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Une partie des syndicalistes présents ont tourné le dos au podium lors de la prise de parole du président du Sénat italien, Ignazio La Russa.

Les syndicats protestent contre la présence d'un membre du parti d'extrême droite Fratelli d'Italia aux commémorations de la catastrophe du Bois du Cazier

Les noms des 262 victimes de la catastrophe du Bois du Cazier à Marcinelle, en province du Hainaut, ont été égrainés samedi matin sur le site de l'ancien charbonnage en ouverture des cérémonies marquant le 70e anniversaire de la plus grande tragédie minière en Belgique. Plusieurs centaines de personnes ont participé à ces commémorations, marquées par différentes prises de parole, dont celle du président du Sénat italien Ignazio La Russa, membre du parti d’extrême-droite Fratelli d’Italia. Les syndicats ont protesté contre sa présence en lui tournant le dos en silence. Un geste que la Première ministre italienne Giorgia Meloni (du même parti) a qualifié de "grave et honteux".

Anne François Belga
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Le matin du 8 août 1956, près de 300 hommes étaient descendus dans la mine de Marcinelle pour travailler dans les galeries et y extraire du charbon. Mais vers 8h, à 975 mètres sous terre, une erreur humaine entraîne une série de réactions qui aboutit à un incendie, nourri par l'air comprimé et le ventilateur de surface. Le feu gagne la mine, un piège mortel se referme sur les "gueules noires".

La catastrophe du Bois du Cazier a coûté la vie à 262 personnes, dont 136 Italiens et 95 Belges. Les mineurs en provenance d'Italie étaient majoritaires depuis l'"accord charbon" conclu en 1946. Il prévoyait l'envoi à bas prix par la Belgique de plusieurs tonnes de charbon par an à l'Italie, économiquement dévastée par la Seconde Guerre mondiale, contre le transfert de 50.000 travailleurs immigrés dans les charbonnages belges.

"Nous n'avons jamais oublié la tragédie de Marcinelle", assure l'ambassadrice Federica Favi au nom de son pays. La commémoration de samedi offrait un moment de mémoire et de reconnaissance pour ces mineurs, qui "ont permis à l'Italie de retrouver une partie de ses ressources pour remettre en marche la machine détruite par la guerre".

Divers discours

La lecture des noms des 262 victimes de la catastrophe ouvre traditionnellement les cérémonies. Entre chaque nom prononcé résonne un tintement de la cloche Maria Mater Opharnorum. Après ce moment chargé en émotions, différents responsables se sont succédé sur l'estrade installée sur le site, devenu aujourd'hui un musée et plus généralement un lieu de mémoire.

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Jean-Claude Van Cauwenberghe, le président du Bois du Cazier, a insisté sur le drame humain "sans précédent" et sur le devoir de mémoire qu'il impose, alors qu'est en train de disparaitre la "forme irremplaçable du témoignage vécu" avec la mort progressive des veuves des victimes.

Le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a souligné quant à lui le caractère européen de la mémoire liée à la catastrophe. Et Adrien Dolimont, le ministre-président wallon, a évoqué une catastrophe "tragique mais qui ne cessera jamais d'être commémorée".

Des discours ont été prononcés notamment par (de g. à dr.) Jean-Claude Van Cauwenberghe, Adrien Dolimont, Maxime Prévot et Ignazio La Russa.

Comme l'avaient redouté différents militants syndicaux, le président du sénat italien Ignazio La Russa a pris également la parole pour lire un message du président italien Sergio Mattarella. D'un commun accord, les syndicalistes ont tourné silencieusement le dos à celui qui est aussi membre du parti d'extrême droite Fratelli d'Italia, comme Giorgia Meloni, la présidente du Conseil des ministres italien.

Comme un écho à cette allocution, le bourgmestre socialiste Thomas Dermine a rappelé dans son intervention que Charleroi est une ville antifasciste, capable de "se dresser lorsque les valeurs démocratiques sont menacées".

Ignazio La Russa (à dr.) est membre du parti d'extrême-droite italien Fratelli d'Italia, comme la Première ministre Giorgia Meloni.

Meloni condamne l’action des syndicalistes

La Première ministre italienne Giorgia Meloni n'a pas apprécié l'action des syndicalistes belges, la qualifiant de "geste grave et de mépris envers les institutions de l'État".

"Marcinelle n'est pas le lieu pour les divisions politiques. C'est un lieu de mémoire, de respect et de dignité du travail. Ceux qui ont choisi aujourd'hui de tourner le dos ont manqué de respect à tout cela."

"Une intégration totale entre deux peuples"

Dans une interview accordée à l’agence de presse Belga à la veille des commémorations, l'ambassadrice italienne en Belgique Federica Favi avait par contre indiqué que la catastrophe a grandement participé à la construction de la relation "absolument spéciale, unique" entre l'Italie et la Belgique. Les faits du Bois du Cazier ont conduit à "une intégration totale entre deux peuples", analyse-t-elle. A leur arrivée en Belgique, les mineurs étaient traités "un peu comme des étrangers", victimes de discrimination.

"Mais les Italiens m'ont raconté qu'après l'accident, les Belges ont commencé à les considérer comme faisant partie des leurs. Cette union profonde s'est alors renforcée entre les deux pays. Elle a ensuite été à la base de relations bilatérales qui perdurent encore aujourd'hui et qui nous permettent d'avoir une communauté de 300.000 Italiens en Belgique. Une vaste communauté, extrêmement riche, qui apporte une contribution aux deux pays."

Cette intégration sociale s'est progressivement dotée d'une dimension politique et économique. Les échanges de marchandises entre l'Italie et la Belgique atteignent quelque 46,5 milliards d'euros par an, presque autant qu'entre le territoire italien et la Chine, davantage que l'Inde. "Une relation indissociable", insiste l'ambassadrice.

Bart De Wever rend hommage aux victimes

Le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) a également rendu hommage samedi aux victimes de la catastrophe du Bois du Cazier. "Marcinelle a ébranlé notre communauté et l'Europe au plus profond d'elles-mêmes. Les règles de sécurité et les normes du travail ont été renforcées. C'est un héritage que nous devons préserver chaque jour", déclarait De Wever dans une vidéo publiée sur le réseau social X.

"Les récents incendies sur des chantiers à Anvers et à Bruxelles - qui ont coûté la vie à plusieurs personnes - nous rappellent que la sécurité des travailleurs n'est jamais acquise ni une certitude", poursuivait le Premier ministre. "C'est pourquoi je m'adresse aujourd'hui au peuple italien, qui n'a jamais oublié ses fils. Je m'adresse aux habitants de Marcinelle, du "Pays Noir" et de l'ensemble du Hainaut, qui portent cette blessure comme la leur. Je m'adresse à la région de Betekom, où les noms de 33 hommes du Hageland et de la Campine du sud sont gravés dans la pierre. Et je m'adresse aux familles et aux descendants de tous les mineurs qui ont péri ici. Nous nous souvenons d'eux. Nous ne les oublierons jamais. Ils restent avec nous".

La mine de Marcinelle est aujourd'hui un musée.

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