Les cabinets de la Défense et de l'Intérieur sont en train de discuter de la manière de coopérer plus étroitement dans le contexte des violences perpétrées en marge des récentes manifestations. Dimanche soir, le ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) a exprimé le souhait de créer "une gendarmerie 2.0 sous la tutelle de l'Intérieur". "Quand il y a des émeutes, il est nécessaire de renforcer le bras sécuritaire", déclarait le ministre (photo) sur le plateau de RTL-TVi.
Francken veut une Gendarmerie 2.0, "un renfort militaire pour les situations de crise comme celles dans les rues de Bruxelles ou Liège"
"Les jeux du chat et de la souris qui se déroulent dans les rues de Bruxelles ou de Liège exigent une réponse proportionnée", estime Theo Francken. Dans les prochaines semaines, il présentera - conjointement avec le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin (MR) - une proposition concrète au gouvernement.
"Les policiers seraient formés par la Défense et seraient mis à disposition du ministère de l'Intérieur. On a besoin d'une réserve opérationnelle formée de façon militaire. Quand la violence est tellement extrême, on doit sécuriser les citoyens", ajoutait le ministre de la Défense, précisant que le Premier ministre Bart De Wever était "au courant". "On a eu des réunions à ce sujet, même cette semaine", a-t-il indiqué.
Le cabinet du ministre de l'Intérieur Bernard Quintin a confirmé ces réunions. "Oui, nous avons des discussions, dans la droite ligne de la coopération déjà fructueuse entre la police et la Défense - comme la sécurisation de certains sites et les patrouilles mixtes avec la police des chemins de fer -", a-t-il précisé. "Nous examinons ensemble la manière de renforcer encore cette coopération et les capacités de nos services à assurer la sécurité de tous nos concitoyens."
"Prévenir une situation comme en France"
Interrogé ce lundi sur BX1, le ministre Quintin précisait : "Ma préoccupation, c'est qu'on en arrive pas à une situation pré-insurrectionnelle comme on a connu en France", a-t-il expliqué. Bernard Quintin et Theo Francken veulent créer un corps de police à l'image de la gendarmerie des années 1990, dont les membres suivraient un entraînement à la fois policier et militaire. Celui-ci serait placé sous l'autorité de l'Intérieur.
Sur les ondes de Radio 1 (VRT), Theo Francken a assuré que le sujet était en préparation depuis quelques semaines et n'était donc pas copié d'une proposition du Vlaams Belang, présentée jeudi dernier par le parti d'extrême-droite.
Mais l'idée ne séduit pas tout le monde. Interrogé sur Bel-RTL ce lundi, le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Philippe Close (PS), estime que le renforcement de la police fédérale et de la justice doit constituer la priorité du gouvernement. Cette initiative de Francken s'apparente, selon Close, "au "vingtième brol" qui suscitera "vingt mille débats au parlement".
Bruxelles a été le théâtre d'échauffourées qui se sont produites en marge de manifestations ces derniers jours. Ailleurs en Europe, la France traverse une période de troubles violents et l'Italie a connu également des scènes de pillage et de chaos. Faut-il y voir l'influence de pays étrangers, hostiles à l'Europe? "On ne vit plus dans le monde d'il y a dix ou quinze ans. Qu'il y ait une infiltration ou au minimum une utilisation par nos ennemis extérieurs des troubles qui ont lieu pour nous déstabiliser me paraît une évidence. Est-ce qu'il y a une instigation? Je ne suis pas loin de le croire. Les services effectuent un monitoring pour que l'on puisse prendre des mesures", a encore déclaré Bernard Quintin.
19 arrestations en marge de la manifestation samedi
Dix-neuf personnes ont été arrêtées par la police ce week-end à la suite des heurts qui ont éclaté en marge d'une manifestation de samedi entre les gares de Bruxelles-Central et de Bruxelles-Midi. Onze adultes et huit mineurs sont suspectés d'incendie volontaire, de rébellion armée, d'actes de violence, de vandalisme, port d'armes, menaces et insultes faites notamment contre des agents de police, a indiqué le parquet de Bruxelles.
Parmi les huit mineurs arrêtés, ils ne sont que trois Bruxellois, les autres émeutiers provenant du Brabant wallon et de Flandre occidentale.
Le parquet, qui qualifie les faits d'inacceptables appelant "une réponse la plus ferme", précise que le bilan pourrait évoluer à la hausse "car le parquet et la police travaillent encore et poursuivent leurs investigations pour identifier les suspects qui n'ont pas encore été arrêtés dans le cadre des faits perpétrés".
Le parquet rappelle aux manifestants qu'il est interdit par la loi de dissimuler son visage en public, un fait punissable d'une amende de 200 à 20.000 euros.
Outre ces émeutes, la police a été confrontée à des actes de violence lors d'interventions pour d'autres infractions. Deux policiers ont été légèrement blessés. Pour ces faits, cinq individus, majeurs, ont été arrêtés et mis à la disposition du parquet. Pour deux de ces individus, un juge d'instruction a été requis en vue d'un mandat d'arrêt.
