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Transplantation de la paroi abdominale à l'UZ Leuven

Première mondiale à l'UZ Leuven : des lésions graves de l'abdomen et du thorax réparées par transplantation, sans médication antirejet à vie

Des chirurgiens de l’hôpital universitaire de Louvain (UZ Leuven) ont mis au point une nouvelle technique de transplantation consistant à utiliser du tissu conjonctif résistant prélevé sur la paroi abdominale de donneurs décédés pour réparer des lésions tissulaires complexes. Le tissu de donneur constitue une alternative biologique aux mailles synthétiques et aux tissus d'origine animale, qui obligent le patient à prendre des médicaments à vie pour éviter le rejet de la greffe, explique l'hôpital louvaniste ce vendredi.

Anne François Belga
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Selon l'UZ Leuven, il s'agit d'une double première mondiale. C'est la première fois que des transplantations de paroi abdominale sont réalisées sans que les patients aient à prendre des médicaments immunosuppresseurs pour le reste de leur vie.

L'utilisation du tissu de donneur pour des reconstructions complexes au niveau de la cage thoracique est également inédite. Les résultats ont été publiés dans les revues scientifiques Annals of Surgery et The Journal of Thoracic and Cardiovascular Surgery.

En cas de plaies étendues au niveau de la paroi abdominale, de la paroi thoracique ou du diaphragme, les médecins utilisent généralement des mailles synthétiques. Elles peuvent cependant entraîner de graves complications en cas de plaies infectées. L’hôpital universitaire louvaniste a donc utilisé un tissu conjonctif solide qui entoure les muscles droits de l'abdomen. Il se réincorpore chez le receveur après l'intervention, peut être conservé jusqu'à un mois et ne nécessite pas de compatibilité du groupe sanguin.

Plus de 80 greffes de ce type ont déjà été réalisées à l'hôpital de l’Université de Louvain.

Une multitude de nouvelles possibilités

Cette technique s'appuie sur la première greffe de paroi abdominale réalisée en Belgique en 2020 par Laurens Ceulemans, chirurgien thoracique et coordinateur du projet. À l'époque, deux patients ayant subi une greffe intestinale avaient reçu une nouvelle paroi abdominale à partir de tissus provenant d'un donneur décédé. Ils devaient alors encore prendre des médicaments immunosuppresseurs.

Depuis, l'équipe a non seulement démontré que ces médicaments n'étaient pas nécessaires, mais a aussi prouvé pour la première fois que le tissu du donneur pouvait être utilisé ailleurs dans le corps. Les chirurgiens l'ont par exemple utilisé pour reconstruire le diaphragme, le péricarde (enveloppe du cœur) et la paroi thoracique. Aucun médicament n'a été nécessaire dans ces cas non plus. "Il y a eu, par exemple, une femme de 80 ans qui avait reçu une radiothérapie pour une tumeur du sein des années auparavant. Lorsqu'une tumeur s'est développée par la suite dans sa paroi thoracique, il a fallu l'enlever, avec une perte de substance importante", explique l'équipe.

"On pourrait prélever un gros morceau de muscle ailleurs dans le corps pour combler ce défaut, ou procéder à une reconstruction à l'aide de plaques, de vis ou d'une prothèse en filet synthétique. Mais ce que nous faisons désormais, c'est recouvrir la paroi thoracique avec ce matériau biologique issu d'un donneur, à la fois solide et flexible."

"La découverte que l'on peut utiliser ce tissu pour combler des pertes de substance presque partout dans le corps ouvre soudainement une multitude de nouvelles possibilités en médecine."

Les filets pas totalement obsolètes

Parallèlement, les chercheurs louvanistes explorent d'autres applications potentielles. L'une des pistes est la réparation des malformations congénitales du diaphragme chez l'enfant. Chez certains enfants, l'ouverture dans le diaphragme est si large qu'il est difficile de la refermer avec les techniques existantes. À l'avenir, le tissu de paroi abdominale provenant d'un donneur pourrait constituer une alternative aux matériaux synthétiques dans ce type de cas.

Les chercheurs envisagent également des applications possibles en chirurgie du plancher pelvien. Ils étudient par exemple si ce tissu résistant provenant d'un donneur peut être utilisé pour traiter des cas sévères de prolapsus vésical.

Un défi potentiel réside dans le nombre de donneurs compatibles. "Si de plus en plus d'hôpitaux adoptent cette technique, une pénurie de donneurs pourrait finir par se présenter." L'équipe cherche donc des moyens d'accroître la disponibilité de ces tissus de donneurs.

Pour les hernies courantes, comme les hernies inguinales, Laurens Ceulemans s'attend néanmoins à ce que les implants en filet conventionnels restent le traitement de référence.

Intérêt international

Le chirurgien Ceulemans a récemment présenté ces conclusions lors du congrès de l'European Surgical Association à Rome, où il a reçu le premier prix pour ses recherches.

Les chirurgiens de Louvain souhaitent désormais partager cette technique avec d'autres hôpitaux et centres de recherche, tout en prévoyant de la diffuser plus largement par le biais d'ateliers et de collaborations internationales. Parallèlement, l’hôpital universitaire de l'UCLouvain a déjà appliqué la méthode avec succès sur un patient.

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