Le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a indiqué ce lundi avoir une nouvelle fois exprimé auprès de Bill White sa désapprobation quant aux déclarations qui visent "personnellement des responsables politiques belges". "De telles déclarations de la part d'un ambassadeur accrédité en Belgique ne peuvent être tolérées", précise le chef de la diplomatie belge après sa rencontre avec l'ambassadeur américain. La convocation faisait suite à une publication sur les réseaux sociaux de Bill White, qui s'en est pris au ministre de la Santé publique Frank Vandenbroucke. C'est déjà la deuxième fois que White est convoqué. Plus tôt cette année, l'ambassadeur avait dû rendre des comptes au ministre Prévot après s'être immiscé dans un débat sur les poursuites engagées contre des circonciseurs rituels.
Maxime Prévot a convoqué l'ambassadeur américain White : "Toute provocation supplémentaire serait contreproductive"
Sur Instagram, Bill White avait réagi à la polémique sur le message sanitaire "L'alcool nuit à la santé" qui devra être intégré aux publicités promouvant des boissons alcoolisées. Il a publié une image générée par l’intelligence artificielle du ministre Vandenbroucke (Vooruit) accompagnée de la légende: "Nuit à toute forme de joie de vivre". Au-dessus, il a écrit: "Qui est le plus grand loser de Belgique?" Maxime Prévot avait annoncé vendredi qu'il convoquerait l'ambassadeur.
"Je suis très heureux de voir mon ami Maxime Prévot. Il fait un travail formidable", a déclaré Bill White à son arrivée au cabinet du ministre. "Ce dont je ne suis vraiment pas heureux, c'est de devoir parler de quelque chose que j'ai publié sur mes réseaux sociaux personnels."
Durant sa discussion avec Bill White, le ministre Prévot a rappelé que le rôle d'ambassadeur est encadré de règles et pratiques, dont le respect mutuel et la non-ingérence dans la politique intérieure. Il ne s'agit pas de "se faire publiquement la leçon ou d'intervenir dans le débat politique intérieur de l'autre", conclut-il via une déclaration écrite transmise aux médias.
Toute provocation supplémentaire "serait contreproductive" et "pourrait conduire à une escalade inutile" dans nos relations, ajoute le chef de la diplomatie belge, sans préciser quelle conséquence concrète pourrait en découler. Le ministre ajoute que, dans l'autre sens, on ne tolèrerait pas non plus qu'un ambassadeur belge se permette des attaques personnelles contre un responsable américain. "À juste titre".
"Discussion franche"
À l'issue de la rencontre, l'ambassadeur a qualifié l'entretien de "discussion très franche", utilisant le mot "franc" en anglais avec un clin d'œil, en référence à Frank Vandenbroucke. Selon Bill White, la conversation a notamment porté sur les réseaux sociaux et la publication de messages. "Je respecte ce que le vice-Premier et ministre des Affaires étrangères a dit. Bien sûr, je continuerai à publier mes opinions."
White n'a pas souhaité préciser s'il s'était excusé ou non. "J'ai eu une excellente discussion avec lui et nous nous comprenons bien. Nous entretenons de très bonnes relations. Je comprends son point de vue et nous sommes parvenus à une issue positive. Ce fut une réunion extrêmement productive."
Outre la question relative à ses réseaux sociaux, plusieurs dossiers concernant les relations belgo-américaines ont également été abordés, selon l’ambassadeur. Il a notamment évoqué le projet de nouvelle ambassade américaine à Bruxelles, un éventuel accord sur le GNL, la coopération nucléaire, la coopération en matière de défense entre Raytheon et FN Herstal, ainsi que l'adhésion éventuelle de la Belgique au programme américain Global Entry. "Les files d'attente dans les aéroports sont épouvantables", a déclaré Bill White sans détour. "Nous voulons donner aux Belges la possibilité de voyager rapidement. Prévot va m'aider dans cette démarche."
L’ambassadeur White a également annoncé que, le 2 octobre, trois vétérans de guerre américains âgés de 101, 102 et 103 ans viendront en Belgique pour visiter le cimetière militaire américain d'Henri-Chapelle. L'ambassadeur a invité Maxime Prévot à y assister.

