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"Jour et nuit", œuvre de 1938 réalisée par M.C. Escher à Uccle

M.C. Escher, artiste de l’émerveillement et des mondes impossibles : 150 œuvres à découvrir à Bruxelles

À Tour & Taxis, à Bruxelles, l’exposition interactive "M.C. Escher. Beyond Infinity" présente plus de 150 œuvres originales de l’artiste néerlandais. Poissons qui se transforment en oiseaux, escaliers qui semblent ne mener nulle part, perspectives impossibles… Dans cet univers fascinant où les illusions d’optique côtoient l’infini, Escher joue avec les limites de notre perception.

Kristien Bonneure Eric Steffens
Publié:

Le reflet dans une boule chromée tenue dans une main, les escaliers impossibles, les créatures étranges dans des constructions géométriques : ces images sont profondément ancrées dans notre imaginaire visuel.

Les références à l’art énigmatique du Néerlandais M.C. (Maurits Cornelis) Escher sont partout. Dans des films comme Harry Potter ou Labyrinth, dans les jeux vidéo, mais aussi sur des pochettes d’album, du groupe de hard rock britannique Mott the Hoople au nouvel album "Instinct" d’Angèle. À noter qu’Escher aurait refusé à deux reprises une demande émanant des Rolling Stones.

Pour voir les œuvres originales de M.C. Escher, il faut habituellement se rendre à La Haye, au musée Escher in Het Paleis (Escher au Palais) ou au Kunstmuseum, qui lui a encore consacré une exposition il y a quelques années, scénographiée par les architectes belges Gijs Van Vaerenbergh.

Mais il est désormais possible de découvrir les véritables œuvres de M.C. Escher à Bruxelles. À Tour & Taxis, quelque 150 œuvres originales sont présentées dans une exposition rétrospective spacieuse et soigneusement scénographiée par Tempora, spécialiste de la conception d’expositions. Les gravures sur bois et lithographies proviennent de la fondation M.C. Escher, dont le siège est en Italie. Un pays où l’artiste a souvent séjourné et puisé une grande partie de son inspiration, notamment dans l’architecture urbaine et la nature.

M.C. Escher, "Belvédère", 1958, lithographie. Collection Maurits, Italie.

On le sait moins, mais M.C. Escher a aussi vécu plusieurs années à Bruxelles. "De 1937 à 1941, il habitait à Uccle. C’est là qu’il a réalisé certaines de ses œuvres les plus célèbres, comme Jour et Nuit ou Métamorphose", explique Marijnke de Jong. Historienne de l’art, ancienne directrice du musée Panorama Mesdag aux Pays-Bas, elle est également spécialiste de l’œuvre d’Escher.

"Métamorphose" de M.C. Escher, 1938 (fragment)

Marijnke De Jong montre ce que l’on peut observer dans la longue frise intitulée Métamorphose. "Il combine des associations d’idées avec des jeux de formes. Il transforme les lettres M, E et O du mot "Métamorphose" en carrés. Ceux-ci deviennent ensuite des lézards, puis des hexagones et des alvéoles, dans lesquels apparaissent des larves qui se transforment en abeilles, puis en oiseaux et, dans les espaces laissés libres, en poissons."

"Les oiseaux redeviennent ensuite des blocs et des maisons, qui rappellent son époque italienne. Une tour se transforme en échiquier, le damier est composé de carrés et nous ramène ainsi au mot "Métamorphose". On peut relier le début et la fin : la boucle est bouclée."

M.C. Escher a puisé son inspiration en Italie, mais aussi dans les formes mauresques et islamiques qu’il a découvertes à l’Alhambra de Grenade, en Espagne. Des formes géométriques qui se répètent à l’infini. Escher a lui aussi créé ce type de motifs, mais en y intégrant des éléments reconnaissables, comme des anges et des démons, des oiseaux et des poissons. "Cela lui a valu une certaine méfiance dans le monde de l’art", explique Marijnke De Jong.

M.C. Escher, "Vlakvulling I", 1951, gravure en manière noire. Collection Maurits, Italie.

M.C. Escher était à la recherche d’une représentation de l’infini.

Marijnke de Jong, historienne de l'art et spécialiste de M.C. Escher

"Très tôt, il s’est intéressé aux pavages et à la répétition infinie de motifs. Mais il ne s’est pas arrêté là. Il cherchait des cycles, des mouvements circulaires, une sorte de représentation de l’infini. Un fameux défi sur papier", explique Marijnke de Jong.

L’exposition à Tour & Taxis permet notamment de découvrir ses nombreuses formes sphériques, ou encore une bande de Möbius sur laquelle des fourmis semblent tourner indéfiniment. 

M.C. Escher, "Band", 1956, lithographie. Collection Maurits, Italie.

M.C. Escher travaillait avec une précision extrême, y compris sur le plan mathématique, même s’il affirmait lui-même ne pas comprendre les théories des mathématiciens consacrées à son travail. "Je ne suis pas un artiste, je ne suis pas un mathématicien, je me situe entre ces deux mondes", disait-il. Un mathématicien de l’Université de Leyde est d’ailleurs récemment parvenu à résoudre un casse-tête imaginé par M.C. Escher.

L’artiste néerlandais aurait toujours eu une loupe sur lui, notamment pour observer les fourmis lors de ses promenades en forêt. Son souci du détail est présent dans chacune de ses œuvres, que l’on peut contempler sans jamais cesser d’y découvrir de nouvelles choses.

M.C. Escher, "Hand met spiegelende bol" (Main avec sphère réfléchissante) 1935, lithographie. The M.C. Escher Heritage, Pays-Bas.

Les hippies voyaient dans l’univers merveilleux d’Escher toutes sortes de visions qu’ils recherchaient aussi à travers les drogues.

Marijnke de Jong, historienne de l'art et spécialiste de M.C. Escher

M.C. Escher (1898-1972) était-il déjà aussi célèbre de son vivant ?

"Non. Ses parents l’ont toujours soutenu financièrement. Ce n’est que dans les années 1950 que ses œuvres ont commencé à susciter de l’intérêt aux États-Unis, notamment grâce à un article publié dans Time Life." Marijnke De Jong évoque également le regain d’intérêt pour Escher à l’époque hippie. "Ils voyaient dans son univers merveilleux toutes sortes de visions qu’ils recherchaient aussi à travers les drogues.."

Vers la fin de sa vie, Escher a eu droit à une première grande exposition rétrospective aux Pays-Bas. "Il n’avait pas à se plaindre, mais il n’avait pas la renommée mondiale qu’il connaît aujourd’hui." Une grande partie de ses œuvres se trouve aujourd’hui à l’étranger, de l’Italie aux États-Unis en passant par le Japon.

Il existe aussi de nombreuses variantes et copies de ses œuvres. "Si vous faites une recherche sur Escher, vous trouvez une quantité infinie d’exemples de personnes qui se sont inspirées de ses idées, qui y ont ajouté leur propre créativité, et c’est très amusant."

L’impossible selon M.C. Escher, façon IKEA

Qu’est-ce qui explique l’attrait d’Escher aujourd'hui, génération après génération ?

"Tout à coup, vous voyez des choses que vous ne voyez pas habituellement. Que la forme d’un oiseau et celle d’un poisson puissent s’emboîter parfaitement : personne ne penserait à cela. Et lorsqu’il conçoit plus tard ses "mondes impossibles", il utilise la perspective d’une telle manière que l’on se demande : mais comment est-ce possible ?"

Ce que je cherche avant tout, c’est à émerveiller les gens.

M.C. Escher

L’émerveillement est le maître-mot. "Il s’agit de cette imagination enfantine, de cette capacité à s’émerveiller. M.C. Escher le disait lui-même : "Le plus important pour moi est de pouvoir émerveiller les gens." J’espère que les visiteurs de cette exposition ressentiront eux aussi cet émerveillement."

Informations pratiques : l’exposition "M.C. Escher. Beyond Infinity. Outre les 150 œuvres d’Escher, elle présente également des créations d’artistes qui se sont inspirés de son travail, ainsi que diverses expériences interactives en vidéo et en réalité virtuelle et des énigmes à résoudre.

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