Plus de 250 personnes ont été interpellées lors des violentes manifestations de jeunes qui se sont déroulées à Bruxelles ces deux dernières semaines. Mais les interventions de la police sont elles aussi vivement critiquées. Le Comité P, l’organe chargé du contrôle des services de police, a reçu jusqu’à présent 26 plaintes, indique le média bruxellois néerlandophone BRUZZ.
Manifestations de jeunes à Bruxelles : 26 plaintes déposées contre des policiers auprès du Comité P
Le vendredi 9 octobre, les syndicats socialiste ABVV (FGTB) et chrétien ACV (CSC), ont organisé une journée nationale d’action pour protester contre les mesures d’économie du gouvernement fédéral. Plusieurs mouvements étudiants et groupes antifascistes avaient appelé à se joindre à la mobilisation, notamment pour dénoncer les économies dans l’enseignement francophone.
Les actions syndicales se sont déroulées dans un climat relativement pacifique, mais elles ont été perturbées par des casseurs. Selon la police, ils étaient environ un millier et ont causé d’importantes destructions. Des bus de la STIB, des voitures partagées et du mobilier urbain ont été lourdement endommagés. Lors des affrontements avec les forces de l’ordre, les casseurs ont lancé divers projectiles, notamment des briques, ainsi que du matériel pyrotechnique.
La police a procédé à 110 interpellations, dont 30 arrestations judiciaires. Sur les 21 personnes présentées au parquet, seules quatre étaient majeures. Elles sont notamment soupçonnées de port d’armes, de violences et de vandalisme.
Samedi dernier, des jeunes sont de nouveau descendus dans la rue, et les événements ont une nouvelle fois dégénéré. La manifestation a tourné à l’émeute, avec des scènes similaires : des policiers pris pour cible par des jets de projectiles, des voitures partagées et du mobilier urbain endommagés. Ce jour-là, la police a interpellé pas moins de 150 individus, dont 19 ont fait l’objet d’une arrestation judiciaire. Huit d’entre eux étaient mineurs. Cinq policiers de la zone Bruxelles-Capitale/Ixelles ont également été légèrement blessés.
Violences policières
Les violences commises par les casseurs ont largement été commentées, mais des témoignages dénonçant des interventions policières jugées disproportionnées par les manifestants circulent également sur les réseaux sociaux.
"Nous avons nous-mêmes recueilli le témoignage d’un mineur qui a reçu des coups de matraque à la tête. Un autre mineur a dû être hospitalisé avec une clavicule fracturée après avoir reçu un coup de matraque", explique Pierre-Yves Rosset, directeur du Service Droit des Jeunes (SDJ), une organisation qui propose gratuitement des conseils juridiques aux jeunes bruxellois.
Les jeunes peuvent également s’adresser au SDJ pour témoigner de faits susceptibles de constituer des violences policières. L’organisation a déjà reçu plusieurs témoignages concernant les événements des 9 et 12 octobre. "Pour la manifestation du 17 octobre, les témoignages commencent à nous parvenir progressivement. Nous devons aussi examiner chaque situation au cas par cas", précise Pierre-Yves Rosset. "À titre de comparaison, lors de manifestations similaires en juin, nous avions recueilli une trentaine de témoignages faisant état de possibles violences policières."
Le Comité P, chargé de contrôler les services de police, a reçu jusqu’à présent 20 plaintes concernant les événements du 9 octobre et six autres au sujet de la manifestation du 17 octobre. Aucune plainte n’a encore été enregistrée concernant la manifestation étudiante du 12 octobre.
"Il est possible que d’autres plaintes nous parviennent dans les prochains jours ou les prochaines semaines", indique le Comité P, qui ne communique pas non plus sur la nature des plaintes reçues.
Gaz lacrymogènes
Le SDJ et la Ligue des droits humains (LDH) francophone pointent tous deux plusieurs problèmes dans la manière dont la police a géré les manifestations étudiantes.
"La police bruxelloise a déjà été condamnée pour avoir eu recours à la technique de l’encerclement, mais elle continue de l’appliquer. Nous avons également vu plusieurs images montrant des agents impossibles à identifier, ce qui pose aussi problème", souligne Pierre-Yves Rosset.
Les deux organisations estiment également que les gaz lacrymogènes sont utilisés trop rapidement. "Des quantités importantes de gaz lacrymogène sont utilisées même lorsque des jeunes, voire des enfants, sont présents et manifestent simplement pour défendre leurs droits. Or, les enfants sont plus vulnérables aux effets des composants chimiques de ces gaz", ajoute-t-il.
"Nous condamnons les pillages et toutes les formes de violence. Nous ne disons pas non plus que la police ne peut pas recourir à la force, mais nous nous interrogeons parfois sur le caractère proportionné de son usage."
