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Le directeur du château, Koen De Vlieger, et la députée provinciale Mireille Colson avec les portraits retrouvés de Charles et Eléonore d’Ursel.

"Aidez Eléonore et Charles": la province d'Anvers lance un financement participatif pour restaurer des portraits du château d'Ursel

En collaboration avec la Fondation Roi Baudouin, la province anversoise lance une campagne de financement participatif pour réunir les fonds nécessaires à la restauration de trois portraits de la famille d'Ursel, membre de la noblesse belge. Ces œuvres sont actuellement exposées au château d'Ursel, situé à Hingene (Bornem) en province d’Anvers. Découvertes par hasard ces dernières années et rendues au début de l’année au château d’où elles avaient été volées en 1972, ces toiles sont criblées de trous et de déchirures. Le coût de la restauration est estimé à plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Anne François Luc Milio
Publié:

"Plus de cinquante ans après avoir été découpés de leurs cadres et avoir disparu, Eléonore, Charles, Léon et Caroline sont de retour au château d’Ursel", se réjouit la députée provinciale Mireille Colson (N-VA), en charge notamment du Tourisme et des Domaines verts et récréatifs.

"Leur retour en soi est remarquable, d'autant plus que personne ne s'attendait à revoir un jour ces œuvres. Aujourd'hui, les visiteurs peuvent à nouveau les admirer dans le cadre de l'exposition "Talking Heads. Portraits avec une histoire (1626-2026)" , tout en constatant à quel point elles ont souffert au cours des dernières décennies."

Dérobés en 1972 et retrouvés par hasard

Au moins sept portraits, vieux pour certains de plusieurs siècles, ont disparu en 1972 du château d’Ursel à Hingene lors d’un cambriolage. Leur trace était perdue depuis une cinquantaine d'années, jusqu'à ce que le portrait de Lancelot Schetz (1606-1664) - ancêtre de la maison d’Ursel - soit retrouvé par hasard par un homme dans la maison qu’il venait d’hériter de son père défunt. Il contacta un antiquaire, qui organisa une vente aux enchères à Bruxelles en mars 2022. Le portrait rejoignit ainsi la collection d’un particulier.

Contacté par les responsables du château d’Ursel, "l'acheteur du portrait était disposé à le faire restaurer et à le prêter au château, ce dont nous lui sommes bien sûr très reconnaissants", explique la députée provinciale Mireille Colson.

Plus tard, en vidant le grenier de la maison qu’il avait héritée, le fils découvrit encore trois autres portraits. Ceux-ci étaient roulés et en mauvais état. Il contacta directement le château d’Ursel pour en faire don : c'est ainsi que ces portraits ont eux aussi pu réintégrer leur ancienne demeure à Hingene.

Le portrait de Lancelot Schetz, restauré par son acheteur et exposé au château d'Ursel.

Portraits de ducs et duchesses

Le plus ancien de ces trois portraits restitués est celui d'Éléonore de Salm, première duchesse d’Ursel (1678–1737). Elle y apparaît parée de bijoux somptueux, vêtue d'une robe en brocart et d'une cape doublée d'hermine. Le second portrait représente son fils Charles, deuxième duc d’Ursel (1717–1775). À l'âge de vingt-deux ans, il se fit peindre en armure, symbole classique de noblesse et d'honneur militaire.

Le troisième portrait de famille montre Léon (1805–1878), cinquième duc d’Ursel et âgé à l’époque de 7 ans, ainsi que sa sœur cadette Caroline (1807–1868), avec leur chien. Les portraits d'enfants accompagnés d'un chien étaient particulièrement prisés sous l'Empire, symbolisant l'innocence et la fidélité.

Le directeur Koen De Vlieger et la députée provinciale Mireille Colson avec deux des trois portraits, lors de leur retour au château d’Ursel.

Des toiles gravement endommagées

Les trois portraits ont beaucoup souffert des ravages du temps à la suite de leur cambriolage. Leur peinture s'écaille, le vernis a jauni et la toile est déformée. Par endroits, ils portent des déchirures. Le long des bords, on peut voir que les toiles ont été découpées de leurs cadres en 1972, ce qui a partiellement entrainé la perte de certaines parties de l'œuvre. Une baguette en bois était souvent fixée dans la partie supérieure, comme si les portraits avaient été accrochés à la manière d'affiches.

Ces trois portraits ne sont pas en bon état mais leurs déchirures sont les témoins d'une "histoire improbable", avait souligné en janvier le directeur du château d’Ursel, Koen De Vlieger. Il annonçait d’emblée vouloir faire appel au sponsoring, au mécénat et au financement participatif pour réunir les fonds nécessaires à la restauration des portraits.

La province d’Anvers a désormais l'intention de procéder à cette restauration. "En collaboration avec la Fondation Roi Baudouin, nous lançons une campagne de financement participatif pour restaurer en profondeur les tableaux ainsi que leurs cadres historiques, et pour préserver ce témoignage exceptionnel de l'histoire familiale et patrimoniale pour les générations futures", explique Mireille Colson. "En tant que province, nous n'avons plus de compétence en matière de culture depuis 2017. Par conséquent, nous ne disposons pas de fonds immédiatement disponibles pour la restauration d'œuvres d'art, une opération qui peut s'avérer coûteuse. Nous tenons néanmoins à soutenir cette initiative."

Les portraits retrouvés sont à voir jusqu'au 2 novembre prochain au château d'Ursel à Hingene, dans le cadre de l'exposition "Talking Heads, Portraits avec une histoire (1626-2026)".

Crowdfunding pour des dizaines de milliers d'euros

Le coût total de la restauration des trois portraits et de leurs cadres d’origine est estimé à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Un appel d'offres sera lancé. Entretemps, la province recherche les fonds nécessaires.

La Fondation Roi Baudouin s'associe à cette initiative. Ainsi, les dons d'un montant égal ou supérieur à 40 euros par an effectués en Belgique au profit de la Fondation donnent droit à une réduction fiscale de 30 % sur le montant réel du don.

Il est également possible d'agir en tant que mécène et de financer la restauration d'un portrait dans son intégralité. Ce type de mécénat permet aussi de bénéficier d'une réduction d'impôt par l'intermédiaire de la Fondation Roi Baudouin.

Les cadres vides conservés

"Le plus beau détail de toute cette histoire est peut-être que la famille d’Ursel a conservé les cadres vides pendant toutes ces années, dans l'espoir que les portraits volés finiraient par revenir", conclut Mireille Colson.

"Grâce au soutien de nombreuses personnes, nous pourrons faire restaurer les tableaux avec soin et les exposer à nouveau comme ils l'étaient à l'origine : dans leurs cadres d'époque, au château d'Ursel."

Au moins trois autres portraits dérobés en 1972 au château de Hingene sont encore dans la nature. Il s’agit de celui de François d'Ursel, celui d'Eléonore de Lobkowicz et celui, plus récent, de Robert d'Ursel. Un autre heureux hasard permettra peut-être de les retrouver…

Le château d'Ursel et son pont. (Photo Joris Ceuppens)

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