L'objectif de neutralité carbone d’ici 2050 exigera, outre une forte réduction des émissions de gaz à effet de serre, un reboisement et "une transformation profonde de l'utilisation des sols, des pratiques agricoles et de la gestion forestière" en Belgique. Voilà les conclusions d'une étude réalisée pour le Service changements climatiques du service public fédéral Santé publique.
Reboisement et transformation de l'agriculture sont nécessaires pour que la Belgique atteigne la neutralité carbone en 2050
Pour atteindre la neutralité carbone en moins de 25 ans, la Belgique devra réduire drastiquement ses émissions de gaz à effet de serre sur tous les fronts. Mais certaines émissions résiduelles, notamment dans l'agriculture, devront être compensées par les puits de carbone naturels, comme les forêts ou les prairies permanentes. Or, ces puits de carbone s'essoufflent pour différentes raisons: l'urbanisation de terres agricoles, la transformation de prairies permanentes en cultures ou encore la moindre capacité de nos forêts et écosystèmes naturels - dans un contexte de réchauffement climatique - à absorber du CO2.
"Notre capacité d'absorption a été divisée par six depuis 1990", résume Camille Reyniers, du Service changements climatiques du SPF Santé publique. "Nous risquons d'arriver à une situation où nos écosystèmes naturels deviendraient une source nette d'émissions" de gaz à effet de serre.
Des changements drastiques
L'étude, réalisée par des chercheurs de l’Institut flamand de recherche technologique (Vito), Sytra (UCLouvain) et Gembloux Agro-Bio Tech (ULiège), analyse trois trajectoires possibles pour le secteur de l'utilisation des terres: un scénario basé sur les tendances actuelles, un scénario prenant en compte des politiques adoptées ou planifiées (comme la volonté de mettre fin à l'étalement urbain d'ici 2050 en Wallonie ou le "bouwshift" flamand pour 2040) et un scénario de changement majeur.
Verdict? Seul le scénario de changement majeur permet de renforcer suffisamment les puits de carbone naturels et de réduire assez les émissions agricoles pour s'inscrire dans les clous de la neutralité climatique en 2050.
Une des mesures principales de ce scénario concerne l'élevage et se traduit par une nette réduction des cheptels (-45% pour les vaches laitières, -70% pour les porcs et -71% pour les bovins par rapport aux effectifs de 2022), ce qui permettrait de réaffecter des hectares aujourd'hui destinés à la production de fourrages (aliments pour le bétail).
L'étude estime que 278.000 hectares de terres cultivées, soit plus de 20% de la surface agricole utilisée en Belgique, pourraient être libérées pour d'autres usages comme le reboisement (plus de 80.000 hectares en 25 ans), la remise en eau des tourbières agricoles drainées ou la conversion de près de 10.000 hectares de prairies drainées en zones humides.
Ce scénario, qui s'accompagne d'une alimentation davantage basée sur les protéines végétales, prévoit encore une adoption à plus grande échelle de l'agroforesterie (sur 10% des terres cultivées et 30% des prairies) et de l'agriculture biologique (jusqu'à 40% des terres agricoles en Flandre et jusqu'à 60% en Wallonie), ainsi qu'une protection intégrale des prairies permanentes et un objectif de "zéro artificialisation nette des terres d'ici 2030."
Diversification des forêts
En matière de gestion forestière, le scénario de changement majeur passe par une plus grande diversité de nos forêts, notamment au niveau des essences d'arbres et de leur âge, sachant qu'un arbre plus jeune absorbe davantage de carbone qu'un congénère vieillissant.
Les auteurs de l'étude mettent aussi en avant les bénéfices connexes qu'apporterait le scénario le plus ambitieux, comme notamment une meilleure résilience des écosystèmes face aux extrêmes climatiques ou un renforcement de la biodiversité.
L'étude souligne enfin la nécessité d'un cadre politique "cohérent et stable" et d'une "coordination étroite" entre les niveaux de pouvoir pour mener à bien une telle transition, qui devra également être accompagnée d'un soutien et d'un accompagnement du monde agricole.
