Le musée des Beaux-Arts de Gand (MSK) présente plus de 200 peintures, pastels dessins et eaux-fortes de Jenny Montigny, provenant de la collection propre du musée ainsi que de nombreux prêts de collections publiques et privées. Cette artiste impressionniste et luministe portait un regard aiguisé sur la vie quotidienne, qu’elle dépeignait avec beaucoup de sensibilité. Élève d’Emile Claus, elle a développé son propre style et "n’a pas à vivre dans l’ombre de son maître", souligne le MSK.
Jenny Montigny, artiste impressionniste, sort de l’ombre et révèle sa propre lumière dans une exposition à Gand
Jenny Montigny (1875-1937) est souvent associée à Emile Claus, le peintre impressionniste auquel le musée Mudel de Deinze a récemment consacré une exposition qui a attiré pas moins de 120 000 visiteurs. Jenny Montigny fut l’élève et la maîtresse d’Emile Claus. Nous y reviendrons plus loin dans cet article.
Mais cette exposition entend "montrer la qualité, l’originalité et la diversité de l’œuvre de Montigny, indépendamment de son maître Claus, auquel elle est toujours associée. Son œuvre peut véritablement se suffire à elle-même", explique la commissaire de l’exposition, Marjan Sterckx.
Jenny Montigny était fascinée par la lumière et par la vie quotidienne.
Marjan Sterckx, commissaire de l'exposition et professeure d'histoire de l'art à l'université de Gand
"Là où Claus trouve la lumière, Jenny Montigny trouve la lumière, mais aussi la vie. Elle est fascinée par la lumière en toutes saisons et à tous les moments de la journée, mais aussi par la vie quotidienne qui l’entoure. Elle l’observe avec attention et beaucoup d’empathie."
Jenny Montigny portait une attention toute particulière à la petite école située près de chez elle, à Deurle, sur la commune de Laethem-Saint-Martin. Elle y était comme chez elle et dessinait ou peignait très souvent les enfants en classe, dans la cour de récréation ou sur le chemin de l’école.
Ses œuvres sont remarquables par leurs couleurs foisonnantes et leur mouvement. "Regardez l’attitude de cette petite fille ! Montigny peint avec assurance et une grande audace. Elle parvient à saisir une posture de manière magistrale", s’enthousiasme Marjan Sterckx.
On croirait entendre le brouhaha de la classe.
Johan De Smet, commissaire de l'exposition et conservateur en chef du MSK de Gand
Des enfants emportés dans une ronde endiablée, mais aussi des tout-petits dans une salle de classe baignée de soleil, tenus en rang par des religieuses coiffées de larges cornettes blanches. "Regardez cette petite qui semble un peu fatiguée et pose la tête sur ses bras. Ou encore ce boulier, ces cubes aux couleurs primaires. Et ces joues toujours bien rebondies !" (voir l’illustration en haut de cet article)
De loin, la scène est immédiatement identifiable. Mais c’est en s’approchant que les tableaux de Jenny Montigny révèlent tout leur intérêt. On découvre alors comment, d’un geste assuré, elle associe les couleurs de manière surprenante.
"Elle ose de plus en plus. D’un seul coup de pinceau, elle parvient littéralement à suggérer le mouvement des enfants", explique le commissaire de l’exposition, Johan De Smet.
Les scènes d’école étaient véritablement le sujet de prédilection de Jenny Montigny. "À l’échelle nationale comme internationale, personne d’autre n’a autant exploré ce thème. Et elle l’avait trouvé tout près de chez elle." Elle a certainement passé beaucoup de temps à l’école Saint-Joseph qui existe d’ailleurs toujours aujourd’hui à Deurle.
Jenny Montigny puisait aussi son inspiration dans son propre foyer. Elle a ainsi réalisé une série de peintures et de dessins représentant Zoë, sa domestique, avec ses jeunes enfants. Sans enfant elle-même, Montigny ne livre pas une vision idéalisée de la maternité. Elle s’intéresse aussi aux tâches pénibles du quotidien. Une œuvre particulièrement frappante montre ainsi un nourrisson que l’on éponge sans beaucoup de douceur.
Une scène pleine de tendresse, mais révélatrice des rapports de classe.
Marjan Sterckx, commissaire de l'exposition
Derrière un tableau représentant Zoë en train d’allaiter son petit garçon se cache une histoire quelque peu douloureuse. "Nous savons que la domestique ne souhaitait pas poser de cette manière, car elle trouvait cela inconvenant. Montigny a pourtant insisté. La scène est pleine de tendresse, mais elle révèle aussi les rapports de classe entre Montigny et son personnel."
Issue de la bourgeoisie gantoise, Jenny Montigny est la fille d’un avocat et professeur d'université. Du côté maternel, sa famille est active dans le secteur textile. Jenny Montigny appartient donc à un milieu aisé, elle possède sa propre maison et son atelier, et aime peindre les fleurs de son jardin.
À l’opposé de cet univers, il y a les eaux-fortes et les dessins qu’elle réalise à Londres où elle séjourne pendant la Première Guerre mondiale. Dans un hôpital, elle y croque des soldats belges blessés, dans des œuvres en noir et blanc aux contrastes marqués.
Ses débuts au musée des Beaux-Arts de Gand
"Jenny Montigny entretient des liens étroits avec le musée des Beaux-Arts de Gand (MSK). "En 1892, la ville de Gand acquiert le tableau "Les Patineurs" d’Emile Claus. On raconte que Jenny Montigny, bouleversée par cette œuvre, aurait alors décidé de se lancer dans une carrière de peintre. Impossible de l’affirmer avec certitude. En revanche, nous savons qu’elle fait elle-même ses débuts dans ce même musée en 1902, en exposant dans le nouveau bâtiment", raconte Johan De Smet.
En 1913, la ville de Gand acquiert "Les Bégonias", une œuvre de Jenny Montigny. On y voit des jardiniers occupés à arroser des bégonias en pleine floraison, au cœur de l’été. Une toile monumentale qui explose de couleurs et de lumière. L’exposition présente également une étude préparatoire, au dos de laquelle l’artiste a inscrit quelques mots : "15 août, 18 heures. Le moment où elle peint revêtait une importance capitale pour elle", explique Johan De Smet. Impressionniste dans l’âme, Montigny cherche à saisir le passage du temps et les variations de la lumière.
De nombreuses œuvres proviennent de collections privées
Jenny Montigny ne manquait pas de reconnaissance pour son travail : elle exposait très régulièrement, y compris à l’étranger. Aujourd’hui encore, son art est très apprécié des collectionneurs. Un grand nombre des œuvres présentées dans l’exposition proviennent de collections privées.
Pourtant, Montigny aura dû attendre longtemps une grande rétrospective comme celle-ci. Pendant longtemps, c’est surtout sa relation avec Emile Claus qui a retenu l’attention. Jenny Montigny était tout de même son élève… et sa maîtresse !" Après la mort du peintre, elle aurait continué à déposer des fleurs sur sa tombe, jusqu’à ce que la veuve de Claus fasse transférer sa dépouille dans leur jardin privé.
Jenny Montigny n’a absolument pas à vivre dans l’ombre de qui que ce soit.
Johan De Smet, commissaire de l'exposition
"Nous ignorons quelle était la nature exacte de sa relation avec Claus. Nous ne voulons pas spéculer à ce sujet, car nous ne trouvons pas cela particulièrement pertinent. Quand il s’agit d’artistes masculins, nous ne cherchons pas non plus à connaître tous les détails de leur vie amoureuse. Ce qui est certain, en revanche, c’est que Claus a joué un rôle très important dans la vie de Montigny", explique Marjan Sterckx.
"Ce sont les œuvres qui doivent parler d’elles-mêmes", estime Johan De Smet. "Jenny Montigny était une artiste à part entière. Elle a développé son propre langage artistique, avec des thèmes et un style qui lui étaient propres. C’est ce qu’il faut retenir : elle n’a absolument pas à vivre dans l’ombre de qui que ce soit".
Infos pratiques : Jenny Montigny. "De zon en het leven" au musée des Beaux-Arts de Gand (MSK), du 10 octobre 2026 au 10 janvier 2027. Plus d’informations sur le site du MSK.

