La Turquie est un important pays d’origine des armes illégales utilisées par les réseaux criminels en Belgique. C’est ce qu’affirme Nils Duquet, directeur de l’Institut flamand pour la paix, dans le cadre de l’enquête sur les armes qui ont servi à abattre le policier de 41 ans Nordine El Talbi. "Ces derniers temps, nous voyons de plus en plus d’armes factices circuler. Elles sont presque impossibles à distinguer des véritables armes à feu".
De Turquie ou des Balkans mais pas encore d'Ukraine : d’où viennent les armes illégales qui circulent aujourd'hui en Belgique ?
La Turquie, l’ex-Yougoslavie et l’Ukraine : selon Frédéric De Leeuw, procureur général du parquet général de Bruxelles, ce sont là les pays d’où pourraient provenir les armes utilisées pour abattre le policier Nordine,
L’enquête sur ces armes est toujours en cours. Mais Nils Duquet, directeur du Vlaams Vredesinstituut, l’Institut flamand pour la paix, estime qu’il y a de fortes chances qu’elles viennent de Turquie. "Nous savons que la Turquie est un pays d’origine important pour les armes utilisées par les criminels en Belgique", explique-t-il dans l’émission De Ochtend de VRT NWS.
Des pistolets d’alarme transformés et des armes contrefaites
Selon Nils Duquet, deux types d’armes en provenance de Turquie peuvent se retrouver en Belgique.
"Il y a d’abord les pistolets d’alarme, des "armes à blanc"conçues en principe pour produire une détonation, sans tirer de balles. Or, certains modèles turcs sont très faciles à transformer en véritables armes à feu létales capables de tirer des projectiles. Il y a quelques années, de grandes quantités de ces pistolets ont été achetées légalement. Ils continuent aujourd’hui à circuler après avoir été transformés."
Ces armes sont donc facilement accessibles aux jeunes impliqués dans le trafic de drogue, souligne Nils Duquet.
Depuis quelques années, un autre phénomène venu de Turquie a fait son apparition : les armes contrefaites. "On peut vraiment comparer cela aux vêtements ou aux parfums contrefaits. De véritables armes à feu sont reproduites presque à l’échelle industrielle dans de petits ateliers. Ces armes contrefaites sont presque impossibles à distinguer des armes à feu classiques, même si elles ne portent souvent pas de numéro de série."
Nils Duquet parle d’un phénomène "très récent". "Nous constatons une forte augmentation de ces armes ces dernières années. Cela indique probablement que de nouveaux petits ateliers se sont installés juste en dehors de l’Europe et fabriquent effectivement des armes."
L’Ukraine ne représente pas encore une menace
Faut-il également craindre que des armes actuellement en circulation en Ukraine arrivent en Belgique, comme l’a évoqué Frédéric De Leeuw ? Selon Nils Duquet, ce n’est pas le cas pour le moment.
"Cette crainte est très présente au sein des services de police européens, car nous connaissons le précédent de l’ex-Yougoslavie. Les armes utilisées pendant les guerres des années 1990 continuent aujourd’hui à circuler dans nos quartiers, y compris à Bruxelles."
"Lorsque des tirs sont effectués avec des armes automatiques de guerre de type Kalachnikov, nous savons qu’elles proviennent presque toujours des Balkans", ajoute-t-il.
À ce stade, rien n’indique qu’un trafic similaire d’armes entre l’Ukraine et la Belgique soit en train de se développer, précise Nils Duquet. "De très nombreuses armes circulent en Ukraine, tant celles que nous avons livrées depuis l’Occident que celles que la Russie a introduites dans le conflit. Mais la demande pour ces armes reste beaucoup plus importante en Ukraine qu’ici."
Selon lui, ces armes ne devraient donc pas arriver de sitôt sur le marché illégal belge. "Même si le conflit prenait fin demain, le précédent de l’ex-Yougoslavie nous permet de penser qu’il faudrait encore plusieurs années avant que ces armes ne commencent réellement à être introduites clandestinement chez nous. Beaucoup de personnes en Ukraine continueront à se sentir en insécurité et voudront conserver leurs armes."
Pas de chiffres fiables sur les armes en circulation
Il est difficile de savoir combien d’armes illégales circulent dans notre pays. "En Belgique, il n’existe pas de statistiques fiables à ce sujet", constate Nils Duquet. Il est donc également impossible de déterminer combien de ces armes sont saisies par la police. "Nous ne savons pas dans quel contexte elles sont saisies ni de quels types d’armes il s’agit. Très souvent, aucune enquête approfondie n’est menée sur ces armes."
Nils Duquet donne un exemple : "Si un criminel est arrêté avec de la drogue et une arme sur lui, la police va surtout chercher à déterminer d’où vient la drogue. L’arme fait moins souvent l’objet d’une enquête, car c’est beaucoup plus compliqué. Les bases de données ne sont pas suffisamment performantes et il faut demander des informations à l’étranger."
Il faut changer les choses de toute urgence, mais nous ne voyons pas cette évolution, dans la pratique.
Nils Duquet, directeur de l’Institut flamand pour la paix
Selon lui, les services de police ne disposent pas de moyens suffisants pour mener ces investigations. Ils n’ont dès lors qu’une connaissance limitée des réseaux responsables du trafic illégal d’armes.
"Il est particulièrement révoltant de constater le nombre de fusillades dans notre pays, et surtout à Bruxelles. Nous alertons depuis longtemps sur ce problème. Il faut changer les choses de toute urgence, mais dans les faits, nous ne voyons pas cette évolution."
Nils Duquet réclame donc que le démantèlement des bandes qui font entrer clandestinement des armes dans le pays et les distribuent devienne une véritable priorité. "Il faut également coopérer au niveau international, car ces phénomènes dépassent nos frontières. Sinon, les violences par armes à feu continueront à s’intensifier chez nous", conclut-il.

