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La Withuis de Joseph Diongre à Jette a été restaurée et ouvre temporairement ses portes au public

Au terme de plusieurs années d’études et de travaux, la restauration de la Withuis, maison Art déco et moderniste de l’architecte Joseph Diongre (1878-1963) située avenue Charles Woeste à Jette, est terminée. Le bâtiment protégé ouvre exceptionnellement ses portes au public dès ce samedi 19 septembre et jusqu’au 22 novembre. Des visites guidées y sont organisées par l'asbl Arkadia, parallèlement à une exposition consacrée aux pionniers de l'abstraction géométrique belge. Présentées entre les décors et le mobilier, les œuvres exposées dialoguent avec les formes et les couleurs de la Withuis, cette maison à façade toute blanche conçue comme une œuvre d'art totale. Celle-ci sera ensuite proposée à la location, conformément à sa vocation première d'habitation familiale.

Anne François
Publié:

L’architecte Joseph Diongre est né en 1878 à Bruxelles et mort en 1963 dans la commune d’Uccle. Formé notamment à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles puis dans les ateliers de divers architectes notoires de la fin du 19e siècle, en Belgique, à Paris et aux Pays-Bas, Diongre a réalisé de nombreuses œuvres architecturales importantes. Il est surtout connu pour avoir réalisé l’Institut national de radiodiffusion, son emblématique "paquebot" installé place Flagey à Ixelles et devenu centre d’art, mais aussi la maison communale de Woluwe-Saint-Lambert.

À mi-chemin entre le modernisme et l’Art déco, cet architecte devint le spécialiste des commandes publiques. Son travail était assez éclectique jusqu’à la Première Guerre mondiale puis s’orienta dès 1922 vers la construction de logements sociaux. Il s'est affirmé au rang des plus brillants créateurs de sa génération.

Construite en 1927 au 183 avenue Charles Woeste à Jette, pour le poète et secrétaire communal Jef Mennekens, la Withuis (maison blanche) constitue une œuvre majeure de l'architecte Joseph Diongre. Il en a conçu l'architecture, les décors, le mobilier et l'aménagement du jardin.

La grille en fer forgé entourant le jardinet arbore, d'un côté, le numéro de la maison et, de l'autre, un encrier et une plume - les outils du poète. Toutes les menuiseries sont d'origine. Dès sa construction, la Withuis se distinguait par son blanc éclatant, Diongre ayant utilisé un granit très clair pour le revêtement de la façade. Seul un étage supérieur, visible depuis la rue, a été ajouté au fil du temps. Pour le reste, l'ensemble est demeuré intact jusqu'à sa restauration.

Restée dans la famille Mennekens durant quatre générations, la maison est classée dans sa totalité depuis 1985, y compris le mobilier d'origine. En 2019, elle fut rachetée par le cinéaste bruxellois Bernard Mulliez. Ce dernier raconte avoir découvert la maison par hasard, alors que son état se dégradait. Touché par ce lieu resté dans une même famille près d'un siècle, il se considère comme le dépositaire temporaire d'un patrimoine commun, chargé de le transmettre.

La Withuis à l'époque de sa construction (Archives de Sint Lukas)

Une restauration minutieuse

Dès le changement de propriétaire, une étude historique approfondie était lancée afin de préparer sa restauration. L’objectif poursuivi n’est pas de figer la Withuis ni d’en faire un musée, mais de lui permettre de conserver sa fonction première, celle de maison familiale, habitée et vécue au quotidien. Après les visites guidées organisées cet automne, elle sera d’ailleurs proposée à la location.

Cette philosophie a guidé le travail des architectes Frédéric Goeminne (Goeminne Architects & Partners) et Florence Doneux (Architectures Parallèles). Ils ont étudié d’abord l’histoire de la maison, ses matériaux, ses techniques de construction et les transformations intervenues depuis sa création. Les relevés, recherches documentaires et analyses stratigraphiques menées par l’Institut royal du Patrimoine artistique ont ainsi permis de retrouver des couleurs, textures et finitions effacées lors d’interventions ultérieurs.

Le chantier a porté tant sur l’extérieur que l’intérieur de la Withuis. La façade en granito a été nettoyée et réparée pour retrouver sa finition d’origine. Les châssis en bois et acier ont été démontés et restaurés en atelier, tandis que les menuiseries ont retrouvé leur palette de teintes originales. La cage d'escalier, véritable colonne vertébrale de la demeure, a notamment retrouvé sa bichromie noire et jaune ocre.

La cage d'escalier a retrouvé sa bichromie noire et jaune ocre, et un lanterneau prévu en 1926 par Diongre.

Dans plusieurs pièces, des enduits texturés, vitraux, plafonds, portes et éléments de mobilier ont également été minutieusement restaurés. Un lanterneau prévu sur les plans de Joseph Diongre en 1926 a par ailleurs été réalisé au-dessus de la cage d'escalier.

"Le projet ne consiste pas uniquement à restaurer un monument. Il s'agit aussi de lui permettre de poursuivre sa vie sans être figé, muséifié", résument les architectes Frédéric Goeminne et Florence Doneux. Ils ont recherché une relation juste entre l'existant et les ajouts contemporains. Le volume existant en toiture a ainsi été transformé pour accueillir une nouvelle pièce familiale. Et un espace a été spécialement aménagé pour conserver le mobilier dessiné par Diongre qui n’est pas utilisé par les habitants.

La maison ne doit pas être un musée mais un lieu de vie au quotidien, dans les meubles conçus par Diongre.

Réapprendre d’anciennes techniques

Au-delà du projet architectural, cette restauration repose sur une grande diversité de savoir-faire. Plus de vingt corps de métier, parmi lesquelles des entreprises spécialisées en patrimoine classé, des fabricants et artisans ont participé au projet, en réapprenant notamment certaines techniques anciennes.

Le projet met ainsi en lumière des compétences essentielles, fondées sur une mise en œuvre précise de matériaux souvent modestes, mais techniquement exigeants. Près d’un siècle après Diongre, il a fallu retrouver les compositions, les gestes et les finitions d’origine grâce à des recherches historiques, puis de les adapter aux contraintes patrimoniales et techniques actuelles.

La Région bruxelloise a soutenu les travaux à hauteur de 259.484 euros, dans le cadre de sa politique de préservation et valorisation du patrimoine classé, via urban.brussels. "Rendre notre patrimoine accessible à toutes et tous, c'est en faire un véritable bien commun", estime Ans Persoons, la secrétaire d’Etat bruxelloise au Patrimoine.

La Withuis contient notamment des vitraux.

Exposition

Du 19 septembre au 22 novembre, la Withuis sera accessible dans le cadre de visites guidées organisées par l’association Arkadia. Uniquement sur réservation : https://arkadia.be/fr/visites-guidees/lart-abstrait-belge-la-withuis

Les visites permettront également de découvrir, dans le contexte historique de la maison, une exposition consacrée aux pionniers de l’abstraction géométrique belge entre 1920 et 1928. Deux des figures majeures exposées sont d’ailleurs des architectes peintres : Victor Servranckx et Huib Hoste, contemporains de Joseph Diongre. L’exposition permet aussi de redécouvrir des œuvres rares de Felix De Boeck, Marthe Dona (photo) et Josef Peeters.

Les œuvres présentées sont issues des collections privées de Jessy et Ronny Van de Velde et de Peter Pauwels, ainsi que de la collection FIBAC et du FeliX Art & Eco Museum. Elles sont gracieusement prêtées à l’occasion du centenaire de la Withuis.

Le tableau "Sous la lampe" de Marthe Donas (1927)

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