Les journaux radio et télévisés des chaînes francophones de notre pays accordent plus de deux fois plus d’attention à la crise climatique que ceux des chaînes néerlandophones. Ces enjeux environnementaux "peinent à s'imposer durablement dans l'actualité", révèlent des résultats préliminaires du premier Baromètre belge de l'information environnementale (BBIE), une étude réalisée à la demande du ministre fédéral du Climat, Jean-Luc Crucke (Les Engagés).
Les médias francophones accordent deux fois plus d’attention à la crise climatique que les médias néerlandophones
Cette première phase, dont les enseignements ont été présentés lors d'un colloque ce mercredi, a porté sur l'analyse des principaux programmes d'information diffusés en Belgique, entre février et juillet 2026, sur un total de 26 chaînes et stations francophones (La Une, RTL-TVi, La Première, Vivacité, Bel RTL, LN Radio...) et néerlandophones (VRT, VTM, Radio 1, Play, Qmusic...). Les télévisions locales de Bruxelles et de Wallonie ont été intégrées dans le panel mais pas celles de Flandre.
L'analyse fait apparaître une couverture médiatique plus importante des enjeux environnementaux, climat en tête, dans les médias francophones. En moyenne, au cours de la période couverte par l'étude, les enjeux environnementaux ont ainsi occupé 5,4% du temps d'antenne consacré à l'information dans le sud du pays, contre 2,3% en Flandre. La couverture de ces questions semble également plus importante à la télévision qu'à la radio et dans les médias de service public plutôt que privés.
Les auteurs de l'étude, à savoir l'association française QuotaClimat, le CSA et le SPF Santé publique, constatent toutefois que les questions environnementales "peinent encore à s'imposer dans les médias en dehors des évènements climatiques extrêmes".
Ces évènements ont été traités comme des évènements météorologiques extrêmes
Les trois vagues de chaleur de l'été dernier et les incendies dans les Hautes Fagnes se sont, certes, accompagnés de pics de couvertures des sujets environnementaux. Dans les médias francophones nationaux, les enjeux environnementaux sont passés de 3,4% du temps d'antenne en moyenne entre février et mai à 8,3% en moyenne entre juin et août, soit un bond de 144%.
Mais "ces évènements ont été traités comme des évènements météorologiques extrêmes et ont été un peu moins recontextualisés en présentant les causes et les solutions", souligne Arnaud Benoits, responsables projets Data chez QuotaClimat. En dehors de ces épisodes, la couverture médiatique des questions environnementales est demeurée relativement stable.
Parmi les trois thèmes environnementaux analysés, le dérèglement climatique est le plus abordé dans les médias, devant la crise de la biodiversité et celle liée aux ressources naturelles. Les auteurs de l'étude notent cependant une singularité des médias locaux: ceux-ci abordent davantage les sujets de biodiversité locaux qu'ils contribuent dès lors à médiatiser.
L'objectif est de réaliser une analyse factuelle et de voir si les informations qui sont données sont factuellement exactes ou s'il y a, volontairement ou pas, des éléments de désinformation ou mésinformation.
Jean-Luc Crucke, (Les Engagés) ministre fédéral du Climat.
Le baromètre s'est également penché sur des aspects plus qualitatifs, comme le traitement médiatique du changement climatique. Tant dans les médias francophones que néerlandophones, le traitement de la crise climatique est principalement centré, hors couverture d'évènements climatiques extrêmes, sur le constat scientifique du changement climatique (37% des occurrences), les solutions (30%), les causes du changement climatique (21%) et ses conséquences (12%).
Enfin, les auteurs du baromètre notent "une visibilité inégale des secteurs à l'origine du changement climatique". Si les secteurs de l'énergie et des transports ont une "forte visibilité" dans les séquences consacrées aux causes du changement climatique, certains secteurs pourtant fortement émetteurs, à l'inverse, apparaissent plus discrètement. C'est le cas, par exemple, du bâtiment et de la construction, mais aussi de l'industrie.
A l'initiative du baromètre, qui s'inscrit dans le prolongement de la signature par la Belgique à la COP30 de Belém, de la Déclaration internationale sur l'intégrité de l'information climatique, le ministre fédéral du Climat Jean-Luc Crucke a précisé les raisons qui l'ont poussé à décliner au paysage médiatique belge une analyse similaire déjà menée en France par QuotaCLimat.
"Il n'y a dans mon chef, en aucun cas, ni l'objectif de critiquer ni de juger la presse. L'objectif est de réaliser une analyse factuelle et de voir si les informations qui sont données sont factuellement exactes ou s'il y a, volontairement ou pas, des éléments de désinformation ou mésinformation", explique Jean-Luc Crucke, qui se dit convaincu de la nécessité, s'agissant "d'une matière aussi complexe que le climat", d'avoir une information correcte, sous peine de perdre l'adhésion de la population vis-à-vis de ce problème "universel".
A terme, le Baromètre belge de l'information environnementale sera étendu à la presse écrite, aux médias numériques et aux réseaux sociaux afin d'offrir "une vision plus complète de l'écosystème informationnel belge". Ses résultats seront régulièrement publiés en ligne.
