dans les médias.

"Les locaux de Kavka étaient réservés par des particuliers, en leur nom propre, pour des activités qui nous étaient présentées comme des études bibliques, de la danse, des réunions ou du chant", explique l’établissement dans une réaction écrite. « Il n’y avait pas de collaboration avec Go Church : Kavka intervenait uniquement en tant que bailleur."

"Nous n’étions absolument pas au courant des propos et des pratiques dénoncés. Dès que ces signalements graves nous sont parvenus, nous avons immédiatement cessé de louer nos locaux au groupe concerné. Ces pratiques sont à l’opposé des valeurs de Kavka : un lieu ouvert et inclusif où les jeunes peuvent être eux-mêmes, dans le respect de leur identité et de leurs choix personnels. Nous prenons cette affaire au sérieux et allons renforcer notre procédure de location."

Huis Kavka propose également son aide et son soutien aux jeunes qui se considèrent comme victimes. Ils peuvent prendre contact à l’adresse wetakecare@kavka.be.

Gand, Merksem et Duffel : la situation est à l’examen

L’école où Go Church se réunit chaque dimanche depuis octobre à Gand se dit "vivement préoccupée" par ce qu’elle a vu et lu au sujet de l’organisation. Elle souhaite pour l’instant rester anonyme et indique que le contrat de location sera examiné avec son service juridique.

À Merksem, le conseil de fabrique de l’église Saint-Joseph souhaite lui aussi examiner la situation avant de prendre une décision. Les célébrations dominicales de Go Church à Anvers se déroulent dans cette église. Dans une réaction écrite, le président du conseil de fabrique condamne toute forme d’"abus de pouvoir grave et de comportement transgressant les limites". Le conseil se penchera sur la question lors de sa prochaine réunion.

À Duffel, Go Church dispose encore d’un contrat de location à la taverne Wilgenhof jusqu’à la fin de l’année. La taverne examinera la situation lors de la réunion de son conseil d’administration la semaine prochaine, tout en précisant qu’elle prend les accusations "très au sérieux".

Pas encore de réaction dans d'autres villes

La rédaction de VRT NWS a également contacté les villes, organisations et associations qui louent ou mettent des locaux à la disposition de Go Church à Bruxelles et à Berchem. Aucune réaction ne nous est parvenue pour l’instant. On ne sait pas encore clairement où Go Church se réunissait à Bruges et à Boom.

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Plusieurs anciens membres de Go Church continuent de souffrir de séquelles psychologiques longtemps après avoir quitté cette Église.

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