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Le premier cours de danse dans la salle Horta de Vilvorde fraîchement restaurée.

La salle de gymnastique conçue par Victor Horta à Vilvorde rouvre après restauration à l’occasion de la Journée du Patrimoine

Après des années d’abandon et de délabrement la salle de gymnastique, conçue par Victor Horta à Vilvorde (Brabant flamand), a retrouvé tout son éclat. Horta avait conçu cette salle en 1904-1905 pour l’école des filles "Les Peupliers" située rue du Rempart (Bolwerkstraat) à Vilvorde. où sa fille était scolarisée et où il a rencontré sa deuxième épouse. Étonnamment lumineuse et dotée d’une impressionnante hauteur sous plafond, la salle est à nouveau utilisée par les élèves de danse de l’académie de la ville. Elle sera exceptionnellement accessible au public ce dimanche, à l’occasion de la Journée du Patrimoine.

Kristien Bonneure Eric Steffens
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"Que faisait Victor Horta à Vilvorde ?" C’est la question affichée sur une grande banderole installée sur la place Roosevelt (Rooseveltplein). La réponse se trouve dans la Bolwerkstraat toute proche : au début du XXe siècle, l’architecte Victor Horta y a conçu une salle de gymnastique révolutionnaire pour l’école "Les Peupliers".

Mais comment Horta, figure emblématique de l’architecture Art nouveau, s’est-il retrouvé ici ? "Il faisait partie du cercle d’amis d’un haut gradé de l’armée, le colonel Lefebure. Les deux sœurs de celui-ci étaient les fondatrices et directrices de cette école", explique Karen De Roeck, experte en gestion de projets immobiliers, qui a accompagné la restauration pour la ville de Vilvorde.

L’école de la fille de Victor Horta… et de sa future épouse

"Les Peupliers" était un internat privé destiné aux jeunes filles de la bourgeoisie aisée, qui proposait une méthode pédagogique innovante et inspirante. Victor Horta y avait inscrit sa fille Simone et y avait conçu la salle de gymnastique, achevée en 1905. C’est également là qu’il a rencontré celle qui allait devenir sa deuxième épouse, la professeure de gymnastique suédoise Julia Carlsson, diplômée de l'Institut supérieur de gymnastique de Stockholm. "Pour Horta, c’était un nouveau chapitre de sa vie. Nous savons peu de choses sur l’histoire d’amour qui s’est déroulée ici, mais les murs recèlent encore bien des secrets", sourit Karen De Roeck.

La salle de gymnastique de l’école "Les Peupliers" conçue par Victor Horta, au début du XXe siècle

La gymnastique suédoise : un remède contre les maladies

L’école mettait l’accent sur le développement intellectuel et humain, mais aussi physique. Ce dernier aspect passait notamment par la gymnastique suédoise. "À l’époque, une véritable bataille faisait rage entre la gymnastique allemande, assez militariste, qui faisait appel à des appareils lourds et coûteux, et la gymnastique suédoise, davantage axée sur la santé, la posture et la respiration", explique Sander Somers, spécialiste du patrimoine à la ville de Vilvorde.

La salle de gymnastique conçue par Horta à Vilvorde a été pionnière dans la pratique de cette méthode suédoise. "À partir de 1908, celle-ci allait devenir la norme dans l’enseignement belge. Petite anecdote : un médecin était attaché à cette école. Selon lui, l’année où la gymnastique suédoise y a été introduite, toutes les maladies avaient disparu de l’école et les jeunes filles étaient en pleine forme."

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    (Probablement) Victor Horta dans la salle, avec sa fille et son épouse

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    Des jeunes filles faisant de la gymnastique dans la salle

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    Des élèves d'un cours de dessin à l'école "Les Peupliers"

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    Le plan de l'école par Victor Horta

Des décennies de délabrement

L’internat "Les Peupliers" n’a pas connu une très longue existence. Le bâtiment principal a ensuite notamment abrité la justice de paix. La salle de gymnastique, elle, a subsisté et a été utilisée par l’Académie communale de musique, de théâtre et de danse, jusqu’aux alentours de l’an 2000. Entre-temps, l’intérieur comme l’extérieur avaient été classés, mais le délabrement s’est poursuivi.

Sander Somers se souvient de ce qu’il a découvert : "Il y avait de la poussière partout, les fenêtres étaient condamnées et les appareils de gymnastique étaient encore là, comme si un cours venait tout juste de se terminer. À l’époque, nous suivions des cours de musique et nous nous amusions à regarder à l’intérieur de la salle à travers une fente. Elle avait un aspect postapocalyptique…"

"Quand j’ai commencé à travailler sur ce projet, il y a quatre ans, j’ai immédiatement fait étayer la salle pour la soutenir. Je n’avais aucune confiance dans la solidité de la structure. Certaines fenêtres étaient brisées, des parties avaient été condamnées et d’autres étaient complètement pourries. Nous avons trouvé quatre sortes de champignons", raconte avec effroi Karen De Roeck.

Voici dans quel état se trouvait la salle avant sa restauration

Il aura fallu attendre longtemps avant que les moyens nécessaires soient dégagés, mais la salle a finalement été entièrement restaurée au cours des deux dernières années par le bureau aNNo Architecten. Le chantier a coûté 2 millions d’euros, dont 320 000 euros financés par le gouvernement flamand. Les échafaudages ayant été retirés, le résultat spectaculaire est désormais visible également de l’extérieur, dans un ensemble urbain classé.

"Cette façade en briques ne laisse pas deviner ce qui se trouve à l’intérieur, ce qui est tout à fait atypique chez Horta. Ici aussi, les dégâts étaient importants. La transformation est spectaculaire. Nous avons restauré les cheminées ; les châssis ont retrouvé leur couleur d’origine", explique Karen De Roeck. De hautes fenêtres, sans vue sur les gymnastes d’autrefois ni sur les danseurs d’aujourd’hui.

L'extérieur du bâtiment ne laisse pas deviner ce qui se trouve à l’intérieur, ce qui est tout à fait atypique chez Horta

À l’intérieur, le résultat est bluffant. La salle est colorée et surtout baignée de lumière. Même les appuis de fenêtre ont été conçus en biais afin de réfléchir un maximum de lumière vers le bas. "Nous connaissons évidemment Victor Horta pour son style Art nouveau. Dans cette salle, il se retrouve dans des détails subtils. Il n’a pas cherché à se mettre en avant. C’est la gymnastique, le côté fonctionnel, qui était au premier plan", explique Karen De Roeck.

Tout se joue dans des détails, comme le fameux motif en coup de fouet de la ferronnerie du plafond. Ou encore le choix très affirmé des couleurs par Horta : un blanc chaud pour les murs, un gris chaud tirant vers le beige pour les fenêtres, encadrées par des centaines de mètres de moulures peintes à la main dans des tons rose orangé. Des couleurs qu’il avait également choisies pour sa propre maison et son atelier rue Américaine à Saint-Gilles, (qui est aujourd’hui le Musée Horta), qu’il avait dessinés à la même époque.

Le premier cours de danse dans la salle Horta de Vilvorde, fraîchement restaurée

Autre particularité : tous les appareils de gymnastique sont d’origine et ont donc plus de 120 ans. Il y a notamment des espaliers, des anneaux, des échelles de corde, ainsi qu’un dispositif de poutres qui peut entièrement être escamoté, permettant ainsi de libérer un grand espace.

Et cet espace est à nouveau utilisé comme salle de danse par l’Académie communale de musique, de théâtre et de danse de Vilvorde. Un premier groupe de tout jeunes danseurs fait son entrée à petits pas. Puis les consignes de la professeure fusent, au rythme du piano : "Première position, deuxième position, troisième position, le bras droit vers le haut."

C’est l’objectif que nous voulions atteindre : faire vivre le patrimoine et le transmettre aux jeunes d’aujourd’hui.

Karen De Roeck, experte en gestion de projets immobiliers à Vilvorde

"C’est la première fois que je vois cette salle reprendre vie", confie Karen De Roeck. "C’est l’objectif que nous voulions atteindre : faire vivre le patrimoine et le transmettre aux jeunes d’aujourd’hui, avec une architecture inspirante comme valeur ajoutée."

Kristien Ceuppens, professeure de danse à l’académie, y a elle-même suivi des cours, "il y a 40 ans !". Elle reconnaît les espaliers fixés au mur. "Il y avait aussi des miroirs, qui doivent encore être installés."

Une belle continuité, de la fille de Victor Horta aux petites ballerines d’aujourd’hui. "C’est fantastique. J’en suis bouche bée", conclut Karen De Roeck.

Pour la ville de Vilvorde, il s’agit évidemment d’un investissement conséquent. "En tant que ville, nous avons décidé de rénover cette salle pour qu’elle retrouve autant que possible son état d’origine. Nous sommes très heureux et fiers de ce patrimoine, surtout lorsqu’on peut lui redonner vie, presque de la même manière qu’il y a 120 ans", explique l’échevine du Patrimoine Katrien Vaes, qui a elle-même pratiqué le ballet par le passé.

Outre les cours de danse de l’académie, la salle pourra également accueillir d’autres activités, y compris en dehors des heures de cours. "Une perle cachée" : c’est ainsi que le bourgmestre Jo De Ro (Anders) décrit la salle, qu’il inaugurera officiellement dimanche en compagnie du ministre flamand du Patrimoine immobilier, Ben Weyts (N-VA).

Informations pratiques : la salle Horta de Vilvorde est accessible gratuitement au public à l’occasion de la Journée du Patrimoine, le dimanche 13 septembre, de 10 h à 17 h. Toutes les informations sur la Journée du Patrimoine en Flandre sont disponibles [ici ].

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