De 30.000 à 50.000 personnes, selon les chiffres policiers ou syndicaux, ont pris part ce vendredi à la manifestation nationale organisée par le syndicat socialiste FGTB à Bruxelles. De nombreux militants de la CSC étaient également dans le cortège, mais le syndicat chrétien mobilisait aussi ses membres devant les sièges des cinq partis constituant le gouvernement Arizona (N-VA, Vooruit, CD&V, Engagés et MR). Les deux organisations dénoncent la politique socio-économique de l'exécutif fédéral. Des jeunes, mais probablement aussi des membres de la mouvance d’extrême gauche qui, selon la police, n’ont rien à voir avec la manifestation, se sont cependant glissés dans le cortège et s’en sont pris aux forces de l’ordre aux abords de la gare Centrale. La police a dû intervenir en force, pendant plusieurs heures, dans le périmètre de la manifestation depuis longtemps terminée. Plus de 100 arrestations ont eu lieu. Les dégâts matériels sont importants.
Entre 30.000 et 50.000 personnes manifestent à Bruxelles contre la politique d'austérité, des agitateurs se mêlent au cortège
En s'adressant à leurs militants, les responsables du syndicat socialiste - la secrétaire générale Selena Carbonero Fernandez et le président Bert Engelaar - ont rappelé trois lignes rouges à ne pas franchir: l'indexation automatique des salaires, la TVA et le temps de travail. Si le gouvernement fédéral envisage l'une de ses pistes pour résoudre son équation budgétaire (un exercice ardu qui est toujours en cours actuellement), la FGTB garantit une grève générale durant la semaine 23 novembre prochain.
Le cortège s'est élancé de la gare Centrale vers 11h et les premiers manifestants avaient déjà rejoint la gare du Midi quarante minutes plus tard. L'ensemble de la manifestation s'est déroulée dans le calme. Bon nombre de participants étaient liés au monde de l'enseignement.
Climat d’émeute
Néanmoins, en marge du cortège, des centaines de jeunes souvent masqués et vêtus de noir ont, dès le début de la manifestation, cherché la confrontation avec la police, lançant des bâtons, des poubelles, des bouteilles en verre ou encore des engins pyrotechniques en direction des forces de l’ordre. La police a répliqué avec des canons à eau et des gaz lacrymogènes et a procédé à quelques interpellations. Des éléments de mobilier urbains ont été dégradés et des vélos partagés incendiés.
"Des tensions sont apparues près de la gare Centrale vers 10h30, lorsque plusieurs centaines de jeunes se sont mêlés aux manifestants", a expliqué la police de Bruxelles. "Certains d'entre eux étaient vêtus de noir et portaient des masques. L'atmosphère est devenue de plus en plus hostile et de graves troubles à l'ordre public ont éclaté."
"Afin de rétablir l'ordre public et de garantir la sécurité des citoyens, des manifestants et des services de secours, la police a mené des interventions ciblées contre les agitateurs. Des canons à eau et des gaz lacrymogènes ont été utilisés à distance pour les repousser". La police ajoutait que "les personnes qui causent actuellement des troubles aux abords de la gare centrale de Bruxelles n'ont aucun lien avec la manifestation nationale".
Les débordements impliquant des centaines de jeunes masqués se sont prolongés pendant plusieurs heures après la fin de la manifestation, entre la gare Centrale et celle du Midi. La police a procédé à plus de 100 arrestations. Les dégâts matériels dans le centre-ville sont importants.
Le tour des sièges des partis de la coalition
De son côté, le syndicat chrétien CSC s'était rassemblé devant le siège des différents partis qui forment la coalition l'Arizona. Le CD&V, Vooruit et Les Engagés devaient recevoir des représentants syndicaux ce vendredi. Le MR les recevra lundi, tandis que la N-VA a refusé toute entrevue.
La secrétaire générale de la CSC, Marie-Hélène Ska, a dénoncé les difficultés croissantes du quotidien des travailleurs et les pressions sur leur pouvoir d'achat. Elle a rappelé que les syndicats ont déposé, en front commun, des propositions représentant 21 milliards d'euros. Elle invite le gouvernement à s'en inspirer pour dégager les 10 milliards d'euros recherchés pour le budget 2027 et les années suivantes.
Plus d'une centaine de vols supprimés à Brussels Airport
Pas moins de 107 vols sont annulés ce vendredi à Brussels Airport en raison de la manifestation nationale organisée à Bruxelles. Environ 400 vols prévus peuvent toutefois avoir lieu. Les perturbations sont dues à une présence limitée du personnel chez le bagagiste Alyzia, dont les travailleurs prennent part à l’action nationale de protestation. Les voyageurs concernés seront informés par leur compagnie aérienne et une alternative leur sera proposée.
La compagnie aérienne Brussels Airlines a dû supprimer 40% de ses vols. "Il nous semble important de souligner que personne n'est en arrêt de travail chez Brussels Airlines", explique le porte-parole Nico Cardone.
Une nouvelle journée d'action est prévue lundi, avec une grève dans les services publics organisée par la CGSP. L'aéroport de Zaventem ne s'attend cependant à aucune perturbation sur les vols. "Il y aura sans doute des conséquences sur les transports en commun", prévient la porte-parole de Brussels Airport. Les voyageurs qui doivent se rendre à l'aéroport avec le bus ou le train sont invités à vérifier leur trajet à l'avance et à prévoir suffisamment de temps pour arriver à temps pour leur vol.
La circulation des bus et trams perturbée dans tout le pays
Environ 40% des bus et trams de la société de transports en commun flamande De Lijn roulent ce vendredi. Les réseaux bruxellois et wallon étaient également largement perturbés en raison de la manifestation nationale. La province la plus touchée dans le nord du pays est le Brabant flamand où 54% du service régulier est assuré. La Flandre orientale est plus épargnée (71%). A la Côte, deux trams sur trois roulent.
A la Stib à Bruxelles, seules deux lignes de métro sur quatre sont opérationnelles (lignes 1 et 5). Et sur la vingtaine de lignes de trams, les 4, 7, 8, 10, 82 et 92 sont desservies. Des bus roulent sur les lignes 12, 14, 36, 46, 48, 58, 59, 71, 73, 87 et 95. Toutes les lignes opérationnelles le sont cependant avec une fréquence moins soutenue qu'un jour normal, avertit la société de transports publics.
Letec en Wallonie connait aussi des perturbations majeures, dans la foulée de celles déjà observées les jours précédents. Un conflit social est en effet en cours au sein de la société de transport.
Aucune perturbation majeure n’est constatée chez bpost. Les tournées sont assurées à 70% en Wallonie, à 90% à Bruxelles et à 95% en Flandre. Une douzaine de bureaux de poste sont fermés sur les 655 que compte le pays.
Concernant la collecte de déchets, de nombreuses communes bruxelloises ont observé des perturbations et la plupart des parcs à conteneurs de la Région sont fermés.



