La Russie intensifie ses attaques hybrides pour saper le soutien européen à l’Ukraine, selon le chef de la Défense Frederik Vansina. "Jusqu’à présent, la Russie est toujours restée en dessous du seuil de l’article 5 de l’OTAN, qui considère qu’une attaque contre un pays membre constitue une attaque contre tous. Mais la crainte est qu’elle finisse tôt ou tard par franchir ce seuil."
Frederik Vansina : "L’Europe et la Belgique renforcent leurs capacités face aux menaces hybrides"
Le Conseil national de sécurité se réunira vendredi pour examiner ce que l’on appelle la "menace de guerre hybride". Les services de sécurité fédéraux et les ministres compétents travaillent à un plan visant à mieux protéger notre pays contre d’éventuels incidents.
Ces derniers temps, des drones pénètrent régulièrement dans l’espace aérien de pays de l’OTAN situés à la frontière orientale de l’Europe, notamment la Pologne et la Roumanie. En août, un drone transportant des explosifs avait été retrouvé à l’aéroport de Leipzig en Allemagne. Il visait un avion-cargo ukrainien. À chaque fois, les regards se tournent vers la Russie.
Le week-end dernier, un attentat contre la base militaire de Fairford au Royaume-Uni a par ailleurs été déjoué. On dispose encore de peu d’informations, mais l’Iran et la Russie sont notamment évoqués.
Actuellement aucune menace concrète ne vise notre pays
"Nous constatons tout de même une intensification des incidents depuis le début de l’année", explique Frederik Vansina, chef de la Défense, dans l’émission De Ochtend de VRT NWS. "C’est la raison pour laquelle le gouvernement convoque le Conseil national de sécurité."
A l’heure actuelle, il n’existe aucune raison concrète ni menace concrète visant notre pays, précise Vansina. "Les renseignements transmis par nos alliés orientaux font néanmoins état d’une augmentation. Il est important de mettre toutes ces informations en commun afin d’avoir une meilleure vision de la situation."
La Russie est-elle en train de tester l’Europe ?
Dans les incidents survenus ces derniers mois, les regards se tournent principalement vers la Russie. On entend parfois dire que la Russie serait en train de "tester" l’Europe. Comment faut-il l’interpréter ?
"La Russie est désormais dans sa cinquième année de guerre. Elle est relativement embourbée en Ukraine et avance lentement, mais de manière constante", explique Vansina. "L’Ukraine a réellement besoin du soutien occidental, et surtout européen, pour pouvoir poursuivre le combat".
"Et la Russie veut évidemment saper ce soutien. Directement, comme nous l’avons vu par exemple à Leipzig, mais aussi indirectement, en s’attaquant à la volonté des alliés de l’Ukraine et au soutien de l’opinion publique."
La Russie est "suffisamment prudente" pour rester juste en dessous du seuil de l’article 5 de l’OTAN, estime Vansina. Cet article prévoit qu’une attaque contre un État membre de l’OTAN constitue une attaque contre l’ensemble des États membres et que l’Alliance y répondra.
Que fait la Belgique ?
La Belgique est parfois présentée comme une cible "intéressante" pour des attaques hybrides. "Notre pays abrite le siège de l’OTAN, Euroclear (entreprise qui gère des fonds et des investissements, notamment les avoirs russes gelés, ndlr.), des ports, d’importantes bases militaires… ", énumère Vansina.
"La Belgique est également un pays de transit logistique. En cas de conflit, de nombreux renforts arriveraient par les ports et les aéroports belges."
La Belgique constitue donc une cible intéressante pour ses adversaires, mais elle fait preuve d’une grande vigilance, souligne Vansina. "Nous sommes déjà à un niveau élevé de sécurité, en fonction de la sensibilité des bases militaires."
Nos bases sont aujourd’hui mieux protégées contre les drones
Frederik Vansina évoque notamment les investissements supplémentaires dans les capacités de détection et d’interception des drones. À la fin de l’année dernière, le gouvernement avait accéléré les investissements prévus dans son plan antidrones, après plusieurs signalements de drones au-dessus de bases militaires et d’aéroports.
"Nous avons investi 50 millions d’euros supplémentaires en accélérant le calendrier, ce qui nous a permis de mieux sécuriser nos bases", explique Vansina. "Ce matériel a désormais été en grande partie livré et est opérationnel. Nos bases sont aujourd’hui mieux protégées contre les drones qu’il y a un an."
"Nous travaillons également à intégrer les capteurs d’autres acteurs, comme le gestionnaire du trafic aérien Skeyes, dans notre centre de commandement aérien", poursuit Vansina. "Nous prenons en permanence des mesures pour améliorer la sécurité de nos quartiers généraux et, par conséquent, celle de la population."
