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L’ancien professeur de français, d’histoire et de latin Frans Medaer dans une salle de classe

Un message de paix rédigé en 1998 par un ancien professeur limbourgeois traduit dans plus de mille langues

Rédigé en 1998 par Frans Medaer, un ancien professeur du Limbourg, ce message a été traduit au fil des ans dans plus de mille langues et dialectes par des personnes du monde entier. Inspiré par l’élan de solidarité de la Marche blanche de 1996, il prône le respect mutuel et la solidarité entre les jeunes. Il a voyagé jusque dans des zones de conflit et a même été emporté dans l’espace par l’astronaute Frank De Winne.

Elian Pergola Eric Steffens
Publié:

Le 28 décembre 1998, Frans Medaer, un ancien professeur de Lanklaar (Limbourg), a rédigé un "message de paix". Il souhaitait ainsi donner une suite à la Marche blanche de 1996, organisée à Bruxelles après l’affaire Dutroux. Près de 28 ans plus tard, il est parvenu à faire transcrire ce message dans pas moins de 1.000 langues et dialectes à travers le monde.

Frans Medaer enseignait le français, l’histoire et le latin au Heilig Kruiscollege, à Neeroeteren (Maaseik). Il s’était engagé dans l’un des comités blancs apparus dans le sillage de l’affaire Dutroux et de la mobilisation citoyenne qui a culminé avec la Marche blanche du 20 octobre 1996 à Bruxelles. Ces comités avaient permis à des citoyens de tout le pays de manifester leur soutien aux parents des victimes.

Lors de la Marche blanche, Frans Medaer avait lancé un appel à la paix. "Par la suite, je me suis dit qu’il fallait donner une suite à ce message", se souvient-il.

Il y a 30 ans, le 20 octobre 1996, la Marche blanche réunissait entre 300 000 et 350 000 personnes dans les rues de Bruxelles. Organisée à la suite de l’affaire Dutroux, cette manifestation pacifique dénonçait les dysfonctionnements judiciaires et policiers et rendait hommage aux enfants victimes.

La Marche blanche du 20 octobre 1996, organisée à la suite de l’affaire Dutroux, avait rassemblé entre 300 000 et 350 000 personnes dans les rues de Bruxelles.

Des activités sociales avec les élèves

Frans Medaer donnait également un cours d’"activités sociales". Deux ans après son discours lors de la Marche blanche, il a eu l’idée de développer son appel à la paix avec ses élèves. Il s’est ainsi rendu avec sa classe au Parlement fédéral, à l’occasion de la visite du président du Parlement bulgare.

"Cet homme a donc lu mon message de paix en bulgare devant toute une salle remplie de jeunes, au Parlement", raconte fièrement Frans Medaer. "C’est évidemment formidable de parvenir à réaliser une telle chose." C’est ainsi qu’est née l’idée de poursuivre la traduction du message de paix.  

Voici le texte original de son message de paix et sa traduction en français :

"Wij willen een wereld waarin alle jongeren onder goede begeleiding al hun talenten optimaal kunnen ontwikkelen om ze nu, en later, ten dienste te stellen van elkaar in een geest van solidariteit, vertrouwen en wederzijds respect."

"Nous voulons un monde dans lequel tous les jeunes, bien encadrés, puissent développer pleinement tous leurs talents afin de les mettre au service les uns des autres, aujourd’hui et demain, dans un esprit de solidarité, de confiance et de respect mutuel."  

Il a réalisé les premières traductions en français, en anglais et en allemand avec ses collègues enseignants. "D’autres collègues l’ont traduit en grec ancien, et c’est ainsi que l’aventure a commencé", raconte-t-il.

Frans Medaer et la princesse Mathilde, aujourd'hui reine des Belges, en 2003.

En 2003, Frans Medaer a rencontré Mathilde, alors princesse, aujourd’hui reine des Belges, avec un groupe de jeunes de l’UNICEF. "À ce moment-là, j’avais déjà rassemblé des traductions dans 200 langues. Elle m’a encouragé à poursuivre", se souvient-il.

"J’ai alors commencé à envoyer des e-mails dans le monde entier", poursuit-il. C’est ainsi qu’il est notamment entré en contact avec une équipe au Nigeria qui favorise l’accès à l’éducation pour les enfants et les jeunes. On estime que plus de 500 langues différentes sont parlées dans ce pays. "Ils sillonnent tout le pays et ont déjà permis de traduire le message dans plus de 80 langues."

Pour les soutenir, Frans Medaer leur reverse les recettes de ses concerts d’orgue dans les églises. "Nous venons encore d’acheter quelque 500 livres pour les enfants là-bas", explique-t-il.

Partout, on trouve des gens qui veulent la paix, mais c’est souvent prêcher dans le désert.

Frans Medaer

Grâce à l’astronaute belge Frank De Winne, le message est même arrivé jusque dans l’espace. "Il était en contact avec des cosmonautes russes qui l’ont traduit en kazakh et en russe."

D’autres traductions ont ensuite vu le jour dans différentes régions en conflit, notamment en ukrainien, en tamoul et en cingalais.

"J’ai même des traductions réalisées par les gouvernements de Kadhafi, en Libye, et de Saddam Hussein, en Irak. Partout, on trouve des gens qui veulent la paix, mais c’est souvent prêcher dans le désert", constate-t-il.

Frans Medaer remet son message de paix à l’astronaute belge Frank De Winne.

Frans Medaer refuse de confier la traduction de son texte à des logiciels ou à l’intelligence artificielle. Cela donne parfois lieu à des situations hilarantes. Lorsqu’un professeur de Leipzig a traduit le message en Hornnoerps et en Dornoerps (deux langues ou dialectes locaux très spécifiques), Medaer a recopié par erreur un signe diacritique incorrect. Résultat : le texte semblait appeler à davantage de sexe.

À ce jour, en plus de la version originale en néerlandais, Frans Medaer a réussi à réunir 999 traductions. Même si le statut du bavarois, parlé dans le Land allemand de Bavière, fait débat, les 58 dialectes et langues de villages dans lesquels le texte a également été traduit ne sont pas comptabilisés dans ce total de 1.000 langues.

Par ailleurs, le message ne se traduit pas toujours de la même manière. "En sanskrit, par exemple, on dit : “Nous voulons un monde sans épines”, raconte Frans Medaer. "Et en Papouasie-Nouvelle-Guinée, on dit : “Nous voulons un monde où les hommes, les femmes et les enfants se tiennent côte à côte, épaule contre épaule.”

Une goutte d’eau dans l’océan

Après 28 ans consacrés à la traduction de son message, Frans Medaer sait que son projet n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Il le compare à "1.000 gouttes brûlantes jetées sur une plaque chauffée à blanc". "Malheureusement, les traductions n’arrêtent pas les guerres." Mais il n’est pas question pour autant de baisser les bras.

À 84 ans, malgré des problèmes cardiaques, il continue à rechercher de nouvelles langues dans lesquelles faire traduire son message. "Tant que ma santé me le permettra, je poursuivrai", conclut-il.

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