La prise en charge des personnes atteintes de démence coûte plus de 7 milliards d’euros par an à la société belge. C’est ce que révèle une étude menée par Sciensano à la demande de Stop Alzheimer. Les soins médicaux, les séjours de longue durée en maison de repos, mais aussi l’aide apportée gratuitement par les proches représentent des coûts considérables pour la société.
La prise en charge des personnes atteintes de démence représente un coût de plus de 7 milliards d’euros par an pour la Belgique
On estime à 214.736 le nombre de personnes vivant actuellement avec une forme de démence en Belgique. Avec le vieillissement de la population, ce chiffre devrait continuer à augmenter dans les prochaines décennies et atteindre environ 353.000 personnes d’ici 2050.
Cette évolution représente un défi important pour les personnes concernées et leur entourage, mais aussi pour l’ensemble de la société. Selon Sciensano, la démence représente déjà aujourd’hui un coût annuel de plus de 7 milliards d’euros pour la Belgique.
Les proches assument une lourde charge
Les dépenses de santé constituent le principal poste de coûts. Les dépenses médicales des personnes atteintes de démence sont ainsi supérieures de 2,7 milliards d’euros par an à celles des personnes qui ne sont pas concernées par la maladie.
À cela s’ajoutent environ 1,49 milliard d’euros consacrés chaque année aux soins de longue durée en maison de repos.
L’étude s’est également intéressée à la valeur économique de l’aide apportée par les proches. Les aidants qui vivent sous le même toit que la personne malade déclarent consacrer en moyenne 139 heures par semaine aux soins, à la supervision et au soutien émotionnel. Pour ceux qui ne vivent pas avec leur proche, cette charge s’élève encore à 50 heures par semaine en moyenne. Même après une entrée en institution, les proches continuent à fournir environ 30 heures de soutien par semaine.
Bien que l’aide apportée par les proches ne soit pas rémunérée, elle a néanmoins une valeur économique considérable.
Masja Schmidt, chercheuse chez Sciensano.
Bien que l’aide apportée par les proches ne soit pas rémunérée, elle a néanmoins une valeur économique considérable. "Beaucoup d’aidants travaillent moins ou prennent leur retraite plus tôt. Ils renoncent également à une partie de leur temps libre et à d’autres activités pour s’occuper de leur proche", explique Masja Schmidt, chercheuse chez Sciensano.
Sur cette base, le coût sociétal des soins informels est estimé à environ 2,9 milliards d’euros par an, selon la méthode du coût d’opportunité. Parmi les aidants proches qui travaillent, 41 % déclarent avoir réduit leur temps de travail en raison de leurs responsabilités. Par ailleurs, 81 % des aidants interrogés font état d’au moins certaines difficultés en matière de santé mentale.
La répartition des coûts entre l'aide apportée par les proches, les soins de santé, la prise en charge en maisons de repos et de soins
Les coûts risquent de s’envoler
Si l’ensemble de ces soins devait être assuré par des professionnels, leur valeur atteindrait environ 10,6 milliards d’euros par an. Il ne s’agit pas d’une dépense effective, mais d’une estimation de la valeur du travail actuellement assuré gratuitement par les proches.
Selon les chercheurs, ces coûts devraient encore augmenter dans les années à venir. Si le vieillissement de la population se poursuit, les seules dépenses supplémentaires de santé liées à la démence pourraient atteindre 7,6 milliards d’euros par an d’ici 2050.
"Ces chiffres montrent qu’il faut agir dès aujourd’hui", estime Bernd Samyn, porte-parole de Stop Alzheimer. "Investir dans la recherche, le diagnostic précoce et un meilleur soutien aux aidants proches est nécessaire pour que les conséquences de la démence restent maîtrisables à l’avenir."
Pour Stop Alzheimer, la recherche reste notamment indispensable pour mieux comprendre les besoins des personnes atteintes de démence et de leur entourage et développer des outils et des pratiques permettant de rendre les soins plus supportables.
"Seul un traitement efficace pourrait réellement faire baisser les coûts de manière drastique", poursuit Bernd Samyn. "Nous n’en sommes malheureusement pas encore là, mais il est également possible de chercher des moyens de rendre les soins plus supportables et plus abordables."
