Pour la première fois, les travailleurs belges consacrent plus d'une heure par jour aux trajets entre leur domicile et leur lieu de travail, avec une moyenne de 61 minutes quotidiennes. C’est ce qui ressort d'une étude du spécialiste en ressources humaines SD Worx publiée ce mercredi. La Belgique se place ainsi en tête du classement européen en la matière. "Nous vivons dispersés, mais travaillons tous dans les mêmes pôles économiques", explique Hajo Beeckman, expert en mobilité à VRT NWS.
Les Belges consacrent maintenant en moyenne une heure par jour aux trajets entre leur domicile et leur travail
Selon l'enquête de SD Worx, menée auprès de 16.000 travailleurs dans 15 pays européens et au Royaume-Uni, la durée moyenne des trajets domicile-travail se situe à 48 minutes par jour. Avec un temps moyen de 61 minutes, la Belgique arrive en tête du classement, devançant des pays comme la Suède (57 minutes) et l'Irlande (56 minutes). À l'autre extrémité, la Slovénie et l'Italie affichent des durées presque deux fois moins élevées, avec respectivement 32 et 35 minutes de navettes par jour.
Cette situation s'explique en partie par la proportion importante de "grands navetteurs" en Belgique, selon SD Worx. Ainsi, 13% des travailleurs belges passent deux heures ou plus par jour dans les trajets domicile-travail. Il s'agit de la part la plus élevée parmi tous les pays étudiés, largement supérieure à la moyenne internationale de 8%.
La Belgique figure par ailleurs parmi les pays dans lesquels la proportion de travailleurs parcourant de longues distances pour se rendre au travail est la plus élevée. Elle compte ainsi 14% de travailleurs parcourant plus de 120 kilomètres par jour, juste derrière les Pays-Bas (15%). La Suède arrive en troisième position avec 10%.
Vers les pôles économiques
Hajo Beeckman, expert en mobilité pour VRT NWS, n'est pas surpris par ces chiffres. "L'étude démontre à juste titre que les temps de trajet domicile-travail en Belgique sont élevés, principalement en raison des longues distances à parcourir".
"Les Belges vivent dans des zones très dispersées, alors que nous travaillons tous dans les mêmes pôles économiques - songez aux ports de Gand, d'Anvers et de Zeebrugge, ainsi qu'aux centres de savoir de Bruxelles. Par conséquent, nous dépendons fortement du réseau autoroutier. Des embouteillages s'y forment, ce qui allonge encore davantage les temps de trajet."
Les Belges se montrent également bien moins enclins à déménager pour leur travail que les salariés des pays voisins. "Dans des pays comme l'Italie ou la France, les gens sont plus disposés à déménager pour un emploi spécifique. Il faut dire que la location y est aussi plus répandue. Environ 70 % des Flamands sont propriétaires de leur logement; ce chiffre est nettement inférieur dans les pays voisins."
Plus de 200 ans que nous faisons la navette
Le fait que nous vivions si loin de notre lieu de travail résulte d'évolutions historiques, explique Hajo Beeckman. "La cause première remonte au 19e siècle. À l'époque, une décision délibérée a été prise : faire en sorte que les travailleurs employés dans des pôles économiques tels qu'Alost, Anvers ou Bruxelles effectuent le trajet domicile-travail."
"On craignait qu'une migration massive des zones rurales vers les villes n'entraîne des répercussions politiques - en particulier que le socialisme ne gagne du terrain dans une Flandre profondément catholique. Les décideurs politiques souhaitaient encourager activement la population à vivre "à l'ombre du clocher". Des autoroutes et des liaisons ferroviaires ont donc été construites pour faciliter ces déplacements quotidiens."
Ce contexte historique peut expliquer pourquoi une grande partie des Belges considèrent les longs temps de trajet comme faisant tout simplement "partie du travail". Un salarié belge sur trois (34 %) indique que les trajets domicile-travail absorbent une part importante de son temps - un chiffre pourtant à peine supérieur à la moyenne de 32 % observée dans l'ensemble des pays étudiés.
Pas d'alternative plus rapide ?
Nous nous retrouvons donc coincés en masse dans les embouteillages en rejoignant les grandes villes depuis les zones rurales; pour la plupart des Belges, les transports en commun ne constituent pas une alternative plus rapide. "Comparé à des pays comme l'Allemagne, notre réseau ferroviaire reste relativement fiable, et pourtant il ne représente une alternative à la voiture que pour une infime partie des travailleurs qui font la navette."
"Seuls trois Belges sur dix habitent une grande ville bien reliée par le rail à Bruxelles, Gand ou Anvers", poursuit Beeckman. "Les habitants des zones rurales doivent souvent effectuer une correspondance, ce qui annule rapidement le gain de temps que le train pourrait offrir."
L'étude de SD Worx confirme que les Belges ne perçoivent pas les transports en commun comme une alternative viable : seules 25 % des femmes et 28 % des hommes les jugent pratiques, fiables et facilement accessibles. Ce chiffre est inférieur à la moyenne européenne de 36 % observée dans l'ensemble des pays étudiés.
Les hommes font des trajets plus longs, les femmes préfèrent le télétravail
Ces longs trajets ne se traduisent cependant pas par une demande accrue de télétravail. La Belgique se situe dans la moyenne européenne, avec 14% de travailleurs qui ne se déplacent pas - ou pas régulièrement - vers leur lieu de travail.
L’étude de SD Worx met cependant en évidence des différences marquées entre les hommes et les femmes. Les hommes consacrent plus de temps à leurs déplacements professionnels (65 minutes) que les femmes (56 minutes). Par ailleurs, deux fois plus d'hommes (23 %) que de femmes (12 %) parcourent plus de 100 kilomètres par jour pour se rendre au travail.
Les femmes habitent plus près de leur lieu de travail et ont un seuil de tolérance plus bas concernant la durée du trajet (47 minutes) par rapport aux hommes (67 minutes). Elles expriment également plus souvent le souhait de travailler depuis leur domicile (35 %, contre 28 % chez les hommes).
