Il y a trois jours, la ville de Mesen (traduit par Messines en français) située en Flandre occidentale, non loin d’Ypres, ouvrait au public un site archéologique qui met en valeur les vestiges de son ancienne abbaye médiévale. Au cours des fouilles, les archéologues ont mis au jour des traces remontant au 11e siècle. "Messines a manifestement joué le rôle d'un pôle régional important par le passé", explique l'archéologue Jasper Deconynck. Les fouilles, préalables à la construction de nouvelles habitations, se poursuivront jusqu'au 2 octobre.
Messines ouvre au public les vestiges d'une abbaye médiévale du 11e siècle
Dans le cadre d'un projet de construction résidentielle rue Daalstraat à Messines, dans l’arrondissement d’Ypres, des archéologues mènent actuellement des fouilles sur le site de l’ancienne abbaye de la ville. La présence de traces de l'édifice sous le sol était déjà connue de longue date et une étude préliminaire menée en janvier l'avait confirmée. La plupart des structures d'origine ont disparu. « Il subsiste toutefois des traces visibles dans le paysage », note Jasper Deconynck du cabinet d'archéologie Ruben Willaert.
L'abbaye de Messines a été fondée en 1060 par la comtesse Adèle, fille du roi de France, et le comte Baudouin V. "L'abbaye a évolué sur une longue période, subsistant jusqu'au début du 20e siècle. Cependant, une grande partie de l'édifice a été détruite et de vastes sections du monastère ont été démolies durant la Première Guerre mondiale. Elle possède une riche histoire s'étendant sur 800 à 900 ans, que nous tentons aujourd'hui de reconstituer grâce à nos découvertes au cours de ce projet de deux semaines."
Presque plus aucune trace du passé médiéval de l'abbaye ne subsiste, à l'exception de la crypte de la comtesse Adèle, qui se trouve sous l'église Saint-Nicolas.
Quatre phases de construction de l'abbaye
Sur le site, les archéologues ont découvert des vestiges de différentes époques. Le plus ancien est un mur en grès ferrugineux de près d'un mètre d'épaisseur. Il traverse toute la zone du projet, du nord au sud, et présente un angle d'environ 90 degrés. "Cela implique que les contours datant du 18e siècle, que nous mettons actuellement au jour, intègrent en réalité une section qui existait déjà au 13e siècle."
L'ancien canal de la ville, qui faisait probablement partie des remparts, a également refait surface. Des ajouts ultérieurs, notamment de nouvelles fondations en briques, ont porté le nombre total de phases de construction à quatre.
"Grâce aux recherches archéologiques, nous essayons désormais de mieux situer ces phases dans le temps, en les rattachant à un siècle ou une période spécifique. Notre objectif est ainsi de présenter une chronologie de la construction et de l'agencement du monastère."
La boulangerie et une écurie
En s'appuyant sur des plans datant de 1776, les archéologues ont établi qu'une boulangerie et une écurie se trouvaient autrefois sur le site. Il est difficile d'associer précisément les vestiges mis au jour récemment à ces fonctions, en raison des destructions considérables pendant la Première Guerre mondiale. "Les niveaux de sol n'ont pas subsisté. Nous devons donc nous appuyer principalement sur les vestiges des fondations", explique Jasper Deconynck.
Les traces de la guerre sont d’ailleurs bien visibles sur le site. Les archéologues ont découvert des cratères d'obus et des munitions, ainsi que des équipements de soldats. Des munitions se trouvent encore dans les caves comblées. "La zone du projet a été durement touchée par les bombardements durant la Première Guerre mondiale."
La plus ancienne institution publique
A la fin du 18e siècle, le site devint l'Institut royal de Messines, la plus ancienne institution publique de Belgique. Financée par les revenus des vastes terres et fermes qu'elle possédait, l'institution dispensait soins et éducation aux enfants dans le besoin ainsi qu'aux orphelins de soldats tombés au combat.
"Aujourd'hui, rien ne permet de deviner que Messines possède une telle histoire. Ce n'est qu'en se penchant sur les sources historiques et archéologiques que l'on réalise qu'elle fut autrefois un pôle régional majeur. Nous tentons désormais de reconstituer cela pièce par pièce, de restaurer la grandeur de Messines et de faire revivre son histoire grâce au son et à l'image."
Le site ouvre ses portes au grand public depuis mercredi. "L'une de nos missions, en tant que cabinet d'archéologie, est de faire découvrir nos fouilles au public dès cette phase initiale", conclut Jasper Deconynck.
