Après sa visite au centre de crise provincial de Vottem (Liège), le roi Philippe s’est rendu au centre de commandement installé dans le village de Sourbrodt, sur la commune de Waimes (Liège), alors que les opérations d'extinction de l'incendie se poursuivent toujours ce lundi dans les Fagnes.
Après sa visite à Vottem, le roi Philippe s'est rendu au centre de coordination proche de l'incendie à Sourbrodt
Au centre de crise de Vottem, il a remercié toutes les personnes mobilisées pour lutter contre l’incendie de forêt. "J’espère que nous pourrons bientôt tourner la page, évaluer les dégâts et en tirer les conclusions. Je suis très touché par ce qui se passe. Il s’agit du plus grand incendie que notre pays ait jamais connu. Merci pour tout le travail que vous accomplissez."
À Sourbrodt, le souverain s’est entretenu avec plusieurs pompiers afin de se rendre compte des dégâts causés par l’incendie.
"Je trouve qu'ils font un travail formidable et ils sont très dévoués" a déclaré le souverain. "Il y a une excellente collaboration et une solidarité optimale à travers tout le pays".
"C'est triste pour les Fagnes, c'est un un joyau du pays, on espère au mieux que ça va se regénérer. Mais on souffre avec les gens qui aiment ce joyaux naturel", a poursuivi le roi Philippe avant de se rendre sur les lieux proches de l'incendie.
L'incendie n'est pas encore fixé
L'incendie des Hautes Fagnes n'était pas encore fixé lundi. Le feu est contenu, mais le front nord-est reste difficile à maîtriser en raison de son accès compliqué, a expliqué lundi le porte-parole du Service public de Wallonie, Nicolas Yernaux.
L'incendie est maintenu là où les opérations de lutte contre le feu ont permis de le contenir, mais il n'est pas encore fixé, a précisé le porte-parole. Il n'a pas véritablement progressé durant la nuit et le bilan reste à 3.000 hectares brûlés. Des reprises de feu se produisent en de nombreux endroits.
Le front nord-est, vers Montjoie (Monschau), reste particulièrement difficile à maîtriser en raison de l'accès compliqué à cette zone de tourbières. Les moyens terrestres ne peuvent y intervenir.
Les moyens aériens jouent donc un rôle essentiel dans la lutte contre les flammes à cet endroit. Un hélicoptère Chinook néerlandais a entamé sa rotation lundi, tandis que deux hélicoptères de la police fédérale, deux engins allemands et deux norvégiens devraient aussi contribuer aux opérations ce lundi. Les deux hydravions suédois actifs depuis dimanche après-midi contribuent aussi aux opérations.
Les précipitations intervenues récemment ont eu peu d'impact sur l'incendie, selon M. Yernaux. L'objectif est notamment d'empêcher le feu de gagner les zones boisées, a-t-il dit.
A Vottem, le souverain a été accueilli par le ministre-président wallon Adrien Dolimont (MR), le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin (MR), le vice-Premier ministre Jan Jambon (N-VA) qui représentait le Premier ministre Bart De Wever, en visite privée au Japon et le gouverneur de la Province de Liège Hervé Jamar.
Ce dernier a d'abord dressé un portrait de la situation dans les Fagnes, qu'il a qualifiée de "plus positive que les jours précédents", avant de présenter au Roi le dispositif qui a été mis en place afin de combattre les flammes, précisant que des centaines d'hommes, "quels que soient les services, se trouvaient sur place non-stop".
Après avoir salué toutes les personnes présentes dans ce centre de crise, le souverain a félicité chaleureusement tous les services de secours et évoqué "un moment difficile pour la Belgique", espérant que "cet épisode tragique sera vite derrière nous", a-t-il ajouté.
Samedi, le Roi avait déjà remercié les services de secours et l'ensemble des personnes mobilisées, parmi lesquelles la Défense, les agriculteurs de la région et les pompiers allemands venus en renfort.
Cet important incendie, qui a ravagé près de 3.000 hectares depuis le vendredi 14 août, a causé des blessures légères à deux intervenants des services de secours, jusqu'à présent.
La destruction des tourbières est une catastrophe écologique
Le président de l'ASBL Les Amis de la Fagne s'est dit "sous le choc", lundi, face à la destruction d'une grande partie de la réserve naturelle des Hautes Fagnes par l'important incendie en cours.
"Même dans nos cauchemars, nous n'avions jamais imaginé qu'un incendie puisse détruire une si grande surface", a déclaré Jean Collard, président de cette association qui compte 800 membres.
Sur les 6.000 hectares que compte la réserve naturelle des Hautes Fagnes, 3.000 sont partis en fumée. La Fagne des Deux Séries, la Fagne de Cléfaye et la Fagne wallonne ont brûlé, a déploré M. Collard. "C'est un drame incroyable au niveau écologique."
"Le feu peut pénétrer profondément dans le sol et continuer à couver pendant des mois"
Des tourbières hautes très spécifiques ont été brûlées. Les dégâts pourraient être irréparables à certains endroits, car le feu peut pénétrer profondément dans le sol et continuer à couver pendant plusieurs mois, potentiellement jusqu'à l'hiver. Au-delà du choc, les responsables de l'ASBL sont également en colère contre les autorités, qui n'ont selon eux pas eu le courage d'interdire les accès alors que les risques d'incendie étaient connus depuis des semaines.
"On se doutait bien que cela allait arriver en Belgique aussi", a dit M. Collard. Après l'incendie de 2011, qui avait détruit 1.250 hectares, un plan de coordination a vu le jour pour pouvoir mieux protéger les endroits inaccessibles, mais il n'a toujours pas été mis en œuvre. "Le feu a pris l'avance", a regretté le président des Amis de la Fagne. "Les décisions importantes sont prises trop tard."
La destruction des tourbières entraîne avec elle la "disparition de 11.000 ans d'histoire", s'est désolé le responsable de l'ASBL. Les tourbières des Hautes Fagnes se sont constituées progressivement depuis la fin de la dernière glaciation. Leurs différentes couches constituent une archive naturelle des évolutions de l'environnement au cours des millénaires, notamment grâce aux pollens, aux restes végétaux et aux micro-organismes qui y sont conservés.
La faune des tourbières sera également fortement affectée, notamment les espèces spécialisées dans ces milieux. Il faudra toutefois des années pour mesurer précisément l'ampleur des dégâts et les conséquences de l'incendie sur la biodiversité.
Le président de la Fédération royale des pompiers plaide pour davantage de moyens et de pompiers professionnels
Alors qu'un incendie ravage les Fagnes et que les feux de forêt se multiplient en Europe, Marc Gilbert, président de la Fédération royale des pompiers de Belgique, regrette un sous-financement des services d'incendie. "Les deux hélicoptères de la police, c'est déjà très bien, mais cela ne suffit pas. Il faut agir rapidement!", insiste-t-il, interrogé lundi.
Une revendication partagée par la CSC Services publics, qui demande elle aussi un refinancement des services. "La solidarité entre services ne peut pas devenir un modèle structurel destiné à compenser le manque de moyens de chacun d'entre eux."
Marc Gilbert insiste également sur le statut des hommes du feu. "On compte environ 6.000 pompiers professionnels pour 12.500 volontaires. Il faut absolument inverser cette proportion pour arriver à deux tiers de professionnels et un tiers de volontaires", estime-t-il.
Le président de la Fédération souligne l'engagement sans relâche des volontaires, qui exercent un métier parallèlement à leur activité au service de la population. "Bientôt, être pompier volontaire sera considéré comme une tare par les employeurs, qui paient le salaire de leurs travailleurs alors que ceux-ci quittent leur emploi pour partir en intervention."
Pour une flotte collective européenne
Sur le plan des équipements aériens, qui dans le cas des Hautes Fagnes jouent un rôle crucial au vu de la difficulté d'accès de certaines zones, Marc Gilbert insiste sur l'importance du niveau européen. "Individuellement, les pays n'ont pas les moyens d'acquérir du matériel et des engins aériens", constate le président, qui en appelle à une flotte collective.
Cette flotte existe déjà, via RescEU, une réserve de capacités de la Protection civile de l'UE, qui contient entre autres des engins de lutte contre les feux de forêt. Les deux hydravions suédois actuellement actifs dans les Hautes Fagnes proviennent d'ailleurs de cette réserve. Pour la saison estivale des feux de forêt de cette année 2026, la flotte européenne RescEU disponible compte en tout 22 avions spécialisés et 5 hélicoptères. Il y a aussi des équipes spécialisées en "standby".
Au-delà des réserves européennes stationnées dans différents États, l'UE coordonne aussi les demandes et les offres d'aide face aux catastrophes naturelles et aux évènements inattendus. C'est via le Centre européen de coordination de la réaction d'urgence (ERCC) que les hélicoptères Chinook néerlandais ont par exemple pu être déployés durant le week-end.
Marc Gilbert s'interroge également lundi sur l'indemnisation des agriculteurs mobilisés dans les Fagnes, au même titre, selon lui, que les pompiers volontaires. "Les heures prestées ne seront pas payées, mais qui va prendre en charge le matériel endommagé lors de cette intervention? Sans eux, la situation serait encore bien pire. Le matériel endommagé doit leur être indemnisé", conclut-il.



