Le projet de Plan belge pour la restauration de la nature n'a pas été remis à la Commission européenne à l'échéance fixée au 1er septembre, en raison de retards de la Wallonie et de Bruxelles. Bien que la Flandre est, elle, dans les temps, son engagement est insuffisant, estimaient mardi plusieurs organisations environnementales ainsi que le parti socialiste Vooruit, qui siège pourtant au gouvernement flamand.
Restauration de la nature : la Wallonie et Bruxelles sont en retard, et le plan de la Flandre ne convainc pas
Les organisations environnementales Greenpeace, le WWF, Vogelbescherming Vlaanderen et Bond Beter Leefmilieu ont souligné la nécessité d'investir immédiatement dans la restauration de la nature. Ce pilier de la politique environnementale de l'Union européenne a fait l'objet d'un règlement européen inédit, voté en 2024. Il oblige les États membres à consigner dans un Plan national la façon dont ils comptent atteindre les objectifs, dont celui de restaurer d'ici 2030 au moins 30% des habitats protégés jugés en mauvais état.
"Alors que des Belges meurent à cause de la canicule et que notre nature part en fumée, les pouvoirs publics négligent notre arme la plus puissante et la moins coûteuse contre les phénomènes climatiques extrêmes : la restauration de la nature", a souligné Heleen de Smet, chargée de mission au Bond Beter Leefmilieu, à propos du plan flamand.
"Le fait que la Flandre opte pour des reports, des exceptions et un plan dépourvu d'un budget suffisant est tout à fait irresponsable". Les associations disent espérer que le gouvernement N-VA-Vooruit-CD&V fera de la restauration de la nature une priorité absolue et qu'il le confirmera dans le budget.
Vooruit critique
Au sein même de la majorité flamande, des critiques s'élèvent contre le document déposé par le ministre de l'Environnement et de l'Agriculture, Jo Brouns (CD&V). Kris Verduyckt, chef du groupe Vooruit au Parlement flamand, voudrait que le ministre accorde la même priorité à la nature qu'à l'agriculture. Au contraire, "il semble que le ministre Brouns préfère réaliser une économie symbolique sur le dos de la nature plutôt que d'oser réformer le secteur agricole, fortement subventionné", déclare-t-il.
Le projet de Plan national que la Belgique devait remettre à la Commission européenne pour ce 1er septembre doit compiler les contributions des trois Régions et du Fédéral. Mais les Régions wallonne et bruxelloise accusent du retard, a confirmé mardi le cabinet du ministre fédéral du Climat, Jean-Luc Crucke (Engagés).
Interrogée au Parlement wallon en juin dernier sur ce retard, la ministre de la Nature Anne-Catherine Dalcq (MR) avait détaillé le processus de concertation en cours, assurant qu'il était nécessaire pour élaborer "un plan crédible, équilibré, réellement applicable sur le terrain, et qui atteint ses objectifs". "J'assume donc pleinement le choix de privilégier la qualité du travail plutôt que de produire, dans la précipitation, un document qui ne bénéficierait ni de l'adhésion des acteurs concernés ni de la robustesse nécessaire pour atteindre les objectifs fixés, tellement nécessaires pour notre nature", avait-elle expliqué.
Pour la Coalition belge pour la biodiversité, cela ne va pas. "Les associations environnementales exigent des ministres compétents qu'ils fassent de ce Plan une priorité absolue, sans délai supplémentaire et qu'ils l'assortissent, dans les discussions budgétaires à venir, des moyens financiers nécessaires, y compris pour la restauration des Hautes Fagnes", demandent les associations, qui rappellent l'urgence de la situation.
En Belgique, cet été a aussi été marqué par le plus haut taux européen de surmortalité lié aux canicules de juin, indiquaient récemment des chiffres de l’Institut de santé publique Sciensano.
La Commission compréhensive envers les retardataires
Etant donné la nouveauté et la complexité de l'exercice, la Commission européenne s'est montrée compréhensive, ce mercredi, pour le retard d'une vingtaine d'États membres qui, comme la Belgique, n'ont pas soumis à l'échéance légale du 1er septembre leur projet de Plan national de restauration de la nature.
"C'est un exercice très collaboratif depuis le départ, et nous reconnaissons que ce que nous demandons aux États membres est nouveau et assez complexe", a indiqué une porte-parole de l'exécutif européen, interrogée au point presse de la mi-journée. "Notre objectif n'est jamais de poursuivre les États membres en infraction pour quoi que ce soit."
"Nous encourageons les États membres à faire de vrais efforts dès le projet afin que nous puissions leur faire un retour à temps", a poursuivi la porte-parole, assurant que la Commission européenne était là pour apporter autant de soutien que possible à ce premier cycle.
Pilier biodiversité du Pacte vert européen, le règlement de l'UE sur la restauration de la nature, adopté en 2024, vise à ce que des mesures de restauration soient mises en place d'ici à 2030 sur au moins 30 % des surfaces d'habitats terrestres et marins spécifiques jugés en mauvais état.

