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Un ex-cadre de l’entreprise de semi-conducteurs BelGaN soupçonné d'espionnage au profit de la Chine

Un ancien cadre de BelGaN, l'entreprise de semi-conducteurs basée à Audenarde (Flandre orientale) et déclarée en faillite en 2024, a été interpellé par la police sur des soupçons d'espionnage, il est actuellement en détention provisoire. L'information révélée lundi par De Standaard et la RTBF a été confirmée par le parquet fédéral. Il aurait potentiellement transmis des secrets d'affaires concernant la production de puces en nitrure de gallium à une entreprise "miroir" en Chine

Eric Steffens Belga
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Le suspect, qui possède la double nationalité belgo-chinoise, a été appréhendé le 10 mai à Zaventem alors qu'il embarquait dans un avion à destination de Pékin, il a été placé sous mandat d'arrêt le lendemain et est depuis en détention préventive en attendant son procès.

Le parquet fédéral le soupçonne d'espionnage, de divulgation de secrets d'affaires, de participation à une organisation criminelle, d'abus de biens sociaux et d'infractions liées à la faillite, qui a concerné l'emploi de 400 personnes.

"Certains éléments indiquent que l'intéressé, qui occupait un poste de direction dans la recherche au sein de l'entreprise belge, travaillait parallèlement en tant que dirigeant d'une entreprise chinoise exerçant une activité de production similaire, créée quelques mois après son entrée en fonction et financée par un fonds d'investissement chinois", précise le parquet.

"L'enquête pourrait mettre en évidence le transfert illicite à l'étranger de propriété intellectuelle spécialisée et de secrets d'affaires relatifs à la production de puces en nitrure de gallium, une technologie qui trouve notamment des applications dans les secteurs des véhicules électriques, de l'aéronautique et de l'aérospatiale, ainsi que dans le domaine militaire."

Plusieurs perquisitions ont été menées au cours de l'enquête. Elles ont permis la saisie de supports de données et de communications électroniques qui font actuellement l'objet d'une analyse. 

Le site de l’ancienne entreprise BelGaN à Audenarde.

De BelGaN à Gankool, en Chine

Le site d’Audenarde a été créé il y a plus de 40 ans sous le nom de MIETEC. Il est ensuite devenu l’un des fleurons de la technologie flamande. L’entreprise, qui était alors le seul fabricant industriel de puces électroniques encore actif en Belgique, était notamment spécialisée dans les puces innovantes en nitrure de gallium (GaN). Cette technologie est principalement utilisée dans les véhicules électriques, l’aérospatiale et le secteur militaire.

Lorsque l’entreprise s’est retrouvée en difficulté financière, il a été annoncé en février 2022 qu’elle allait être rachetée par un consortium d’investisseurs chinois. Le nouveau CEO de BelGaN, Alan Zhou Zhen, déclarait alors voir "une opportunité de créer une GaN Valley en Europe".

Fait remarquable : quelques mois seulement après le rachat du site d’Audenarde, Gankool était créée dans la province chinoise du Fujian. Cette entreprise produisait exactement la même technologie que BelGaN. Gankool était financée par un fonds d’investissement chinois.

Le suspect H.L. occupait chez BelGaN un « poste de direction dans la recherche » et aurait également exercé des fonctions dirigeantes au sein de l’entreprise chinoise. La RTBF et De Standaard ont notamment découvert qu’une conférence s’était tenue en Chine en mars 2023, au cours de laquelle H.L. avait été présenté comme le directeur de l’entreprise chinoise. Il aurait été l’un des principaux intervenants, aux côtés d’Alan Zhen Zhou — le CEO de BelGaN.

Pourtant, le profil LinkedIn de H.L. ne mentionne nullement cette entreprise chinoise, alors que son parcours professionnel y est détaillé jusqu’alors. Avant de rejoindre BelGaN, il avait notamment travaillé pendant plusieurs années pour une autre entreprise technologique belge de renom.

Les enquêteurs soupçonnent donc H.L. d’avoir transféré à Gankool les connaissances et le savoir-faire de BelGaN. "L’enquête semble indiquer un possible transfert illicite de propriété intellectuelle spécialisée et de secrets d'affaires concernant la production de puces en nitrure de gallium vers l’étranger".

Le parquet évoque de son côté "des indices selon lesquels l’intéressé, qui occupait un poste de direction dans la recherche, était parallèlement actif en tant que dirigeant d’une entreprise chinoise dont l’activité de production était similaire".

La justice est également à la recherche d’un deuxième suspect dans cette affaire. Selon la RTBF et De Standaard, il s’agirait d’Alan Zhen Zhou.

La tactique des "entreprises miroirs"

Cette tactique, qui consiste à créer ce que l’on appelle des « entreprises miroirs », n’est pas inconnue des services de sécurité belges. Elle fait même l’objet d’une mise en garde explicite dans le dernier rapport annuel de la Sûreté de l’État.

"La Chine est consciente que, dans certains domaines très spécifiques, elle accuse encore un retard technologique sur l’Europe et les États-Unis. Combler cet écart — et prendre une longueur d’avance stratégique — constitue la priorité absolue du régime chinois" explique la Sûreté de l’État.

L’une des méthodes utilisées consiste à créer une "entreprise miroir". "Des entreprises chinoises investissent dans des entreprises belges, des centres de recherche ou des spin-offs, de préférence dans de petites structures qui développent des technologies prometteuses mais souffrent d’un financement insuffisant. Elles peuvent ainsi accéder à une technologie donnée. Elles créent ensuite en Chine une entreprise miroir qui produit la même technologie à plus grande échelle. Si possible, l’entreprise mère est ensuite revendue avec un bénéfice."

Le scénario semble correspondre parfaitement à ce qui s’est passé avec BelGaN. Entre-temps, l’entreprise a été rachetée par Thema Foundries, qui doit y produire des puces photoniques.  

Depuis 2024, le site de BelGaN est à l’arrêt, même s’il a désormais trouvé un repreneur.

H.L. reste en détention provisoire

Quant au principal suspect, il reste pour l’instant en détention, mais conteste tous les faits qui lui sont reprochés, par l’intermédiaire de son avocat, Me Dimitri de Béco. Bien qu’il soit toujours incarcéré, "il n’est plus détenu pour des faits d’espionnage", affirme son avocat.

"Même si les faits étaient considérés comme établis, ils ne pourraient pas être qualifiés d’espionnage. Le cas échéant, il s’agirait d’une communication illicite de secrets d'affaires", explique Dimitri de Béco. Selon lui, le dossier relève du droit économique et il n’est ici pas question du transfert de secrets liés à la sécurité nationale au profit d’un État étranger, et donc pas davantage d’espionnage.  

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