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"Oogst" (La Moisson) (1934), de Jean Brusselmans

Rétrospective Jean Brusselmans à Bozar : "Il peignait le monde qui l’entourait, mais d'une manière universelle"

Jusqu’au 31 janvier prochain, quelque 120 œuvres de l’artiste Jean Brusselmans sont exposées à Bozar à Bruxelles. Cette exposition propose un parcours de découverte des différents genres picturaux qu’il a pratiqués : paysage, nature morte, intérieur, portrait et autoportrait, marine. L’artiste a donné une touche très personnelle et moderne au monde qui l’entourait, à Bruxelles comme à Dilbeek. Cette exposition s’ouvre dans un contexte difficile pour l'institution culturelle : à partir de 2027, Bozar ne recevra plus de subsides du gouvernement flamand.

Kristien Bonneure Eric Steffens
Publié:

Un malheureux concours de circonstances : au moment même où Bozar inaugure l’exposition "Jean Brusselmans. Peintre par nature", le centre d’art bruxellois apprend que tous ses subsides flamands vont être supprimés. Et ce, alors que la ministre flamande de la Culture Caroline Gennez écrivait dans la préface du catalogue de l'exposition :  "Bozar a développé une riche tradition de grandes rétrospectives consacrées aux artistes flamands."

Pour cette exposition, quelque 120 peintures, eaux-fortes et dessins de Jean Brusselmans ont été réunis grâce aux prêts de nombreux musées flamands, parmi lesquels le Musée des Beaux-Arts d’Anvers (KMSKA), le Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK) et le Groeningemuseum, mais aussi de musées bruxellois et wallons ainsi que de collections privées. Certaines œuvres dormaient dans les réserves et n’avaient plus été exposées depuis plusieurs dizaines d’années.

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Le reportage sur l'exposition à Bozar au JT de la VRT

L’exposition offre ainsi une occasion rare de découvrir l’ensemble de ces œuvres de Jean Brusselmans. "Nous espérons qu’une jeune génération le découvrira à son tour. Il a déjà inspiré de nombreux jeunes artistes", explique la commissaire de l’exposition, Ann Geeraerts. Parmi eux figure Kristof Santy, qui présente spécialement pour l’exposition sa propre interprétation monumentale de décors autrefois peints par Jean Brusselmans.

Jean Brusselmans (1884-1953) est né à Bruxelles dans un milieu très modeste. Son père était tailleur et sa mère couturière, tous deux proches des milieux anarchistes. Après avoir déménagé une douzaine de fois, Jean Brusselmans s’installe finalement à Dilbeek (Brabant flamand), où il baptise sa petite maison "De Kouden Haard" (L'Âtre Froid), en référence à sa situation financière difficile. La famille vit en effet dans une grande précarité et son épouse Marie meurt prématurément. 

Un dessin de Jean Brusselmans

Les nombreux intérieurs et natures mortes présentés dans l’exposition montrent à quel point Brusselmans puisait son inspiration dans les choses les plus simples du quotidien : la maison, le jardin, la cuisine. "Il peignait le monde qui l’entourait, très littéralement. Des objets qu’il avait tous les jours entre les mains, comme une cafetière rouge ou une assiette avec un hareng. Son œuvre est modeste et sobre", souligne Ann Geeraerts.

On retrouve aussi dans ses tableaux des motifs de papier peint, ou encore des tranches de "bloedpanch", un gros boudin noir, une charcuterie traditionnelle bruxelloise.  

L’art consiste à donner de la lumière à toutes choses, même aux plus ingrates et aux plus pauvres.

Jean Brusselmans

Brusselmans disposait et replaçait tous ces objets du quotidien sur la toile, jusqu’à trouver la composition qui lui convenait. "En répétant ce processus, il parvenait à une composition toujours plus aboutie." L’exposition présente aussi, fait assez exceptionnel, plusieurs tableaux inachevés de Brusselmans. "C’est intéressant, parce qu’on voit l’artiste réfléchir, revenir sur ses choix, chercher, retravailler et construire progressivement sa composition. Cela rend son travail plus honnête et authentique."

"Groot interieur" (Grand intérieur), Jean Brusselmans, 1939

Brusselmans ne se laisse pas facilement enfermer dans une catégorie. "Il observait attentivement les mouvements artistiques de son époque et en a retenu quelque chose de chacun : les couleurs des fauvistes brabançons, les silhouettes massives des expressionnistes, les grandes surfaces de couleur et les formes géométriques de l’art abstrait", explique Ann Geeraerts.

De cette combinaison très personnelle est née "une écriture visuelle singulière, accessible, colorée et reconnaissable. Mais aussi très riche, avec plusieurs niveaux de lecture et une grande complexité. C’est cette tension qui rend son œuvre si intéressante".

"Pour Brusselmans, il n’y a pas de différence entre sa femme, une cruche rouge ou un bouquet de fleurs. Ce qui compte, ce sont la forme et la couleur." Ses tableaux ressemblent ainsi parfois à des images extraites d’un film, avec un effet dramatique.

"De vrouw van de kunstenaar" (La femme de l’artiste), Jean Brusselmans, 1947

Les paysages sont également caractéristiques de son œuvre, baignés de lumière, tout comme ses marines aux allures de tempête. Selon Ann Geeraerts, une observation attentive permet de constater qu’il utilise plusieurs techniques au sein d’un même tableau. "Son travail de la matière picturale est incroyable. Regardez ces ciels et ces vagues, où la peinture est appliquée en épaisses touches. Pour les fleurs, il utilise de petites touches de peinture en relief." Ailleurs, la peinture est au contraire très lisse, comme dans une esquisse réalisée d’un geste.

"Storm" (Tempête), Jean Brusselmans, 1936

Bozar met également l’œuvre de Brusselmans en dialogue avec celle d’autres artistes, parmi lesquels Piet Mondriaan, Constant Permeke et Fernand Léger. L’exposition présente par ailleurs plusieurs dessins et eaux-fortes particulièrement intéressants de l’artiste.

Brusselmans et Bozar : une histoire qui remonte à 1931

L’histoire entre Brusselmans et Bozar remonte à plusieurs décennies. Il y a présenté sa première exposition personnelle au Palais des Beaux-Arts en 1931, avant d’y revenir à de nombreuses reprises. Brusselmans a également conçu des décors de théâtre pour des opéras.

Il revient aujourd’hui à Bozar pour la première grande rétrospective qui lui est consacrée depuis 45 ans.  

"Het bad van de vagebonden" ("Le bain des vagabonds), Jean Brusselmans, 1936. La scène se déroule le long du canal entre Molenbeek et Anderlecht, avec en arrière-plan l’Hôtel de Ville de Bruxelles, la Cathédrale et le Palais de Justice.

Informations pratiques : l’exposition "Jean Brusselmans. Peintre par nature " est à découvrir à Bozar du 2 octobre 2026 au 31 janvier 2027.

Jean Brusselmans au travail
"Grote lente" (Grand printemps), Jean Brusselmans, 1938

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