La villa Les Tournesols, située sur la digue de la station balnéaire de La Panne, est une maison que les touristes aiment bien photographier. Elle se trouve en effet coincée entre deux immeubles d’appartements sans âme, ce qui la fait d’autant plus remarquer. Mais cette maison, construite en 1904, doit aujourd’hui laisser la place à une nouvelle construction. Elle n’a pas été classée. La raison invoquée : dans les années 1970, la villa a été utilisée comme garage, ce qui aurait fait perdre à ce bâtiment sa valeur patrimoniale.
À La Panne, pourquoi la villa Les Tournesols, construite en 1904, doit-elle disparaître au profit d’un immeuble de 9 étages ?
Cet automne, la villa Belle Époque Les Tournesols, située sur la digue de mer à La Panne, sera démolie. À sa place, un promoteur immobilier prévoit d’ériger un immeuble de neuf étages. Le bâtiment actuel, conçu en 1904 par l’architecte Albert Dumont et son fils Alexis, laissera donc place à une construction moderne. Un projet qui suscite de nombreuses critiques parmi les habitants.
Sur les réseaux sociaux, c’est surtout l’administration communale qui est prise pour cible. La commune défend le projet immobilier, au motif que le bâtiment n’est pas classé. "Tout le monde a des droits, y compris le propriétaire (du bâtiment, NDLR)", explique le bourgmestre faisant fonction Nicolas Luyssen dans l’émission Terzake.
"Il n’a jamais été question de donner à ce bâtiment une vocation sociale ou locale. Certains nous disent que nous n’avons qu’à l’acheter. Mais ce n’est pas si simple."
Dans une réaction, le promoteur immobilier Condius indique que la valeur patrimoniale de la villa Les Tournesols a été examinée, mais que son état technique était trop mauvais pour éviter sa démolition.
Bien qu’elle ait été répertoriée comme patrimoine architectural flamand en 2009, la villa n’a jamais bénéficié d’une protection au titre de monument classé.
Son rez-de-chaussée avait notamment été lourdement transformé il y a plusieurs décennies pour y installer un commerce de location de "cuistax", tandis que les intérieurs des étages se sont progressivement dégradés. En l’absence de protection, le propriétaire a pu céder le bien au promoteur Condius, qui a récemment obtenu le permis définitif pour le démolir.
Un garage pour cuistax
Le ministre flamand du Patrimoine, Ben Weyts (N-VA), confirme que le bâtiment ne répond pas aux critères requis pour être classé comme monument. "Dans les années 1970, le bâtiment a servi en quelque sorte de garage, pour une activité de location de cuistax", explique le ministre dans l’émission Terzake.
"Sa valeur patrimoniale a été affectée à cette époque. Sur la base d’une analyse du patrimoine menée sur l’ensemble du littoral flamand dans les années 1990, notre administration a estimé que cette villa ne présentait pas une valeur patrimoniale suffisante."
À la suite de cette décision, la villa Les Tournesols a été inscrite à l’inventaire du patrimoine architectural. "Pour les bâtiments qui figurent sur cette liste, c’est l’administration communale qui décide des autorisations concernant les travaux ou la démolition. J’imagine qu’ils auront eu leurs raisons de faire ce choix."
Le ministre Weyts se réjouit du fait que ces projets suscitent autant de critiques et que les habitants soient fiers de leur patrimoine. "Mais il faut faire des choix, et c’est une tâche ingrate. En Flandre, nous comptons 13 000 bâtiments classés et 70 000 bâtiments figurent à l’inventaire du patrimoine architectural."
"Si vous décidez de protéger également les bâtiments repris à l’inventaire, cela signifie qu’au total, vous disposerez de moins de moyens à consacrer au patrimoine classé. Il faut faire ce choix et être honnête à ce sujet."
Le quartier Dumont a su conserver son authenticité
La disparition annoncée de la villa Les Tournesols rappelle la fragilité du patrimoine architectural de La Panne. Mais la station balnéaire a aussi réussi à préserver une partie importante de son histoire. Le quartier Dumont, en est aujourd’hui le meilleur exemple. La Panne, autrefois modeste village de pêcheurs, connaît un important essor au XIXe siècle avec le développement du tourisme balnéaire. C’est à cette époque que l’architecte bruxellois Albert Dumont (1853-1920) imagine, entre les années 1890 et 1910, un nouveau quartier sur les dunes encore largement préservées.
Plutôt que de reproduire les grandes stations balnéaires aux villas imposantes et alignées, Dumont cherche à conserver l’aspect d’un village, en épousant le relief des dunes et en s’inspirant notamment des cottages anglais. Le quartier Dumont devient ainsi un ensemble architectural original destiné à la bourgeoisie.
Menacé par l’essor immobilier des années 1960 et 1970, le quartier échappe finalement à une transformation massive et est classé en 1995. Avec plus de 500 habitations, il constitue aujourd’hui un véritable musée à ciel ouvert consacré à l’architecture balnéaire de la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale.
L’office du tourisme en propose d’ailleurs des visites guidées.


